Pour remplir sa mission de transmission, l’économie sociale doit cibler les bons publics et utiliser les bons outils. Le point de vue de Gérard Andreck, Président du groupe Macif et du Conseil des Entreprises, Employeurs et Groupements de l’Economie Sociale (Ceges).

L’économie sociale n’est-elle pas confrontée à un enjeu majeur de transmission ?

J’ai constaté que la vie de l’économie sociale se construisait par décades. Tous les dix ans, de nouveaux paramètres interviennent, qui bousculent les approches et les angles de vue. Il y a eu une première période, qui puisait directement dans les tenants historiques du mouvement. Puis une phase marquée par les questions de dimensionnement, avec les changements d’échelle des grandes entreprises mutualistes et coopératives. Aujourd’hui, le secteur est fortement empreint de l’essor des services à la personne.

Reste pour les acteurs du secteur à ne pas rater le coche et à bien négocier le virage d’une période à l’autre…

L’économie sociale souffre d’une certaine inaptitude à l’extériorisation. L’une des solutions consiste à investir le champ de l’école. Nous avons maintes fois tenté de faire valoir la cause de l’ESS auprès de l’Education nationale et l’on nous a toujours répondu par des promesses. De ce côté-là, on peut parler d’échec. Les échos sont nettement plus encourageants du côté de l’Université – qui multiplie les cursus dédiés à l’ESS – et des grandes écoles – ESSEC, HEC, bientôt Dauphine…-.

Cela reste une démarche élitiste…

Elle est nécessaire. Pour autant, entrer dans les campus ne suffit pas. Nous devons gagner en visibilité. Or, nos entreprises ne communiquent pas, ou pas assez, ou mal, sur le fait qu’elles sont porteuses d’un projet social. Certaines entreprises ont pourtant les moyens de le faire, en puisant dans des budgets de communication non négligeables, en utilisant leur surface médiatique à bon escient.

Certaines le font. C’est le cas notamment de la Maif, qui revendique haut et fort dans ses prises de parole son appartenance à l’économie sociale. La Macif aussi fait des efforts importants en ce sens. Mais la démarche reste grosso modo circonscrite au secteur des assureurs mutualistes et de quelques mutuelles de complémentaire santé. Il reste des pans entiers de l’économie sociale – je pense notamment aux services à la personne – qui n’ont pas les moyens de communiquer. De ce point de vue, nous sommes aussi en situation d’échec.

Les entreprises de l’économie sociale sont encore très peu présentes sur les réseaux sociaux…

Soyons clairs : les têtes de pont des grandes familles de l’ESS, les patrons “historiques” du secteur, n’ont pas su s’adapter à l’extraordinaire rapidité de l’évolution des médias. Or, aujourd’hui, nous devons impérativement passer par les réseaux sociaux. Mais il va falloir apprendre à ne pas pontifier, à adapter notre langage aux nouveaux médias. Ce sera l’un des chantiers du Conseil des entreprises, employeurs et groupements de l’économie sociale (Ceges) en 2012.

Autre enjeu majeur pour le secteur : la gestion des effets de taille. Comment une entreprise comme la Macif se prémunit-elle contre le risque de banalisation ?

L’écueil pour nos organisations, c’est le poids de la technostructure. Aujourd’hui, une entreprise comme la Macif rassemble 4,8 millions d’adhérents, plus de 9 000 salariés, des filiales spécialisées… Cela ressemble à une holding “classique”. Il faut donc garantir en permanence au pouvoir politique un poids suffisant. Faute de quoi la technostructure prendrait le pas sur le projet fondateur. Cela passe par un travail constant sur le projet d’entreprise et la gouvernance.

A la Macif, c’est un chantier qui mobilise plusieurs milliers de personnes, sociétaires, élus, salariés, syndicats, mais aussi, plus récemment et à la faveur des nouvelles technologies, les adhérents. Tout ce monde bâtit ensemble un projet, décliné en plans d’action. Nous faisons en sorte que chaque chantier thématique soit piloté par un binôme technicien-politique. Mais encore faut-il que les politiques puissent dépasser le strict engagement bénévole et répondre aux arguments des techniciens. L’entreprise doit donc veiller à hausser en permanence le niveau de connaissance des élus, notamment en les formant aux questions économiques. C’est, entre autres, l’objet de notre université interne.

Vous présidez le Ceges, qui vient de traverser une période critique. Où en est-il aujourd’hui ?

Le Ceges a failli mourir en 2010. Nous avons travaillé à sa restauration, en faisant taire les égoïsmes des diverses familles au profit d’un discours commun, mais aussi en ouvrant les portes à de nouveaux profils d’adhérents. Aujourd’hui, le statut – mutuelles, coopératives, associations – n’est plus la seule clé d’entrée. Des entreprises d’insertion par l’activité économique, statutairement SA, peuvent être membres du Ceges. Nous avons également ouvert un collège pour les adhésions directes des entreprises. Les Caisses d’Epargne nous ont déjà rejoints et d’autres grandes sociétés sont en train de les suivre. Cette ouverture va nous apporter des cotisations, de l’argent et donc de nouveaux moyens. Le Ceges va pouvoir étayer ses équipes et engager des chantiers qu’il ne pouvait financer jusqu’à présent.

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Au sujet de Muriel Jaouën

Journaliste de formation (ESJ Lille, 1990), Muriel Jaouën publie régulièrement dans le magazine de Place-Publique.Ses spécialités : économie sociale, développement durable, marketing, communication, organisations, management.

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ECONOMIE

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