Une enquête Ipsos* sur les rapports que les Français entretiennent à la science, réalisée pour le magazine La Recherche et pour le journal Le Monde, montre que les Français font peu confiance aux scientifiques mais ils conservent un intérêt marqué pour la connaissance scientifique.

Manque de confiance et mal informés

L’enquête met en évidence que les Français font peu confiance aux scientifiques pour « dire la vérité sur les résultats et les conséquences de leurs travaux ». Montrés du doigt: les OGM et le nucléaire. Ce sont les domaines de recherches pour lesquels la parole des scientifiques entrainent le moins d’adhésion, 1 personne sur 3 lui accordant crédit.

La confiance prévaut davantage pour d’autres sujets tels que les recherches sur les cellules souches, les nanotechnologies ou les neurosciences. mais elle reste sous la barre des 50%. Les Français se déclarent surtout mal informés dans ces domaines. Le taux de confiance tendrait au plus bas dans les secteurs où l’indépendance des chercheurs, vis-à-vis du pouvoir politique ou de l’industrie, est essentielle.

Pourtant, les Français restent positifs sur le rôle de la science en général. Ils considèrent que la connaissance scientifique est porteuse de « solutions aux problèmes que nous rencontrons aujourd’hui ». Ils font également confiance à la communauté des chercheurs pour « expliquer les enjeux de la recherche et les débats qu’ils peuvent susciter ».

Si l’enquête révèle une « fêlure » entre les Français et les scientifiques, les citoyens gardent en outre un intérêt marqué pour la connaissance scientifique.

Pour 93% il est « important de connaître les enjeux de la recherche pour comprendre les évolutions de la société ».

En outre, 80% jugent que les citoyens sont insuffisamment « informés et consultés » sur ces dossiers.

La relative désaffection des jeunes

Ce rapport complexe des citoyens à la science est particulièrement manifeste chez les jeunes générations. L’intérêt pour la science et la fascination qu’exerce l’objet technologique sur de nombreux jeunes, en particulier dans le domaine du numérique, se conjugue, à tort ou à raison, avec un certain rejet de l’étude de la science et des technologies sous-jacentes.

La mise en doute des idéaux des Lumières, fondateurs de la civilisation, est lisible dans les prises de position de certaines mouvances écologistes ou alternatifs, où les jeunes sont davantage actifs. Les questions du nucléaire et des OGM ont été révélatrices à cet égard.

L’enseignement scientifique, souvent mis en cause et débattu, continue de rencontrer des difficultés. Les jeunes s’engagent de moins en moins dans les métiers de la recherche. Des carrières longues et exigeantes, et mal valorisées. On observe ces dernières années une désertion des filières scientifiques qui témoigne du déclin de la formation scientifique des jeunes. Comment rendre ces cursus plus attirants pour les jeunes générations et apporter des réponses aux inquiétudes liées aux applications de la science ?

66 % des Européens pensent que les gouvernements devraient inciter davantage les jeunes à s’intéresser aux sujets scientifiques (Eurobaromètre 2010). Il est surprenant que dans le parcours des enseignants en sciences, jusqu’au Capes et à l’Agrégation, les stages en laboratoire ne soient pas obligatoires. Les enseignants du secondaire n’ont bien souvent qu’une connaissance théorique de la démarche scientifique. Ainsi les expériences réalisées en TP sont souvent de simples vérifications qui n’apprennent pas à réfléchir et ne forment pas à la critique positive en sciences.

La science : savoir ou pouvoir ?

Les questions posées avec le plus d’insistance par les jeunes mais aussi les moins jeunes concernent les liens entre science et pouvoir, entre science et démocratie. C’est ce que souligne une étude menée par Etienne Klein (« Les jeunes et la science. Faire face à la crise des vocations scientifiques ». Documentation Française 2007). Dans certains cas, la radicalisation des débats sur les OGM ou les nanotechnologies révèle le fait que la société a pris acte que la science joue un rôle de transformation de la société.

Les sciences et les techniques sont devenues un sujet politique, au sens large et de manière prosaïque, une sorte de boite noire. « Il existe un sentiment de désinformation et de dépossession démocratique du débat sciences/société, souligne ce rapport. La science est perçue comme un instrument de pouvoir dont l’effet advient de façon déterministe ». Cette perception s’exprime à travers l’idée que les citoyens concernés se font des processus d’innovation. Pour nombre d’entre eux, ces processus se développent dans une pure volonté de maîtrise dépourvue de toute finalité humaine. En réalité, cette question des applications de la science et de la technologie témoigne du grand écart qui existe entre la décision scientifique et le choix politique. Deux mondes qui ont du mal à ajuster leurs logiques propres.

*Enquête présentée le 16 juin 2011 lors du forum « Science, recherche et société » au Collège de Franc

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Au sujet de Yan de Kerorguen

Ethnologue de formation et ancien rédacteur en chef de La Tribune, Yan de Kerorguen est actuellement rédacteur en chef du site Place-Publique.fr et chroniqueur économique au magazine The Good Life. Il est auteur d’une quinzaine d’ouvrages de prospective citoyenne et co-fondateur de Initiatives Citoyens en Europe (ICE).

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ETUDE, Le Magazine, Sciences et société

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