Dans les années à venir, le changement du climat risque de bouleverser la géographie des bords de mer. Les conséquences humaines sont très importantes. Comment limiter les risques que la hausse du niveau des océans fait supporter ?

Quand vous vous promenez sur la plage, en France ou à l’étranger, vous ne le remarquez peut-être pas, mais le littoral est en train de se modifier. Inondations, effondrements de falaises, urbanisme sauvage, érosion des plages transforment peu à peu les bords de mer. Dans un dossier du CNRS, des scientifiques sonnent l’alarme. La montée globale des eaux de 18 à 58 centimètres d’ici 2100 (mais pas partout), le changement du climat, l’érosion des cotes mais aussi la croissance de la flotte de porte-conteneurs et ses conséquences en termes de pollution, mettent en danger la biodiversité. Mais aussi les 40% d’humains vivant à moins de 60 kilomètres des côtes. Pourtant, plus la menace s’exerce, plus la démographie bat son plein sur les rivages de la planète. 37 % de la population mondiale vivaient en 1994 à moins de 100 km des côtes, et 50 % à moins de 200 km. Dans 25 ans, 75% des habitants de la planète (contre 60% aujourd’hui) résideront sur les rivages.

En France ou 8,2% de la population vit à moins de 50 km des côtes, les équipements touristiques et de loisirs en bord de mer ont modifié plus de 25% des terres situés à moins de 500 mètres de la mer. Chaque année, 135 millions de touristes se pressent sur le littoral méditerranéen. En 2005, ils seront entre 235 et 253 millions….

Un rapport des Nations Unies indique que 80% de la population mondiale cohabitera dans un environnement côtier de moins de 100 kilomètres. 8 des 10 plus grandes mégapoles s’y trouvent déjà. « Des grandes métropoles comme New York et Tokyo doivent prendre conscience du risque » souligne l’Institut international pour l’environnement et le développement (IIED). Résultats ; les eaux côtières reçoivent des quantités de déchets, faisant reculer encore davantage la biodiversité.
Si l’élévation du niveau des océans est de 40 centimètres, « on doit s’attendre à une multiplication des tempêtes avec des variations de 1 à 2 mètres et à un blocage des eaux dans l’estuaire de certains fleuves » explique F. Bouchette du laboratoire de Géoscience Montpellier. Dans certains cas, des plages pourraient reculer de dizaines, voire de centaines de mètres. Sur le plan des paysages, certains pays comme la France ont mis en place des outils de planification de l’urbanisation qui interdit à la construction une bande de 100 mètres et la construction de routes de transit à moins 2000 mètres du rivage. Le Conservatoire du Littoral est aujourd’hui propriétaire de près de 900 kilomètres sur les 5500 que compte le rivage français. Plus de cinquante pays font l’expérience d’une gestion intégrée et durable de leur littoral pour respect des ressources en biodiversité, sur la base d’un partenariat des acteurs concernés. Cette sauvegarde de la flore et de la faune s’appuie aussi sur une meilleure sensibilisation des publics. On parle aujourd’hui d’écotourisme. L’objectif défini par la Société internationale de l’écotourisme est de favoriser les « visites responsables dans des environnements naturels où les ressources et le bien-être des populations sont préservés ». La recherche scientifique n’est pas sans ressorts pour tenter de trouver des solutions permettant de limiter les dégâts. Des instruments d’observation, d’expérimentation et de modélisation permettent de suivre l’évolution du littoral et de simuler certaines situations. Unique en Europe, la plate-forme Medimeer, une sorte d’aquarium de 50 000 litres, près de Sète, permet d’observer en continu des variations de température et de rayonnement solaire pouvant servir à évaluer les changements globaux dans l’environnement méditerranéen. Cette sorte d’aquarium de 50 000 litres offre aussi la possibilité de quantifier et qualifier les effets de ces variables sur l’ensemble de l’écosystème incluant la chaîne alimentaire : bactéries, poissons, vers, huîtres… La prédiction est aussi l’enjeu du travail en commun mené par l »Institut européen de la mer à Brest et le Centre d’études techniques maritimes et fluviales. « A terme ce projet (Memphys) espère faire des prédictions utiles en termes d’aménagements côtiers, par exemple ».

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