« Notre vie nous appartient »

Des affaires récentes en Italie, en Espagne, ont à nouveau soulevé la question de la liberté de choisir sa mort. L’ADMD (Association pour le droit de mourir dans la dignité) va bientôt publier un Livre blanc et interpeller les candidats à la présidence de la République française sur leurs propositions pour la fin de vie.

Des pays européens, la Belgique, la Hollande, ont eu le courage d’affronter le problème à travers des lois autorisant sous conditions l’euthanasie. En France, une loi hypocrite, la loi Leonetti, du 22 Avril 2005, prône le « laisser mourir ».

Imprégnée d’interdit religieux, elle n’ose aborder de front le problème de la mort, systématiquement éludée dans notre société et renvoyée à des solutions hospitalières pratiquées dans la plus complète anarchie et créant une inégalité devant la mort et la souffrance. En fait, elle décharge les médecins de leur responsabilité en les autorisant à « laisser mourir de faim et de soif » les patients, une fois débranchés.

Intolérable la cruauté qui accule ceux et celles qui veulent en finir avec la vie à recourir à des moyens violents, défenestrations, recours à des sacs en plastique pour étouffer, saut du haut de falaises, pendaison… Et à vivre leurs derniers moments dans la solitude et la honte. Qu’en est-il de la fameuse compassion chrétienne ?

Intolérable le déni de la liberté individuelle qui sous-tend ce refus de prendre en compte le choix de chacun à décider de sa vie et de sa mort quelques qu’en soient les raisons. Il représente une des poches de résistance les plus tenaces à l’émancipation de l’individu, censée être la caractéristique de notre temps.

Les signataires de ce Manifeste se situent résolument dans la lignée des combats pour la laïcité et la liberté de disposer de sa personne, dont la dernière conquête fut celle de la contraception et de l’avortement libres.

La possibilité de décider de sa fin consacre le sujet dans son humanité à double titre. Elle est l’expression la plus achevée d’un libre-arbitre dégagé des interdits collectifs et d’une peur irraisonnée de la finitude. Elle affronte l’idée de la mort et assume ses responsabilités face à elle. Elle procède le plus souvent d’une longue préparation – « Vivre c’est apprendre à mourir » (Montaigne) – qui entraîne pour celles et ceux qui le souhaitent sérénité face à la mort. Cette possibilité n’est en aucun cas une obligation comme le prétendent les opposants à la liberté de choix, dans une regrettable confusion.

Notre propos n’est pas tant de revendiquer une loi que de poser les exigences suivantes à la collectivité dont nous sommes partie prenante.

Nous affirmons qu’il n’y a pas de « raisons » à fournir pour décider de mourir (maladie grave, handicap, grande vieillesse…). Chacun(e) est libre de décider des siennes, sans jugement ou interventions extérieures.

Nous demandons que soit facilitée l’information sur les moyens et les méthodes les plus fiables d’en finir. C’est le devoir élémentaire d’assistance à personne en souffrance.

Nous exigeons la fin des poursuites pour toute personne – médecin, soignant ou autre – ayant aidé et accompagné quelqu’un dans son ultime choix.

Nous déclarons être prêt/es à nous procurer les moyens les plus adaptés à cet objectif et à porter assistance à ceux et celles qui nous le demanderaient.

Régine Dhoquois, juriste et sociologue, Université de Paris VII

Andrée Michel, sociologue, Directrice de recherches honoraire au CNRS, auteure.

Monique Minaca, diplomée architecte DPLG, co-auteure de la Charte européenne des Femmes dans la cité.

Anne Zelensky, Professeure agrégée, auteure, Présidente de la Ligue du droit des Femmes

Mail : passeusesdevie@yahoo.fr

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