Grenelle de la mer, Journées de la mer… Pourquoi s’intéresser aux océans? Parce que la Grande bleue représente à elle seule une sorte de « nouveau monde », susceptible d’apporter des solutions scientifiques et économiques à nos questions.

Grenelle de la mer, Journées de la mer… très bien. Que la mer, cette « inconnue », soit au premier plan de l’actualité n’est pas pour nous déplaire. La consultation citoyenne, l’information au grand public font partie des engagements de Place publique. Gageons que les « caps » pointés par les quatre groupe de travail du « Grenelle »soient tenus par le gouvernement. Car la mer est devenu un des enjeux prioritaires pour les Français. Selon l’Agence des Aires Marines Protégées et le journal Le Marin, neuf Français sur dix (89%) estiment que la mer est l’avenir de la Terre (sondage IFOP). Le succès des écologistes aux élections européennes renforce ce sentiment pour la protection de la planète, dont la mer représente 71% de la surface.

Pourquoi s’intéresser à la mer?

Nous savons peu de choses sur les océans. 90% de ce « monde du silence nous est inconnu. Jusqu’à il y a une trentaine d’années, on croyait que la biosphère se limitait à la surface des océans. On s’est vite aperçu qu’au contraire les fonds marins recélaient des trésors insoupçonnés, susceptibles de nombreux progrès en matière de santé, d’alimentation, d’énergie…Il est vrai, on connait mieux le ciel. Pourtant, il y a une foule de choses qui se passent dans les fonds marins. Les 9/10èmes de l’évolution se sont déroulées sous l’eau. On peut donc maginer un monde en turquoise où la green économie, mariée à la grande bleue ouvrirait de nouvelles perspectives.

Nous traversons une période de basculement de la société moderne . « Le temps du monde fini commence » disait Paul Valéry. Il existe un sentiment fort et de plus partagé que la planète ne peut plus continuer au rythme effréné de ses dépenses, de ses gaspillages et de ses excès. Depuis quelques années, des outils prévisionnels, technologiques nous permettent de faire des comptes. Ils ne sont pas bons. La fin du pétrole (en 2050), le réchauffement du climat (autour de 1°), la réduction de la biodiversité avec la disparition de nombreuses espèces, la pénurie d’eau dans des pays représentant au total les 2/3 de l’humanité…autant de constats qui nous obligent à changer de logiciel. La mer est un recours, une matrice des possibles. Elle forme notre horizon tant son potentiel est grand, susceptibles d’apporter des solutions. Elle est à la dimension du développement durable et de l’avenir des jeunes générations. Elle se décline en plusieurs défis.

L’avenir de la santé est, pour une bonne part… dans l’eau ! La biodiversité de la mer est bien plus riche que celle de la terre.. « La mer est une immense chimiothèque.» Algues, bactéries, zooplancton…L’étude de la mer à des fins médicales n’en est qu’à ses débuts. Officine encore peu remplie mais prometteuse.

Un autre défi est celui de l’alimentation. « Le monde pourra-t-il nourrir tout le monde quand il y aura 9 milliards d’habitants sur la planète?Le réchauffement climatique affecte l’agriculture, assèche les récoltes, provoque des inondations… Et si la mer « nourricière » pouvait offrir au monde une bonne partie de la réponse au défi alimentaire.

L’eau est le troisième problème mondial le plus important à gérer après l’explosion démographique et le changement climatique. Avant 2024, 2/3 de la population mondiale vont vivre dans des régions qui connaîtront des pénuries d’eau. 72% de la surface totale de la terre est recouverte d’eau. Seulement voilà, 97,2% de cette eau est salée. Donc non potable. Si nous pouvions, à bas prix, obtenir de l’eau potable à partir de l’eau de mer, faisait observer le président John Kennedy, il y a à peine 50 ans, cela serait une des plus grandes avancées de l’humanité. Des projets de désalinisation de l’eau de mer écologiques sont en chantier. ils reposent sur des petites usines locales, intégrant des éoliennes et une gestion au cas par cas, en fonction de la situation locale et en cohérence avec la gestion de l’offre.

Les énergies renouvelables de la Grande Bleue peuvent aussi nous aider à construire cette économie « turquoise ». Les vagues, les hydroliennes (courants et marées), les éoliennes off shore, l’énergie thermique des mers, la « pression osmotique » autant d’énergies de compléments dont il faut accentuer le développement. Sans oublier les algues. En couvrant seulement 1% de la surface de la France avec du plancton marin, les besoins énergétiques du pays seraient totalement pourvus, avancent des experts. Les algues pourraient prendre ainsi la relève des céréales comme biocarburants.

Un élément capital qui fait qu’on se soucie de la mer aujourd’hui , c’est le rapport intime entre mer et climat. La mer est le véritable chef d’orchestre du climat de notre planète, L’océan mondial par son immense capacité de stockage de chaleur, joue un rôle central dans la régulation des échanges thermiques de la planète.

Connaitre mieux la mer, c’est déjà la protéger.
Le défi écologique est prioritaire. Si la mer peut sauver la terre, comme soutient le ministre de l’environnement Jean-Louis Borloo, encore faut-il que les gouvernants et les décideurs économiques ne répètent pas les mêmes erreurs. On a des raisons de s’inquiéter. L’océan ne s’est jamais autant dégradé que ces cinq dernières années à cause du CO2 et des déchets. 80% des déchets viennent de la terre. L’ « acidification de l’océan » par l’injection massive de CO2; contribue à détruire les écosystèmes. On estime à un tiers le nombre de coraux menacés. L’un des phénomènes les plus spectaculaires est l’assèchement des mers fermées. Sans compter les dégazages en mer et les marées noires.

Si le réchauffement climatique se poursuit au rythme actuel, le niveau de la mer montera d’1mètre d’ici la fin du siècle. Cela reviendra à pousser à l’exil 100 millions de personnes. Ces écoréfugies existent déjà, victimes des inondations, des tsunamis et des cyclones.

Le problème le plus inquiétant se pose sur le toit du monde qu’est l’océan Arctique. Le « pôle nord » est doublement victime:

 du réchauffement climatique (fonte des glaces et des glaciers)

 des manœuvres industrielles qui se préparent, attisées par la fonte accélérée de la banquise.

Ces société prennent position pour l’exploitation des gisement d’hydrocarbures et de méthane. Une bombe écologique en puissance! D’une part , nous ne savons pas nettoyer une marée noire sur la glace, d’autre part, ces exploitations accentueraient la dégradation de la banquise et des fonds marins. 1/4 du trafic maritime mondial pourrait, à terme, passer par ce raccourci faisant gagner 5000 kilomètres.

La banquise joue un rôle fondamental sur le plan des équilibres environnementaux » explique le « marcheur des pôles », Jean-Louis Etienne. C’est l’étude des glaces, des courants, de la salinité, dont l’Arctique est le régulateur qui nous renseigne le mieux sur le climat. Or le pôle ne va pas bien. En moins de 20 ans, on a constaté un retrait de la banquise de 40% et un amincissement des glaces de 3 mètres à 1,5 mètre . il est fort probable que la banquise arctique aura disparu en été dans les 10 à 15 années qui viennent. Selon le climatologue Claude Lorius, la glace de mer reflète 90% de la lumière solaire et si cette glace disparait, l’océan absorbera les 4/5 èmes de cette énergie.

On risque ainsi de perdre une précieuse « terra scientifica » , témoin des évolutions du climat et de la biodiversité. Des organisations de défense de l’environnement plaident pour la signature d’un traité semblable à celui élaboré pour l’Antarctique, lequel interdit toutes les activités autres que scientifiques. Jean-Louis Etienne, milite pour faire de l’Arctique une « zone d’intérêt commun pour l’humanité ». Le 8 octobre 2008, l’ex-Premier ministre et député européen, Michel Rocard, a défendu un projet de résolution appelant le Conseil des ministres européen à lancer la négociation d’un traité international sur la protection de l’Arctique. Récemment, deux cents experts et scientifiques européens, réunis à Brest du 9 au 11 décembre 2008, à l’initiative de la présidence française de l’Union européenne, ont appelé à mettre un terme à l’exploitation sans contrôle de la mer, et à adopter sans attendre des mesures de protection.

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Au sujet de Yan de Kerorguen

Ethnologue de formation et ancien rédacteur en chef de La Tribune, Yan de Kerorguen est actuellement rédacteur en chef du site Place-Publique.fr et chroniqueur économique au magazine The Good Life. Il est auteur d’une quinzaine d’ouvrages de prospective citoyenne et co-fondateur de Initiatives Citoyens en Europe (ICE).

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EDITO

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