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Point de vue de Yan de Kerorguen

.     Au préalable : voter européen, bien sûr

Impossible de faire l’impasse sur le modèle social européen qui reste l’espoir du monde démocratique face aux régimes autoritaires (Russie, Chine, Turquie, USA, Inde, Brésil…) et l’une des rares organisations internationales douée de raison. J’élimine donc d’emblée les anti-européens populistes et souverainistes, qui veulent la détruire ou casser les traités, Mélenchon compris. Voter Europe, c’est reconnaître le rôle essentiel du Parlement européen, la seule institution européenne élue au suffrage universel, une fonction citoyenne qu’on lui a souvent déniée. C’est la seule représentation parlementaire qui a vu ses pouvoirs augmenter sans cesse.

PUB : Lever une idée reçue : la faiblesse de l’Europe.

Somme toute, l’Europe est populaire. Quand l’Europe désespère à l’intérieur, elle fait rêver à l’extérieur. La plupart des pays nous envient notre être européen et notre modèle social et laïc. Sauf les dirigeants des pays qui s’emploient à souhaiter son déclin, Russie et Etats-Unis entre autres. Voter Europe, c’est derrière les doutes, les incertitudes, les critiques sur ses insuffisances, reconnaître ses qualités et ce qu’ont inventé les pères fondateurs, les artisans et les citoyens de l’Europe: la paix durable, le dialogue entre nations, la culture cosmopolite et l’universalisme, la protection sociale, la réduction des inégalités, l’intégrité du marché unique, l’indivisibilité des quatre libertés (circulation des personnes, des biens, des services, des capitaux), les valeurs humanistes de solidarité, son ouverture au monde et aux idées.

Je vote pour ces gens-là, pour ceux qui entendent affirmer avec plus de fermeté et d’audace le rôle mondial de l’Europe.

 

Voter une Europe qui parle d’une voix forte

Non pas aller dans un petit groupe parlementaire, mais aller dans une force majoritaire. Aussi est-il préférable de voter pour la puissance politique qui, au sein du Parlement, sera capable de faire entendre la voix de la première économie du monde et de la porter au dessus des interférences négatives qui cherchent à la diminuer, Etats-Unis et Russie, en tête.

Le problème de l’Europe est que ses bienfaits sont désormais si profondément établis qu’ils sont presque complètement perdus de vue par les jeunes. J’ai ainsi tendance à croire qu’il est important de soutenir une force qui pense l’Europe en termes d’éducation et de culture, une force capable de porter le récit européen et qui soit en mesure de définir un projet parlant aux générations qui feront l’Europe demain.

Dans cet esprit, trois groupes se dégagent : LaREM (Macron), EELV(les Verts) et Envie d’Europe (PS-PlacePublique). Chacun d’entre eux représente une option respectable. Ce qui explique la difficulté qu’on peut éprouver à faire un choix. Pour moi, le choix est clair.

 

Voter Macron ? Non

J’utilise volontairement le nom « Macron » et non Loiseau ou LaREM car le rapport ambivalent qu’on entretient avec Macron est très personnel, gilets jaunes oblige. Lui-même jouant très « perso ». C’est sur sa personne que se définit le choix, bouc-émissaire ou premier de la classe ?

Sans doute la liste LaREM (Loiseau) est-elle, sur le papier, un atout maître pour représenter la France au Parlement européen à l’intérieur du groupe ADLE ( Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe). L’image internationale de Macron est reconnue et son indiscutable tropisme européen est un argument susceptible d’emporter l’adhésion. Macron ne me paraît pas sectaire et il ne mérite pas tant de haine. J’ai aimé en France l’idée du Grand Débat. Sans doute aussi est-il, dans le concert des responsables politiques européens, celui qui souligne le mieux les dangers des forces extrémistes, populistes et autres. Il est le rempart le plus efficace et le plus solide contre les nationalismes. Un bon point pour la liste La République En Marche: le ralliement de Michel Barnier, qui a conduit avec brio les négociations de l’UE sur le Brexit. Barnier est un « vrai «  européen et peut être le futur commissaire européen.

Mais voter Macron, ce n’est pas très écolo-compatible ni très à l’écoute des moins favorisés. Il est marqué par son ambivalence, ses hésitations. Pareil dans son attitude vis-à-vis des migrants. Impossible de faire l’impasse sur l’écologie et les Droits de l’homme. En négligeant la dimension du changement climatique, la liste Macron-Loiseau est peu inspirée. Mais surtout en affirmant des valeurs libérales purement économistes, LaREM reste une force qui n’intègre pas la dimension sociale de la politique.

 

Voter Ecolo (EELV-Jadot) ? Non

 

L’écologie ? Grand mouvement de gauche, tourné vers le futur, comme le souligne Bernard? Je doute.

De gauche, je ne pense pas que ce soit là son inspiration première. La décroissance n’est pas une idée de gauche. Mais aussi, de quelle histoire et de quelle culture parle l’écologie ? Je ne vois pas. Tout comme Macron, l’écologie n’est ni de gauche, ni de droite.

Tournée vers le futur, c’est à voir, avec les forts courants intolérants, végans, religieux, régressifs, voire catastrophistes, qui la traverse et qui atteignent, peu ou prou, EELV.

Bien sûr, au quotidien, l’environnement est une affaire pratique qui implique très fortement la citoyenneté pour toutes les raisons énumérées par Bernard. Très présents au Parlement Européen, les écolos sont des assidus de l’Europe, participant aux commissions et défendant les dossiers, becs et ongles, dans la durée. Leur attachement au projet européen est sans faille. En témoigne le rôle utile et fort en gueule de Cohn-Bendit. Encore faut-il avoir la stature de ce dernier pour prendre de l’autorité. Mais Cohn-Bendit a rejeté les écolos français. Un signe ? La liste Jadot est mal portée par des têtes de liste dont certains sont très peu clairs sur leurs engagements, limite obscurantiste, souvent sectaires. Doctrinaires, jaloux de conserver le flambeau écolo, les Verts français restent des non-politiques cultivant en interne l’esprit de querelle et de division. L’écologie se partage, mais eux, ils ne partagent pas. EELV devrait se dire que l’environnement n’est pas un monopole.

Pas besoin d’EELV, la dimension écologiste se retrouve aussi dans Envie d’Europe, Générations, LaRem, etc…. Alors à quoi bon voter l’écologie « totalisante» de Jadot ou l’écologie demie-portion de Macron/Loiseau si on peut voter l’écologie + ses convictions portée par Glucksmann. D’ailleurs, l’écologie est aussi récupérée dans plusieurs partis à l’extrême gauche ( « l’écologie populaire » de La France Insoumise/l’Europe des gens), mais aussi de droite (« l’écologie positive » de LR). On peut même s’affirmer écolo et voter extrême droite avec « l’écologie enracinée » de Le Pen. Un écologiste, selon sa sensibilité, politique, peut voter pour l’un ou l’autre de ces partis.

Bien sûr, il y a nécessité d’une force commune écologiste large au sein du Parlement européen pour faire accélérer les urgences sur le climat, la biodiversité, les énergies renouvelables. Mais avec seulement quarante députés verts européens, on ne sauve pas la planète ! D’où la nécessité pour les écolo de faire de la politique en liant des partenariats avec les écologistes intégrés dans les autres groupes politiques européens.

 

Voter Social-démocratie (Envie d’Europe-Glucksmann). Oui

 

Aux élections européennes, les électeurs se déterminent généralement par un vote sanction du gouvernement, ou par un vote barrage (tout sauf Le Pen, etc…), en fonction de la situation politique nationale, sans se soucier de savoir si leur vote aura un impact au niveau européen. Personnellement j’en ai assez de voter toujours utile, par défaut, et d’invoquer le principe de réalité pour orienter mon vote. Ni barrage, ni sanction, mais conviction, voilà mon option. Le scrutin proportionnel européen de 2019 permet de choisir, les listes réalisant plus de 5% de voix bénéficiant d’un nombre de sièges proportionnel à leur nombre de voix.

La fin de la social-démocratie ? Un grand classique. Je crois au contraire, qu’elle a de l’avenir. Elle reste un moteur historique et le plus équilibré des systèmes, « le moins mauvais » disent les cyniques. Sa nature veut qu’elle a toujours connu des soubresauts mais elle n’a cessé de se renouveler. Aujourd’hui, les Portugais et les Suédois ont un gouvernement social-démocrate. Les socialistes restent incontournables en Wallonie. En Finlande, un social-démocrate, est arrivé en tête des législatives. Les sociaux-démocrates sont donnés favoris aux prochaines élections au Danemark.

Je ne me résoud pas à voir la gauche social-démocrate française être absente au Parlement européen si elle n’obtient pas les 5%. Ce serait la première fois et un peu la honte, pour nous tous qui avons voté presque toujours socialiste. Autant dire un séisme politique ! D’autre part, il ne faut pas craindre les eurosceptiques et autres nationalistes. Ils représentent aujourd’hui 20 % environ des sièges au Parlement européen.

 

Je voterai donc, par conviction, une liste européenne Social-Démocrate (SD).

 

Je serais évidemment perdant si je me souciais seulement du sentiment national pour la social-démocratie. Il est si faible. Mais en votant sur le plan de la citoyenneté européenne, tout change, si je mise sur la force du groupe social-démocrate (SD), en espérant, par exemple, qu’il profitera de la dynamique socialiste espagnole, portugaise ou belge. Enfin, Envie d’Europe siègeant dans le groupe SD, sera dans un groupe majoritaire.

En votant SD, je vote pour le renforcement du sens politique en Europe.

C’est bien la vision politique qui reste la faiblesse de l’UE. Le combat pour l’environnement pourrait être sa force. L’Europe politique et l’environnement sont ainsi les deux enjeux majeurs. Envie d’Europe/Glucksmann s’attache à ce double objectif. Pas les autres. Il n’y a pas de politique chez Macron/Loiseau, mais seulement de l’économie et du numérique. Il n’y a pas de politique chez EELV/Jadot, seulement du sociétal.

Enfin, impossible de faire l’impasse sur la gauche.

L’opposition gauche/droite demeure un héritage culturel et une sensibilité liée aux convictions morales et à l’éducation, au choix philosophique, au milieu professionnel ou familial qui ne se traduisent pas toujours sur le plan du vote mais qui demeurent le fond des représentations politiques. Je me rallie à cette idée que la politique est une affaire de confrontation de valeurs gauche/droite. Non pas la gauche des Insoumis (stalinienne), mais la gauche « humaniste, social-démocrate ». Pas non plus le PC (pas européen) , ni Hamon (hésitant et incertain).

A l’échelle européenne, ce n’est évidemment pas le clivage français Macron-Le Pen, ni l’opposition nationalistes-libéraux qui est dominant, c’est bien le clivage majoritaire gauche-droite (SD-PPE).

 

Ce que j’aime dans la liste Envie d’Europe ?

 

Plusieurs choses : l’envie de défendre l’idée que la gauche n’est pas morte, preuves à l’appui ; le principe de renouer avec le volontarisme politique européen ; l’accent mis sur la réduction des inégalités et le dialogue social; l’annonce faite de tirer la sociale-démocratie au Parlement européen vers plus d’écologie ; la nécessité de concilier la question écologique et la question sociale ; l’engagement vers une citoyenneté cosmopolitique, à la fois nationale et européenne ; un Erasmus pour tous ; ou encore un impôt européen sur les bénéfices des sociétés.

Bref, j’adhère à la « social-écologie » de Envie d’Europe/Glucksmann. En revanche, je rejette la pureté verte, doctrinaire et sectaire de Jadot. Enfin quand Glucksmann se réfère à l’expérience socialiste espagnole, il vise juste. Ses arguments portent contre ceux qui enterrent le socialisme trop vite. Sanchez n’a-t-il pas remobilisé la gauche espagnole et instauré des mesures socialistes avec un certain succès (augmentation du smic de 22%, congé parental égalitaire, constitutionnalisation de l’indexation des retraites) ? En Italie, la remontée du parti démocrate juste derrière les 5 étoiles lui font espérer un bon score aux Européennes.

Dernier point : le soutien de Taubira et de Cazeneuve à Envie d’Europe renforce mon choix.

 

Optimiste par devoir et par nécessité.

 

En retour, un bon score européen de la gauche socialiste permettrait de reconfigurer le paysage politique français. Difficile d’accepter la fin de la sociale démocratie à la française. On peut espérer, par exemple que Cazeneuve devienne le réceptacle des électeurs du Parti socialiste, qui trouvent Macron trop à droite. Conclusion : derrière Glucksmann, je vote Cazeneuve.

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Au sujet de Initiative Citoyens en Europe

ICE (Initiative Citoyens en Europe) est une association, née en 1989. Elle est, à l’origine, le produit de l’adhésion d’hommes et de femmes libres qui ne conçoivent pas de vivre en Europe sans tisser des liens de solidarité élémentaires entre européens.

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