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Au temps du Corona, la vie n’a plus la saveur des étreintes et la chaleur du regard. Chacun en fait l’amère expérience. La si mal nommée « distanciation sociale », appelée à freiner la contamination, interdit aux amis de se voir, aux enfants de jouer, aux amants de se retrouver et même parfois aux familles d’assister leurs proches dans les derniers instants. La mort, sans sépulture, sans humanité, qui eut cru cela possible en 2020 ?

Les pays où les gens s’embrassent et parlent beaucoup sont les plus sanctionnés. Triste peine pour un modèle « méditerranéen » qu’on s’accorde à trouver joyeux , festif et vivant. Les peuples qui ne se touchent pas, qui sont suivis à la trace, comme le Japon ou la Corée du sud, et les humains sans passions, eux vont mieux. Plus disciplinés dans leurs émotions sans doute. Ceux qui bafouent les libertés publiques, comme la Chine, sont mieux armés, pour contenir les habitants et faire régner l’ordre. Les autres sont ceux qu’on n’entend pas, les habitués au mensonge.  C’est comme si un mauvais génie s’employait à punir la vie. Ce sale petit coronavirus, est en train de nous dire que les seuls systèmes efficaces contre sa propagation sont les dictatures et leurs bons petits soldats. Tant pis pour les Latins.

Et puis cette Europe, avec ses principes, avec ses vertus, peine à faire cause commune. Le confinement a des allures de temps suspendu dont le silence inquiétant respire la solitude et l’incertitude. La pandémie nous essouffle.  Comment vivre sans les autres ? Terrible et funeste, le virus mutant s’est répandu sur tous les continents. Nous n’avons encore que des hypothèses sur sa transmission, sa gravité et ses conséquences. Et nul ne sait encore ce qui va advenir. Mais nous pressentons que cette pandémie, d’amplitude inégalée, touchant toutes les populations, sera longue. Seul un vaccin en viendra à bout.

L’archaïsme 

L’histoire commence par un bestiaire (chauves-souris, serpents, singes …),au sein duquel beaucoup découvrent pour la première fois une espèce dont ils n’avaient jamais entendu parler : le pangolin.

Désormais nous savons que le coronavirus est né, en Chine, probablement dans un marché de Wuhan, un jour de la mi-novembre 2019, hébergé au milieu d’espèces animales importées parmi lesquels le fameux  pangolin, mais aussi des bêtes domestiques (volailles, porcs…), mortes et vivantes. On appelle cela des « zoonoses», soit en termes scientifiques, des « maladies infectieuses dont l’agent pathogène (virus, bactéries, parasites…) passe d’un réservoir animal à l’homme souvent via un hôte intermédiaire ». Selon l’anthropologue Frédéric Keck, les virus sont une conséquence du trafic d’animaux venant principalement d’Afrique, dont les asiatiques sont friands. Soit pour leur pharmacopée, soit pour des objectifs de rendement sexuel. Jean-François Gugan de l’IRD met en évidence les liens entre déforestation massive et apparition de nouveaux microbes.

Le phénomène n’est pas nouveau. Avant COVID19, d’autres virus, HIV, Ebola, SRAS, SMER, ont déjà essaimé dans le monde urbain, par la faute des hommes et de leurs comportements erratiques. L’abattage des arbres en forêt a ainsi poussé les chauves-souris à émigrer dans les villes, sur les zones de chalandise, et à se mélanger sur les étals des marchands, avec des bêtes provenant d’élevages industriels intensifs et mal contrôlés, créant ainsi des voies d’adaptation des microbes animaux au corps humain. Des centaines d’agents pathogènes microbiens ont ainsi émergé sur de nouveaux terrains où ils peuvent s’adapter à notre corps et évoluer.

L’univers archaïque des épidémies dévastatrices a ainsi brutalement fait irruption dans le monde aseptisé et avancé de la puissance nucléaire, de la chirurgie laser et de la technologie virtuelle. « Si un extraterrestre mal intentionné voulait mettre au point la méthode la plus efficace pour infecter les humains avec des zoonoses, il tenterait de maximiser ses chances en mettant en contact le plus d’espèces de mammifères possible avec le plus d’humains possible. Et par quel biais miraculeux ? Un marché chinois d’animaux sauvages ! » Telle est l’origine triviale de Coronavirus !

L’absurde

Rendez-vous en absurdistan ! Depuis quelques années, nous nous sommes habitués aux poussées irrationnelles. Mais aujourd’hui, qu’un phénomène de si grande ampleur, causé par un vulgaire microbe, sur un marché improbable de Chine, nous atteigne dans notre vie quotidienne au point de nous priver de la liberté de voir des gens qu’on aime, relève de l’inédit. Quand on y songe, c’est une forme de non sens qui s’impose. Plonger le monde dans la plus grave récession depuis la seconde guerre mondiale pour une pandémie qui fera au plus 150 000 morts dans un monde de 7 milliards d’humain, n’est-ce pas une défiance à l’entendement ? Par souci d’humanité, nous sommes en train de faire l’expérience de l’incohérence et de l’aberration de la condition humaine dont les conséquences pourraient être socialement et économiquement dramatiques. Une situation inconnue est en train de se produire : le monde ralentit. Quel monde absurde que celui d’un temps qui se fige, alors qu’il semblait ne plus pouvoir freiner sa course vers la croissance. Quel est ce monde insensé où l’isolement du virus condamne les personnes à la séparation les uns des autres? Quel monde aberrant quand il ne faut surtout pas tendre la main aux souffrants, mais au contraire les éviter? Et ces parents confinés depuis plusieurs semaines qui comprennent mal que l’affection dont leurs enfants les couvrent habituellement se traduit par une sorte d’ingratitude obligatoire : comment les laisser seuls ? Quoi d’autre ? Ah oui, ce médicament soit-disant miracle, l’hydrochloroquine. Voilà que ce sont les sondages et l’opinion des gens et non la science qui devraient nous certifier son efficacité. Enfin, quelle injonction absurde où nous voilà conviés par le président à faire la guerre en restant sans bouger, après avoir encouragé les habitants à continuer à vivre normalement ? Tous ensemble, chacun chez soi !

       « Drôle de guerre, écrit Régis Debray dans un article de Marianne, une guerre où le commandant en chef a pour mot d’ordre : « planquez-vous » ; où une mobilisation générale met à l’arrêt ; où on appelle à ne plus faire société pour faire nation, à s’isoler pour se serrer les coudes et à écarter les corps les uns des autres pour se rapprocher d’eux en esprit. »

Ce qui fait le plus peur est la dinguerie des puissants de ce monde. Entre les menteurs, les ignorants ou les idiots, la palette de l’obscénité est variée. Le président américain ne sait pas ce qu’il dit. Après s’être moqué d’une petite anecdote sanitaire, il pérore quelques jours plus tard, affirmant avoir toujours connu la gravité de la situation. Sans vergogne, il se proclame le chef de guerre du monde contre le virus. Voilà comment  s’opère chez les ignorants le passage du fake news en plan d’urgence. Désormais, les Etats-Unis sont l’épicentre de la pandémie. De même, le Premier ministre  britannique, après avoir imprudemment serré des mains pour montrer l’inocuité du Covid-19, il se met à donner des leçons de morale sanitaire aux britanniques. Même pas peur ! Mal lui en a pris, il se retrouve trois semaines plus tard en réanimation, terrassé par la fièvre virale. Tel est le monde de l’absurde qui tourne sur lui-même, de paradoxes en paradoxes. La volatilité du virus est aussi dans les propos. Affichant un cynisme négationniste, le président du Brésil fait comprendre que le virus est un mal pour un bien. Tant pis pour les faibles, les vieux et les malades. Il y a trop de personnes agées dans le monde. Bref, le coronavirus arriverait à point nommé pour régler le problème de la retraite des baby boomers.  Le cynisme rejoint l’absurde !

« Comment se limiter à l’idée que rien n’a de sens et qu’il faille désespérer de tout », s’interrogeait Camus ( L’été)

L’incertitude

Combien de morts ? La terrible question est là, dans l’esprit de tous.Surgissement du réel  dans notre vie quotidienne quand vient le décompte des contaminés, des hospitalisés et des décès. La frayeur que nous inspire le virus est que nous n’avons pas de prise sur son évolution, ses possibles mutations, sa durée de vie. La propagation mondiale du coronavirus (Covid-19) nous met face à l’horizon indépassable de la mort.

Que traduit-il par ses sordides manigances ? Que les sociétés post-modernes et libérales se trouvent fort dépourvues quand survient l’incertitude. L’incertitude est le propre d’une raison hésitante, incapable de se projeter dans l’avenir, simplement parce qu’elle n’a pas toute la connaissance. Chaque virus ne se laisse pas aisément définir. Les scientifiques en conviennent : nous ne savons pas. Les cartésiens qui ont besoin de certitude pour progresser, redoutent ce qui n’est pas connu avec certitude. Le flou, l’aléatoire, l’imprécision la font vaciller. Ainsi la contagiosité : quand le malade immunisé a produit ses anticorps et perdu ses symptômes, il peut être encore contagieux, entre 7 et 21 jours. On croit que 15 jours de confinement suffisent, rien n’est moins sûr. De même, on peut être porteur du virus sans développer les symptômes. Enfin, il semble qu’on pourrait être réinfecté longtemps après avoir guéri. On devrait s’en soucier: toute l’aventure humaine doit être pensée comme une préparation aux choses incertaines, ces choses qui nous condamnent à la solitude et à la fin. Dans l’incertitude, le danger quand il est imaginé est plus effrayant que le danger réel. Au moment des alertes et des fléaux, quand le réel impose sa grimace, l’Incertain a rendez-vous avec la mort. L’explosion du coronavirus et l’incertitude dans laquelle nous plonge cet ennemi invisible convoque l’idée de la guerre et oblige à imaginer ce que nous préférerions ignorer : l’issue fatale. Un mot succède à un autre : l’impréparation remplace l’incertitude. Telle est la critique que les citoyens adressent à leurs dirigeants ! Mais si la perception du tragique nous accompagnait, en se rappelant les anciens Grecs, on serait sans doute plus armé. La gravité est soeur de la lucidité et stimule la recherche. Les personnels soignants des hopitaux le savent bien. Il y a quelque chose de stoïcien dans ce sens du sacrifice, alors que la partie est loin d’être gagnée. Avec des moyen d’action limités sur les causes qui déterminent la pandémie,  ils se résolvent à faire tout ce qu’ils peuvent pour sauver des vies, avec un magnifique sens de l’abnégation. Voilà pourquoi on parle d’héroïsme.

Le nombre

La quarantaine ! Pourquoi quarantaine ? Toutes les histoires d’épidémie commencent avec cette mesure d’isolement forcé et nous entraîne dans des calculs auxquels la modernité ne semblait plus habituée. Qu’il s’agisse du nombre de cas de contaminés, du comptage des décès, de savoir combien de temps le confinement va s’imposer, de l’impossibilité de prévoir la vie d’après, ou encore de chiffrer le coût en PIB des dégats de la pandémie, une obsession nouvelle occupe l’écran : compter ! C’est devenu une habitude universelle. A quelle place se trouve-t-on dans le classement des pays ? Combien de morts au total ? A quand le vaccin ?

A l’heure de l’implosion numérique, la fascination pour les chiffres atteint chacun d’entre nous au point que certains se découvrent une passion statistique, le besoin de comparer quel pays fait mieux que l’autre etc… ? Combien de morts aujourd’hui ? Et les décès dans les maisons de retraite, quel pays les compte, quel pays ne les compte pas ? Et le chanteur Christophe, dans quelle catégorie est-il compté, dans les morts du coronavirus ou dans les morts « ordinaires » ( dans son cas, l’emphysème) ? On passe son temps à faire les comptes : les contaminés, les hospitalisés, les jours qui passent, les millions de masques manquants, les confinés dans le monde, à quand le « déconfinement ». S’en sortirons-nous mieux que nos voisins ? On croyait l’immunité un fait acquis qui nous prémunit. Point du tout. Certains scientifiques pensent qu’on peut être réinfecté une fois guéri. C’est à n’y rien comprendre.

Mais pour qui donc se prend ce virus ? Pourquoi donc cette fascination ? A l’échelle des chiffres de la mortalité mondiale, les 150 000 morts de la pandémie sont bien peu de choses. Fallait-il sacrifier des milliards de PIB et tant de points de croissance, au risque d’accroitre la comptabilité par des victimes, économiques, sociales ou psychiatriques ?

Rappelons quelques ordres de grandeur des crises sanitaires récentes. Qui se souvient, il n’y a pas si longtemps, en hiver 68-69, de la grippe de Hong Kong qui a fait un million de morts dans le monde, et 31 000 en France, soit bien plus que le Coronavirus ? La presse de l’époque avait jugé bon de passer l’évènement sous silence. La canicule de l’été 2003 a causé la mort de 15 000 personnes. La mortalité en France est de 50 000 morts par mois. En fin de compte, les calculs incommodants et parfois inconvenants sur le Coronavirus ne sont-ils pas vains ? On choisit les échelles de grandeur qui conviennent au message qu’on veut faire passer. La comptabilité et la statistique deviennent alors incompréhensibles. Attention aux chiffres trompeurs prenant en compte les décès liés au virus  et ceux imputables à d’autres causes. Est-il pertinent quand on établit la liste de la contamination et des décès, de comparer des pays aussi différents que la Suède et l’Espagne, ou la France et l’Australie ?  Est-il judicieux de mettre sur la même échelle des pays comme la France qui comptent les résidents des maisons de retraite ( 22 000 décès au total) et le Royaume-Uni (16500), l’Espagne (21 000 ) et l’Italie (24 000) qui, eux, ne comptent pas les maisons de retraite ? Si l’on s’aligne sur ces trois derniers pays, le nombre de décès hors maisons de retraite descend à 12 500 en France.

Tout bien considéré, le seul décompte qui vaille est celui qui compare ce qui est comparable ? Par exemple :  mettre les chiffres en proportion, proportionnellement à la densité du pays considéré, à son trafic de circulation aérien ou autoroutier, à l’habitat, à l’espace familial. Vivre dans un immeuble ou dans une maison  n’est pas pareil en termes de confinement. Un australien ou un suédois qui dispose d’espace, d’une maison individuelle, vivant dans un environnement où il y a peu de transports  en commun et pas de hub aérien est bien mieux pourvu en termes de sécurité. Difficile d’établir avec certitude les performances sanitaires des uns et des autres.

    Mais voilà que certains s’enhardissent : et s’il y avait trop de bouches inutiles ? Par exemple, les vieux parmi d’autres ? Trop de vieux, trop de pollution, trop d’infos, trop de monde ! Et si le virus, était une sorte de Dr Jekyll et Mr Hyde, exterminateur et régulateur à la fois? La porte est ouverte à l’hygiénisme. Ce cynisme est insupportable à l’éthique des jours. Mais l’hypothèse est déjà dans tous les commentaires : le virus Covid 19 n’adresse-t-il pas un avertissement à la post-modernité néolibérale qui conjugue dans sa course effrénée l’hypermarché, l’immédiateté, la globalisation ; le trop plein pour combler le vide ? Nous vivons à l’heure du surnombre, de la masse, de l’exponentiel, de l’hybris et de l’excès.  Nous mourrons seuls et isolés.

Jusqu’à présent, dans le monde connecté, le nombrilisme et les passions égoïstes des narcisses numériques occupés à se regarder sur internet consacraient le monde de l’image. Il y a désormais une fonction plus sérieuse du numéris : le nombre sec, exponentiel, avec ses courbes, ses pics et ses plateaux, ses rebonds. On remarque aussi, à travers les connexions solidaires, les circuits courts et autres manifestations d’entraide un certain retour du collectif. C’est peut-être là un retournement salutaire de la société hyperconnectée, cette société du trop plein dans laquelle le numérique est devenu l’air qu’on respire. L’hyper-connexion qui, en temps normal, creuse un vide dans les relations entre les humains trouve ainsi, en temps confiné, dans l’addition des cœurs et des intelligences, dans le 1+1+1… un plein de bienfaits que, dans l’algèbre de la puissance au carré, l’individu numérisé ne connaît pas. Avec le Coronavirus, nous sommes dans la mort de proximité, une mort rapide, surprenante, individuelle ! Elle est différente de la mort de masse qui survient, par exemple, lors des guerres où le chiffrage devient abstrait. Les valeurs humanistes veulent que toute personne, quelque soit son âge, sa race, sa richesse, son pouvoir ou sa pauvreté soit défendu. C’est d’une certaine façon ce qui différencie une société de la liberté individuelle d’une société totalitaire.

La tromperie 

A l’origine de tout, un énorme mensonge, opaque, totalitaire. Depuis que l’épidémie a frappé  à Wuhan, par indulgence ou par négligence, la plupart des pays de la planète ont fait fi des carences de Pékin, pensant que l’épidémie resterait cantonnée à la Chine. L’aveuglement collectif international était presque général. Quatre mois plus tard, le ton est radicalement différent. Les principaux pays ayant subi le virus dénoncent le défaut de transparence chinois et reconnaissent ses manquements dans la propagation de la pandémie. L’appareil communiste  a menti sur quasiment toute la ligne : la date d’apparition du virus, sa dangerosité, le nombre de contaminés et de décès. L’écrasante responsabilité de Pékin est décrite dans une chronologie des évènements reportée par le magazine en ligne Médiapart du 11 avril 2020.  Depuis le premier cas détecté infecté par un virus inconnu, à Wuhan, le 17 novembre 2019 jusqu’au premier mort officiellement annoncé à Wuhan le 9 janvier 2020 et le confinement de la ville le 27 janvier, que de temps perdu !Malgré les alertes du personnel soignant des hôpitaux de la ville, le gouvernement chinois a tardé à prendre des mesures d’urgence de confinement. Plus de 400 personnes, médecins, infirmiers, ont été appréhendées par la police pour avoir répandu des soi-disant « rumeurs ». Ce n’est que le 31 décembre que Pékin, s’est décidé à informer l’OMS expliquant que les décès s’expliquent par des cas sévères de pneumonie, sans évoquer le virus. Pékin a ainsi passé sous silence des informations capitales durant plusieurs semaines. Les données sur la propagation du virus ont été distillées au compte-goutte. Un temps perdu qui s’il avait été utilisé à temps aurait sans doute permis de juguler la crise mondiale.

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a également failli à sa mission. Elle ne se mobilisera  que trois semaines plus tard après les alertes du gouvernement de Taïwan, averti par sa diaspora de la réalité de l’épidémie. L’OMS n’a jamais évoqué la responsabilité du gouvernement chinois dans l’épidémie et son retard pris pour sonner l’alarme. Les autorités chinoises ont même été complimentées par l’OMS pour leur bonne gestion de la crise. Une complaisance coupable qui témoigne des influences attachant l’OMS au pouvoir chinois.

Pendant ce temps là, la contamination va bon train, ailleurs qu’en Asie, pour atteindre des pics auxquels aucun gouvernement concerné ne veut croire. A la mi-mai, plus de 100 000 personnes dans le monde sont morts du coronavirus, essentiellement en Italie, en Espagne, en France, au Royaume-Uni, en Iran et aux Etats-Unis. La Chine, elle, défiant la statistique, dans la plus parfaite opacité, a arrêté sa comptabilité quand elle l’a jugé utile : 3500 morts ! Pékin montrait alors au monde entier la force de son système capable de stopper quasiment, d’un jour à l’autre, l’épidémie chez elle. A la lumière des faits, et grâce aux analyses statistiques, tout montre qu’il s’agit là d’arrangements avec la vérité que les états démocratiques, exception faite des Etats-Unis, ont à peine relevé. En réalité, le total de décès en Chine est dix fois supérieur. Cette mystification, n’a fait l’objet d’aucun commentaire officiel. Pourquoi cette indulgence à l’égard des maîtres de Pékin ? Sans doute, le monde des normes et des règlements, auquel n’adhère pas la Chine sauf quand elle y voit son intérêt ou pour bloquer une décision internationale ( OMS, ONU OMC…) est-il habitué au côté réfractaire du régime communiste, qui profite de sa puissance de tir industrielle pour exercer chantage et manipulations, mensonges et contrefaçons..

Bas les masques

Un autre épisode a ajouté une dimension lamentable au retard pris par les autorités chinoises. La pénurie de masques et de gel hydroalcoolique est une illustration des ratages et cafouillages auxquelles ont été confrontés les services de soins de la plupart des pays, pris au dépourvu par la virulence pandémique. Par manque de préparation, l’Europe, mais aussi de nombreux états dans le monde, ont du faire face à un manque drastique de masques de protection destinés à protéger la population. Il fallait en priorité en réserver l’usage aux personnels soignants confrontés à l’impératif de se protéger dans le cadre des services d’urgence. Le ministère de la santé craignait alors l’engorgement des établissements de santé du fait de la forte contamination à l’oeuvre. Pour tenter de masquer cette carence, les politiques et les experts Français ont tenu des propos lénifiants sur l’inutilité des masques, affirmant de bonne foi que l’épidémie de Wuhan resterait « confinée », et que si tout le monde observait les mesures de restriction, les masques n’étaient pas nécessaires. Changement de discours deux mois plus tard, la France, comme les autres pays dans le même cas, recommandent fortement le port du masque. Problème : les stocks ne sont pas reconstitués. Il se trouve que la Chine possède le quasi monopole de la production industrielle de masques. Cette force commerciale rend pratiquement tous les pays du monde dépendant de son bon vouloir et des tarifs qu’elle applique. Il faut donc compter avec la Chine.

Ironie de l’histoire, les Chinois qui ont exporté le virus hors de Chine sont les seuls à pouvoir exporter les masques de protection. Dans ce contexte de pénurie et d’urgence, il s’avérait difficile aux pays de l’UE, eux-même soudainement confrontés à l’envolée pandémique, de se montrer généreux à l’égard de l’Italie, premier pays de l’UE violemment confrontée l’afflux de victimes. Sortant de son confinement, Pékin a alors offert son aide, jouant la carte de la solidarité. Il faut préciser que les Italiens sont considérés par le pouvoir chinois comme des partenaires. Ils ont déjà tissé des liens industriels et commerciaux dans le cadre du programme des « nouvelles routes de la soie ». En faisant parvenir des masques gratuits à l’Italie, Xi Jin-Ping se présente alors comme un ami, un humaniste. Il s’appuie à bon compte sur ce qu’il appelle l’indifférence des Européens vis à vis d’un pays membre, mettant l’accent là où ça fait mal : le manque de solidarité au seins de l’UE. Cet acte médiatisé a valu à Xi Jin-Ping d’être qualifié de « sauveur » par les Italiens. En accomplissant ce geste « commercial », la Chine apparaît aux yeux des pays d’Europe bénéficiant d’investissement chinois ( les « 16 pays-amis », dont 11 membres de l’UE), comme le « good guy ». Excellent coup de promotion marketing pour qui veut asseoir sa stratégie de domination.  La Chine communiste réussit là où l’Europe peine.

Aujourd’hui la planète entière s’arrache les masques. Pas de quartier, les Etats-Unis font monter les enchères auprès des producteurs chinois de masques pour accaparer les stocks, n’hésitant pas à subtiliser moyennant finances, des masques déjà vendus. Affligeant épilogue. C’est à qui sera le plus malin pour devancer les autres et détourner la livraison des masques. Tout cela sous l’œil probablement amusé du super commercial mondial en chef, déguisé en humanitaire : le gouvernement chinois, celui- là même qui a plongé la planète dans le gouffre. Last but not least : on s’aperçoit vite qu’une grande quantité de masques fournis par la Chine sont de mauvaises qualité. Du vulgaire papier toilettes, se plaignent les grugés !

Que traduit cette histoire consternante ? Qu’il existe un jeu de dupes entre la Chine, les Etats-Unis et l’Europe. Le théâtre de cette comédie est celui des « nouvelles routes de la soie », programme stratégique de la conquête du commerce mondial engagée par le  président chinois Xi Jinping. Tandis que le monde se démène dans une crise sans nom, l’économie chinoise, bien que secouée reste confiante. Les fondamentaux de la croissance sur le long terme ne changeront pas. La production a repris, la consommation intérieure est repartie, et la confiance des ménages est au beau fixe. La Chine a gagné son pari : transformer la crise en opportunité.

Yan de Kerorguen

Au sujet de Yan de Kerorguen

Ethnologue de formation et ancien rédacteur en chef de La Tribune, Yan de Kerorguen est actuellement rédacteur en chef du site Place-Publique.fr et chroniqueur économique au magazine The Good Life. Il est auteur d’une quinzaine d’ouvrages de prospective citoyenne et co-fondateur de Initiatives Citoyens en Europe (ICE).

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