Des milliers de milliards de dollars sont en jeu à Copenhague. Un rapport du Conseil d’analyse économique (CAS), intitulé « Politique climatique, une nouvelle architecture mondiale » et réalisé par une équipe de chercheurs animée par l’économiste Jean Tirole, met en relief la dimension financière de toute politique contre le réchauffement climatique.

Une tonne de CO2 ayant les mêmes effets sur la planète quel que soit le pays émetteur, « la défection d’un ou de plusieurs principaux pays émetteurs de la planète risque de remettre en cause les efforts entrepris par les autres pays ». Des travaux de l’OCDE en 2009 confirment cette analyse et soutiennent l’idée que la participation notamment de la Chine et de l’Inde est une condition absolue pour atteindre des objectifs de réduction ambitieux.

Les Etats-Unis, en introduisant à la veille du sommet de Copenhague des objectifs chiffrés (même s’ils ne prennent comme référence que la situation en 2005, au lieu de 1990 comme dans le Protocole de Kyoto) et en décrétant que les émissions de gaz à effet de serre jugées responsables du réchauffement étaient une menace pour la santé publique, donnent des signaux en faveur de leur engagement contre ces émissions. Mais tous les pays ne sont pas forcément prêts à assumer les conséquences financières de cette reconnaissance.

Etablir des équilibres économiques

Pour mettre au point une politique qui s’inscrive dans la durée et ait une valeur universelle, le CAS reprend les théories qui préconisent d’établir un prix unique et mondial du carbone. « Cette solution optimale permet de minimiser (…) les risques de distorsions de compétition internationale, ainsi que les risques de délocalisation et d’inefficacité environnementale qui pourraient se produire si des pays adoptaient des régulations environnementales beaucoup moins contraignantes que d’autres ».

Mais les simulations menées par l’OCDE en 2008 montrent que la mise en place d’une taxe mondiale sur les émissions de gaz à effet de serre aura des répercussions économiques plus importantes pour les pays en développement que pour les pays les plus riches. « Certains pays en développement pourraient subir un ralentissement significatif de leur croissance sur la période charnière 2015-2030, d’une manière beaucoup plus prononcée que dans les pays industrialisés. (…) Imposer un prix du carbone aura donc un impact sur le bien-être fort différent selon que l’on habite en France ou en Chine», commente l’équipe de Jean Tirole. Sans compter que les pays aujourd’hui exportateurs de ressources fossiles perdront une partie de leurs revenus.

Un enjeu : « l’atténuation »

D’où la nécessité de prévoir des mécanismes de compensation financière des pays développés vers les pays en développement « pour mener des actions d’atténuation compatibles avec l’objectif de limiter le réchauffement climatique à 2°C à l’horizon 2050 ». Les conditions de cette « atténuation » sont les grands enjeux du sommet de Copenhague. Elles sont d’autant plus déterminantes que, en l’absence de transferts financiers, certains pays auraient plus intérêt à ne pas faire d’effort de réduction parce qu’ils contribueraient plus à cet effort qu’ils n’en bénéficieraient. Et les transferts en question peuvent être conséquents. Ainsi, concernant l’Inde, une étude montre que les pays développés devraient transférer l’équivalent de 12% de son PIB en 2020 pour compenser les pertes de bien-être associées à des actions d’atténuation menées dans ce pays pour atteindre l’objectif de +2°C en 2050.

« Environ 68% du budget carbone global disponible pour l’ensemble de la planète en 2030 pourrait ainsi être absorbé à des fins de redistribution en direction des grands pays émergents », souligne le CAS. Des sommes énormes, de l’ordre de 4.700 milliards de dollars en 2030 en se limitant aux redistributions à la Chine, à l’Inde et aux Etats du Moyen Orient. Des sommes sans communes mesures avec les flux financiers qui ont cours aujourd’hui, limités à quelques milliards de dollars par an.

Concurrence nord -sud

C’est donc à un véritable « changement de paradigme » que le sommet de Copenhague doit aboutir dans l’analyse des besoins de financement. Mais la période, selon le CAS, rend l’entreprise difficile : « Les transferts financiers en jeu poseront un problème d’acceptabilité pour les pays développés en renforçant les déséquilibres macroéconomiques globaux sur fond de concurrence accrue avec les grands pays émergents », estime le rapport du Conseil d’analyse économique.

Il faut donc trouver « des mécanismes financiers compensatoires alternatifs politiquement acceptables », avec une clef de contribution qui serait fonction pour chaque pays du niveau annuel de développement et des émissions annuelles de gaz à effet de serre nationales. Cette clef devrait avoir un caractère incitatif vertueux : « plus un état diminuerait ses émissions à l’avenir, moins il contribuerait ». Une des difficultés, dans cette optique non contraignante, consistant à mesurer les réductions d’émissions effectivement constatées.

Mais quel que soit les dispositions qui peuvent émerger, elles ne permettront pas de faire l’économie des milliards de dollars de transferts nécessaires pour mettre en place une politique d’atténuation.

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