Quelques jours avant le triste quatorzième anniversaire du massacre de Srebrenica, en ex-Yougoslavie, Florence Hartmann se retrouve sur le banc des accusés du TPIY, là même ou quelques semaines auparavant se trouvait Radovan Karadzic, le bourreau de Srebrenica.
Il y a une terrible insulte à mettre sur le même banc de la justice internationale une journaliste qui a toujours cherché à faire la lumière sur les crimes de guerre et contribué à la vérité sur Srebrenica et ceux qui ont commandité ces massacres.

L’association Memorial 98* souligne ce cruel paradoxe

Dans quelques semaines, le 11 juillet, aura lieu le quatorzième anniversaire du massacre de Srebrenica. Son initiateur, le général Mladic, puissamment protégé, est toujours en liberté.

Le tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) est occupé à juger Florence Hartmann, ancienne porte-parole de la procureure du Tribunal Carla Del Ponte de 2000 à 2006, accusée d’avoir dévoilé des décisions secrètes.

Elle risque sept ans de prison sous l’accusation « d’outrage à la Cour »

Son crime ? avoir publié le contenu de deux décisions confidentielles de la chambre d’appel du TPI, refusant la publication de certains documents. Selon l’accusée, ces documents permettent de prouver l’implication de la direction serbe dans la tuerie. Ces décisions d’embargo sur les documents avaient été prises dans le cadre du procès de l’ancien président serbe Slobodan Milosevic, mort en 2006 dans sa cellule à La Haye.

Elles ont été relatées dans le livre de la porte-parole, qui est maintenant journaliste, publié en 2007 et intitulé « Paix et châtiment ». « Ce n’est pas à un tribunal de décider quels sont les faits de l’histoire qu’il faut garder sous scellés. L’histoire ne lui appartient pas. C’est l’histoire des victimes, et Mme Hartmann a le droit de la leur communiquer », a déclaré son avocat.

Plusieurs associations, dont celles des femmes de Srebrenica, soutiennent Florence Hartmann. En France c’est l’association « Mères pour la paix » qui a lancé les actions.

Un comité de soutien, composé notamment de journalistes, d’avocats et de défenseurs des droits de l’Homme, fait circuler une pétition sur Internet (voir à la fin de l’article). Il a manifesté devant le TPI à La Haye.

Bref rappel sur Srebrenica

Juillet 1995 : 8000 hommes bosniaques musulmans de Srebrenica sont massacrés par les forces serbes commandées par Mladic. Ce dernier est toujours en fuite, protégé par un réseau militaire et policier serbe. Des vidéos récentes le montrent chantant et dansant lors de fêtes avec sa famille Mladic dirigeait l’Armée de la République serbe de Bosnie (VRS). En plus des unités de la VRS, une unité paramilitaire de Serbie, les Scorpions, a participé au massacre. [ Avant le massacre, les Nations unies avaient déclaré Srebrenica « zone de sécurité » ce qui n’a pas empêché le massacre bien que 400 Casques bleus Néerlandais aient été présents dans la région de Srebrenica (voir notre article sur le rôle de l’ONU Sri Lanka : ONU silencieuse, régime impuni. )

Le tuerie de Srebrenica est le pire massacre commis en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. En 2004, le massacre a même été qualifié de génocide par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) Cette qualification a été débattue. En février 2006, la Cour internationale de justice a confirmé cette qualification. Elle n’a pas jugé la responsabilité de l’État serbe, mais a indiqué que celui-ci n’avait pas pris « toutes les mesures en son pouvoir » pour éviter le génocide. Bien que les victimes aient été principalement des hommes et des jeunes garçons, les femmes et les enfants ayant été évacués en cars vers les lignes bosniaques, on compte aussi parmi les tués des adolescents de moins de 15 ans et des vieillards de plus de 65 ans. La liste préliminaire des personnes disparues compte 8 373 noms, elle inclut 500 noms de personnes qui avaient moins de 18 ans, plusieurs dizaines de femmes et quelques jeunes filles. En 2008, plus de 5 600 victimes ont été identifiées par leur ADN et 3 215 victimes ont été inhumées au mémorial de Potocari.

Citation du livre de F. Hartmann : « ….Fin septembre 2005, une nouvelle occasion (de mettre en lumière les responsabilités des dirigeants serbes) se présente. Belgrade, qui continue de requérir des mesures de protection sur tous les documents établissant l’autorité de l’État serbe sur ses affidés en Bosnie, vient de se voir octroyer par la Chambre d’appel l’autorisation de ne pas divulguer publiquement certains passages des dossiers personnels militaires de plusieurs hauts officiers de l’armée bosno-serbe, dont celui de Ratko Mladic, qui confirme, au vu de ses promotions, que le chef militaire bosno-serbe relevait bien pendant la guerre du commandement suprême à Belgrade.Car ce n’est pas Karadzic, le chef politique des Serbes de Bosnie, mais Lilic, le président de l’État serbo-monténégrin (de l’époque NDLR) qui, suite à une décision du CSD, accorde par décret le 16 juin 1994 une nouvelle étoile de général à Ratko Mladic… »

C’est pour ce type d’analyse que Mme Hartmann est traînée devant le TIPY. Solidaires de son combat, nous vous invitons à signer la pétition de soutien :www.preserverlajusticeinternationale.org

MEMORIAL 98 http://memorial98.over-blog.com

* L’association MEMORIAL 98, qui combat contre le racisme, l’antisémitisme et le négationnisme a été créée en janvier 1998, lors du centenaire de l’affaire Dreyfus.

Son nom fait référence aux premières manifestations organisées en janvier 1898, pendant l’affaire Dreyfus, par des ouvriers socialistes et révolutionnaires parisiens s’opposant à la propagande nationaliste et antisémite.

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Au sujet de Yan de Kerorguen

Ethnologue de formation et ancien rédacteur en chef de La Tribune, Yan de Kerorguen est actuellement rédacteur en chef du site Place-Publique.fr et chroniqueur économique au magazine The Good Life. Il est auteur d’une quinzaine d’ouvrages de prospective citoyenne et co-fondateur de Initiatives Citoyens en Europe (ICE).

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