Pourra-t-on éviter un jour le tremblement de terre de Haïti ou le tsunami de Sumatra ? Peut-être pas. Mais les technologies et les recherches permettent en tous les cas d’entrevoir le jour où on pourra les détecter et donc s’en protéger.

Plusieurs recherches récentes en architecture, en nouveaux matériaux mais également dans le domaine des satellites permettent de mieux comprendre, d’anticiper et même de résister aux tremblements de terre.

Demeter, un satellite capable de détecter les perturbations électromagnétiques

Sous le nom de Demeter, la déesse grecque des moissons, se cache un satellite de nouvelle génération mis au point par le CNES capable de détecter et de mesurer dans l’ionosphère les perturbations électromagnétiques qui semblent associées aux séismes, éruptions volcaniques et autres raz-de-marée. Son atout : la capacité de couvrir très rapidement la quasi-totalité des régions sismiques actives du globe. « Des études récentes ont observé dans l’ionosphère, à environ 100 km d’altitude, des signaux électromagnétiques assez intrigants quelques secondes avant certains séismes », explique Pascale Ultré-Guérard, géophysicienne au CNES.

« Demeter ne permettra toutefois pas de prévoir les tremblements de terre », précise-t-elle aussitôt.  » Il ne transmettra pas ses données en temps réel et ne sera relié à aucun centre de décision. Il ne s’agit là que de valider une hypothèse scientifique ». Mais cette mission qui complète les mesures au sol occasionnent une meilleure connaissance des séismes et la possibilité à terme de percer leur secret. « Ce n’est qu’une fois que nous disposerons de paramètres fiables de l’activité sismique que nous pourrons, peut-être, anticiper les tremblements de terre », conclut Mme Ultré-Guérard.

Ces observations conjuguées permettent d’élaborer des modèles et de dresser des cartes de l’intensité moyenne du champ électrique précédant certaines secousses sismiques et volcaniques. Si les émissions post-sismiques peuvent s’expliquer aisément par les ondes acoustiques générées par le déplacement du sol que provoque le séisme, en revanche, les signaux pré-sismiques observés dans la haute atmosphère sont encore mal compris.

Tous les séismes ne produisent pas de telles perturbations, et les processus physiques à l’origine de ces phénomènes sont encore inconnus. Plusieurs hypothèses sont avancées : une production directe d’ondes par compression de la roche près de l’épicentre, des décharges électriques dues à une redistribution des charges dans le sol.

Un nouvel algorithme de prévision des séismes

De leur côté des chercheurs russes, sous la direction de Vladimir Kossobokov (Institut international de Moscou de théorie de la prévision des séismes et de géophysique mathématique), ont créé un nouveau modèle décrivant le processus de formation des séismes et permettant de les prévoir. Ce scientifique russe, il faut s’attendre, d’ici 2018, à un nouveau puissant séisme du même type que celui ayant entraîné le tsunami qui avait ravagé le littoral de Sumatra, en 2004.

Ces scientifiques ont élaboré un nouvel algorithme, baptisé M8S, repose sur un modèle décrivant le processus de la naissance des séismes et sur le traitement statistique des données des observations sismiques. Il est conçu pour établir des prévisions à moyen terme (sur quelques années) des tremblements de terre et peut être appliqué pour des séismes de forces différentes, autrement dit pour un large éventail de magnitudes dans des régions connaissant des activités sismiques diverses. Il repose sur l’analyse rétrospective de la dynamique de l’activité sismique précédant les séismes puissants et très puissants (d’une magnitude supérieure à 8).

Confirmation de l’efficacité de cet algorithme a été le très puissant séisme survenu au sud-ouest de Sumatra le 26 décembre 2004. L’algorythme a montré que les risques d’une catastrophe étaient multipliés par 20. Les sismologues de l’Institut russe ont établi que les séismes les plus puissants ont une cyclicité bien marquée. En outre, leur puissance croît en fin de cycle. Au XXe siècle, par exemple, les quatre plus gros séismes (Kamtchatka, Alaska-îles Andréanov, Chili et Alaskaddétroit du Prince Williams, se sont produits dans un intervalle de temps relativement court.

Les spécialistes estiment qu’un tel « tir groupé » aurait été extrêmement improbable en l’absence de lien entre ces événements. Concernant le début du XXIe siècle, Vladimir Kossobokov pense, rapporte l’Agence TASS, qu’il se produira d’ici 2018 un important séisme, comparable à celui ayant frappé Sumatra en 2004. Son épicentre pourrait se situer dans l’une des cinq régions suivantes: frontière occidentale entre les Etats-Unis et le Canada, Chili, Cachemire, Sumatra, océan Indien (à proximité des îles Andaman).

Une maison résistant aux séismes

Dans un tout autre domaine, une invention pourrait révolutionner l’habitat des régions sujettes aux tremblements de terre. Des chercheurs de l’université de Leeds, en Angleterre, travaillent à la construction d’une maison capable de combler instantanément ses fissures. Le principe : « Une substance chimique est enfermée à l’état liquide dans des nanocapsules. Lors d’un séisme , ces dernières se rompent sous la pression, et laissent s’écouler leur produit dans les brèches . Il entre alors en contact avec un catalyseur qui entraîne sa polymérisation , c’est-à-dire la formation de plus longues chaînes , donc son durcissement . Un peu à la manière d’une glue qui sèche » , explique Tomasz Liskiewicz, l’un des chercheurs travaillant sur ce projet.

Un réseau de capteurs peut être également intégré à la maison pour surveiller son environnement immédiat en rassemblant des données telles que niveaux de vibrations, température ou encore émissions de gaz. Qu’une anomalie surgisse, et le réseau donne l’alerte aux résidents pour qu’ils évacuent. Les capteurs sont aussi conçus pour envoyer des signaux de détresse aux équipes de secours en cas d’effondrement. La construction de cette maison antisismique, financée par l’Union européenne, devrait être achevée d’ici à trois ans.

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Au sujet de Yan de Kerorguen

Ethnologue de formation et ancien rédacteur en chef de La Tribune, Yan de Kerorguen est actuellement rédacteur en chef du site Place-Publique.fr et chroniqueur économique au magazine The Good Life. Il est auteur d’une quinzaine d’ouvrages de prospective citoyenne et co-fondateur de Initiatives Citoyens en Europe (ICE).

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