Il est grand temps que les Etats européens joignent le geste à la parole pour éliminer la discrimination systémique

Tel est le sens d’une déclaration faite par Thomas Hammarberg, Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, lors d’un séminaire sur les droits des Roms, organisé le 30 septembre à Stockholm. « Les Roms et les gens du voyage sont toujours victimes de racisme et de discrimination généralisée dans beaucoup de pays européens, quel que soit le domaine social. Il est grand temps d’intervenir pour remédier à cet état de chose », a-t-il déclaré.

« L’Europe n’a pas de quoi être fière. C’est un continent où la stérilisation forcée des femmes roms a été une politique soutenue par l’Etat dans certains pays au moins jusqu’en 1990 et où la ségrégation des enfants roms persiste à l’école. La lutte contre la pauvreté parmi les Roms et les mesures visant à améliorer leur statut socio-économique ne donnent guère de résultats. Les Etats ont manifestement été incapables d’offrir des services et une protection efficace des droits de l’homme à la principale minorité nationale d’Europe ».

Le sentiment anti-rom est la cause première de cette situation. « Aucun programme national ou régional destiné à améliorer la situation des populations roms d’Europe ne pourra être couronné de succès sans des mesures déterminées pour combattre ce sentiment. Il faut donc que les Etats encouragent la culture rom, qu’ils fassent mieux connaître l’histoire des Roms et qu’ils combattent véritablement le discours de haine ».

Mettant en relief des cas récents de discours intolérants anti-roms en France, en Hongrie et en Italie, qui ont été suivis par des actions violentes contre les Roms au moins dans les deux derniers pays, le Commissaire souligne que les responsables politiques ont une responsabilité clé à assumer pour encourager la compréhension mutuelle et éviter les mesures et déclarations qui favorisent l’intolérance et l’extrémisme. « Les personnalités politiques de premier plan ne devraient pas ignorer les effets que leurs déclarations peuvent susciter. La rhétorique malheureuse de leurs discours peut en fait stimuler les groupes extrémistes et conduire à des actes de violence ».

Le Commissaire insiste de plus sur la nécessité de renforcer la protection des Roms dans le contexte de leurs migrations ou de l’exercice de leur liberté de circulation en Europe, et de fournir des papiers d’identité au nombre considérable d’entre eux qui en sont encore privés. « Il n’est pas acceptable que des femmes et des hommes de l’Europe d’aujourd’hui soient en fait privés de leur droit à une nationalité, qui est un droit fondamental. On ne peut remettre à plus tard la mise en œuvre de solutions pour remédier à cette situation honteuse ».

Recommandant des mesures concrètes qui peuvent contribuer à intégrer les Roms, le Commissaire déclare qu’ « il y a des solutions durables. La seule chose qui empêche l’Europe d’éliminer la discrimination à l’encontre des Roms, c’est la volonté politique de le faire ».

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Au sujet de Yan de Kerorguen

Ethnologue de formation et ancien rédacteur en chef de La Tribune, Yan de Kerorguen est actuellement rédacteur en chef du site Place-Publique.fr et chroniqueur économique au magazine The Good Life. Il est auteur d’une quinzaine d’ouvrages de prospective citoyenne et co-fondateur de Initiatives Citoyens en Europe (ICE).

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