Et si le monde et son évolution pouvaient se résumer à un préfixe simple mais puissant, discret, mais révolutionnaire : le « co »
Parce que grâce à Facebook, twitter et autres réseaux sociaux, le monde est devenu ultra-connecté et nous développons une conscience du tout en un clic de souris : la fenêtre sur le monde que nous offre internet nous permet de faire l’expérience de l’interdépendance et de développer une « mentalité 2.0 ».

Parce que la planète va mal, que les écosystèmes s’emballent et nous sommes tous concernés par les changements climatiques, liés par un destin qui nous impose une solidarité écologique face aux catastrophes qui se multiplient (Sandy, Fukushima, etc.. ) et nous poussent à agir de concert.
Parce que les enjeux du monde, printemps arabes, et autres révolutions érables, mouvement des indignés et révolutions culturelles nous mobilisent et nous touchent comme jamais auparavant, et que quelque part, leurs luttes sont les nôtres.
Parce que les crises grecques, espagnoles, italiennes sonnent à nos portes et nous imposent de (re)passer en mode « système D » pour survivre…
Le tableau est sombre et il y a urgence à agir !

Pourtant, une révolution est en marche, diffuse mais bien présente, et omniprésente : c’est la Co-Révolution !
Cette évolution du partage, de l’échange et du « vivre ensemble » a déjà son modèle social, économique et culturel qui se propage de manière exponentielle :

 La Co-révolution » est présente dans la tendance émergente de la consommation collaborative, ou l’usage d’un bien ou un service prime sur sa propriété, où il est possible de partager, louer ou échanger sa voiture, sa maison, ses compétences, son jardin, ses objets etc… Le numérique renouvelle les dynamiques de partage : de nouvelles modalités d’échange prennent forme où la confiance devient, encore plus qu’avant, essentielle à qualité des relations individuelles.

 Cette Co-révolution transforme aussi le modèle économiques des entreprises, qui collaborent à présent avec leurs parties prenantes, les ONG (souvent leurs ennemies jurées), les communautés environnantes, les clients et la société civile dans son ensemble. Les synergies, la convergence et la cocréation incarnent les nouvelles formes d’expression de la Responsabilité sociale et environnementale (RSE) des entreprises.

 Mais bien plus encore, la corévolution remet en cause les effets de la compétition. On réalise à quel point se disputer coûte cher (les conflits inter-entreprises représentent environ 3% de notre PIB annuel) et on se tourne peu à peu vers des stratégies coopétitives : sous l’effet conjugué de la crise et des enjeux écologiques, les entreprises sont obligés d’envisager des collaborations plus « radicales » : là où la concurrence mobilise de nombreuses ressources, la coopération trouve des espaces communs de partage et de pratique au service de l’innovation technologique, du partage des risques, mais aussi de la création de nouveaux modèles économiques.

Le « co » sonne aussi la révolution des modèles d’organisation : les structures pyramidales et hiérarchiques prennent un coup de vieux et démontrent à présent leurs limites (crise de sens, risques psycho-sociaux, turnover, boycott). C’est bien dans la gestion de l’intelligence collective, dans le management transversal et l’innovation participative que se trouvent les clés d’un modèle de gouvernance capable de faire face à l’évolution du monde. Il est urgent de repenser l’organisation et de passer au co-management !

Un vent nouveau se lève et il faut croire à l’émergence de cette évolution de « l’être ensemble », à cette création de valeur globale par le partage et l’économie collaborative, à ce nouveau paradigme de pensée qui rend hommage à la société conviviale imaginée par Ivan Illich le père de la pensée écologiste. C’est une révolution humaine, en somme, qui propose ni plus ni moins qu’une nouvelle forme de civilisation.
Let’s co !


* Auteurs de « Vive la Co-révolution! pour une société collaborative »
Editions Alternatives – collection Manifestô Mai 2012

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Au sujet de Yan de Kerorguen

Ethnologue de formation et ancien rédacteur en chef de La Tribune, Yan de Kerorguen est actuellement rédacteur en chef du site Place-Publique.fr et chroniqueur économique au magazine The Good Life. Il est auteur d’une quinzaine d’ouvrages de prospective citoyenne et co-fondateur de Initiatives Citoyens en Europe (ICE).

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