Paul Hermant est journaliste à « RTBF La première ».

Vous avez sans doute appris que l’invité d’honneur du Salon du Livre de Paris était la littérature israélienne. Et vous l’avez appris parce qu’une menace de boycott plane, que dis-je, parce qu’un boycott, un vrai, s’est organisé et que des pays comme l’Algérie, le Maroc ou le Yémen se sont décommandés, en solidarité avec les Palestiniens. Ils viennent d’annuler la réservation de leurs stands. Pas d’Algérie, pas de Maroc, pas de Yémen, pas de Liban non plus au salon parisien qui ouvre ses portes demain.

Ici, on vient de clôturer une Foire du livre, deux même, une officielle et une moins, le thème de la Foire officielle était « les mots sont en colère » et c’est très bien que les mots soient en colère, il y a eu, dit-on, 70.000 entrées à la Foire, c’est-à-dire 5 fois moins qu’à Batibouw et 9 fois moins qu’au Salon de l’Auto, mais nous sommes ici pour parler des mots colériques et pas des chiffres qui fâchent.

Et donc, si les mots étaient en colère à Bruxelles, ça n’a pas vraiment mangé de pain : on peut s’arranger avec des mots en colère, on s’arrange moins quand ce sont des gens qui sont en colère contre des mots. Paris donc et son Salon du Livre s’apprêtent à vivre un tohu-bohu parce que ces écrivains invités sont israéliens et qu’en tant que tels ils sont suspectés d’être aussi des écrivains nationaux, comme s’il y avait ici une confusion entre culture et nature, comme si l’on ne pouvait être citoyen qu’en étant d’abord sujet et ce boycott est idiot et odieux qui condamne des écrivains pour ce qu’ils sont et non pour ce qu’ils ont écrit. On sait pourtant et on l’a déjà dit que beaucoup d’entre eux se trouvent être par ailleurs des opposants résolus à la politique de leur gouvernement à Gaza et ailleurs.

On va dire et on aura raison : c’est Shimon Pérès qui ouvrira demain ce Salon et faire inaugurer un Salon du livre par le président d’un Etat, donc par du politique, est une antithèse. On ne fait pas ça à la littérature. Mais la littérature ne doit pas non plus faire l’aumône à des pays plutôt qu’à des romanciers de les inviter sur des stands : on ne savait pas par exemple que le Yémen était un écrivain. Cette confusion entre ce qui appartient aux Etats et ce qui est du ressort de la création fait mal et fait tort. On nous y habitue pourtant, on nous fait croire qu’il n’y a pas de culture hors la culture officielle.

Des libraires et des éditeurs de pays arabes, les Libanais, par exemple, l’ont bien compris qui ont laissé leur gouvernement tempêter et se retirer, mais qui ont annoncé leur présence. Sans peut-être le savoir, ils seront l’honneur de ce Salon, car ils montreront ainsi que l’on peut penser deux choses à la fois. Penser deux choses à la fois est un luxe quand le temps est à la guerre, c’est une chance quand il s’agit de préparer la paix. Allez belle journée et puis aussi bonne chance.

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