Entre réflexion théorique et guide pratique, voilà un livre qui donne furieusement envie à ses lecteurs de ressortir, séance tenante, bèches et serpettes pour jouer les nouveaux Candide.


Place Publique a rencontré son auteure, Frédérique Basset, journaliste potagère et rédactrice en chef de la très belle revue Canopée.



 Comment en êtes vous arrivée à vous intéresser à l’idée d’autonomie alimentaire ?

 Depuis 20 ans, je tourne autour. Je suis journaliste spécialisée dans les questions de préservation de la nature. En 2006 j’ai pris une année sabbatique pour me former à la botanique. Puis j’ai fait de nombreux stages d’agriculture biodynamique près d’Aix en Provence et en Inde, selon la méthode du japonais Masanobu Fukuoka. À Paris où je vis, je jardine dans un jardin partagé du 19e arrondissement. Il est situé rue de Crimée, autour d’une église orthodoxe. J’ai initié il y a deux ans un potager hors sol sur la terrasse devant l’église. Tomates, radis, concombre, poreaux, mâche, épinards poussent en pleine ville.

 Pour nourrir plus sainement la population, vous misez donc sur les solutions locales contre l’hégémonie du global ?

 Il devient aujourd’hui essentiel de relocaliser notre alimentation, face à la pénurie annoncée du pétrole qui permet encore aujourd’hui d’acheminer l’alimentation des grandes villes. Il nous faut désormais apprendre à nous réapproprier nos racines. Aux antipodes d’une pseudo-nostalgie pour l’éclairage à la bougie, l’agriculture biologique et locale représente l’alliance du passé et du présent. C’est peut être cela la nouvelle modernité. La démarche est valable à tous les échelons. Au niveau micro, même en ville, on peut cultiver son jardin. Les expériences ne manquent pas, entre les jardins partagés, les jardins familiaux, les jardins d’insertion, les terrasses, les toits, tous les endroits possibles peuvent et doivent être recolonisés ! Comme le font par exemple les activistes jardiniers de Guerilla Gardening avec leurs seed bombs (1) ou Jean-Claude Rey avec son potager vertical en Haute-Savoie (2). J’espère avec ce livre donner à mes lecteurs des outils pour eux-aussi passer à l’action.

  Il existe une multitude de micro expériences, mais passer à la vitesse supérieure demandera un véritable changement culturel ?

 Et bien certains pays l’ont pourtant déjà fait. À nous de nous en inspirer. Au Québec, Montréal a développé les jardins partagés depuis des années. Comme aux USA, on y crée des jardins sur les toits (3). Le mouvement est ancré et fonctionne très bien. D’autres pays, comme Cuba, l’ont fait, eux, par nécessité. Quand le blocus US s’est resserré dans les années 90 et que l’URSS, principal fournisseur s’est cassé la figure, Cuba a connu la faim. Ils ont donc décidé de lancer les orgaponicos, des jardins à haut rendement. Aujourd’hui, il existe 26 000 jardins bio en pleine ville, à la Havane ! À Détroit, la crise a créé 100km2 de friches, maintenant transformées en jardins qui attirent les investisseurs… Toutes ces expériences novatrices sont intéressantes, parce que toutes privilégient le vivant. Puisque manger est la première de nos nécessités, il est possible en temps de crise où l’on doit revenir à l’essentiel, d’avoir de l’imagination. Et ça marche… Ainsi pendant la dernière guerre, les Victory Gardens lancés par Eleanor Roosevelt, ont vu fleurir 20 millions de potagers, produisant 8 millions de tonnes de légumes, soit 42% de la production nationale US ! La preuve qu’un mouvement vers l’autonomie alimentaire n’est pas une utopie.

1 http://www.guerilla-gardening-france.fr/

2 www.courtirey.com

3 www.lesjardins.ca

Vers l’autonomie alimentaire.
Pourquoi, comment et où cultiver ce que l’on mange ?

de Frédérique Basset, Rue de l’Échiquier, 128 pages,13 euros.

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