La croissance exponentielle des zones périurbaines en Afrique et en Asie pourrait constituer un levier de développement à l’échelle de l’humanité.

Dans les trente prochaines années, les habitants des villes asiatiques et africaines seront deux fois plus nombreux qu’aujourd’hui (un million de citadins supplémentaires chaque semaine). «On peut bien sûr faire des parallèles avec le développement démographique qu’ont connu les pays européens, notamment dans l’impact des transferts d’activité sur l’urbanisation, note Philippe Robert Tanguy, sociologue. Mais on est ici à la fois sur des mouvements de population beaucoup plus volumineux et sur des cycles beaucoup plus rapides».

Effrayant ? Un certain nombre d’études apportent des éléments de dédramatisation. Selon le Fonds des Nations Unies (UNFPA) pour la population, l’urbanisation de l’Asie et de l’Afrique représente un atout pour le développement de l’humanité. Un constat paradoxal, car la croissance de l’urbanisation dans les pays pauvres et émergents se concentre fortement sur l’extension de zones périurbaines, en grande partie constituées de bidonvilles. Or, les populations des tissus périurbains, si pauvres soient-ils, sont sensiblement moins exposés à la maladie que les habitants des zones rurales et connaissent des taux bien moindres de mortalité. De même, les structures et ressources en matière d’éducation sont moins absentes des bidonvilles que des campagnes.

La bataille pour les objectifs du millénaire fixés par l’ONU (réduire de moitié l’extrême pauvreté d’ici à 2015) va-t-elle dès lors se jouer en partie dans les bidonvilles ? Encore faudra-t-il que s’opèrent les nécessaires actions d’auto-organisation et les politiques de régulation qu’appellent tous les mouvements massifs et rapides de croissance urbaine. Et que les pouvoirs locaux et les autorités en charge de la planification prennent les choses en main, en matière de gestion des déchets, de transports, de services énergétiques… «Il ne suffira pas de créer les services. Il faudra mettre sur pied les modes transactionnels et de paiement adaptés. Quand les grands opérateurs énergétiques européens travaillent à l’électrification de telles zones, c’est forcément à perte durant les premières années, car il faut d’abord investir lourdement dans l’apprentissage des pratiques et des maillages locaux», note Philippe Robert Tanguy.

Les pouvoirs publics devront aussi encourager le développement d’une vie associative structurante susceptible de créer un lien social, la mise en place et animation – notamment grâce aux femmes – d’organisations locales de services aux personnes, l’accession à la propriété, même sur de toutes petites parcelles, avec accès à l’eau et au tout-à-l’égout… Bref la réappropriation par les habitants de leur environnement de vie.

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Au sujet de Muriel Jaouën

Journaliste de formation (ESJ Lille, 1990), Muriel Jaouën publie régulièrement dans le magazine de Place-Publique.Ses spécialités : économie sociale, développement durable, marketing, communication, organisations, management.

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