Depuis que je coordonne l’Alliance internationale de journalistes sans être moi-même du métier, je côtoie de près ce monde de la presse… A partir de ce que j’entends depuis deux ans, voici une question à partager : en formant le public à leurs techniques, en organisant comme à Place Publique des conférences de rédaction ouvertes, les journalistes ne sont-ils pas en train de saborder eux-mêmes leur métier ?

Les journalistes pétrissent, triturent et malaxent quotidiennement les faits du monde pour servir au public de « l’information ». Depuis quelques années cependant, cette production n’appartient plus exclusivement aux « médias » : aujourd’hui, l’info peut être produite par tout le monde et n’importe qui : des individus, des entreprises, des ONG, des groupes de pression… La plupart des journalistes s’en inquiètent : et si les non professionnels s’appropriaient à terme leurs rôles et fonctions ? Ils se demandent comment conserver la spécificité de leur métier et surtout comment juguler une dérive de l’ensemble de la profession.

Les journalistes ont, dans un premier temps, expliqué l’essentiel de la « crise des médias » par l’apparition des « gratuits » qui récupèrent une grosse part de la manne publicitaire. En parallèle, sont apparus sur Internet des sites et blogs en tout genre. La plupart des journalistes mettent en doute la fiabilité de ces « news », produites sans garantie ni de technique journalistique ni de déontologie.

Les nouveaux médias font éclater les cadres traditionnels

Dans le même temps, les télévisions se mettent à intégrer dans leurs propres images celles qui ont été captées par un téléphone portable ou un caméscope d’amateur.

Bref, les nouveaux médias font éclater les cadres traditionnels de la profession. Dans ce bouleversement, les journalistes se cherchent une nouvelle place. Ils savent qu’il y va de leur survie de récupérer la crédibilité qui a fondé leur métier. Aussi entend-on de plus en plus parler de « l’obligation de renouer des liens avec le public», de « savoir l’écouter » et de « lui donner la parole ». Chacun a son idée sur comment faire, Place Publique en est un exemple actif.

Ainsi, d’un côté, les journalistes se plaignent de voir leurs prérogatives leur échapper ; de l’autre, ils enseignent leurs techniques et leur posture au grand public… N’a-t-on pas là les termes d’une contradiction ? La réponse faite par les journalistes interrogés est presque toujours : « Oui, mais il y a encadrement de ce travail par des professionnels ». Faut-il en conclure que le journalisme va évoluer vers – voire se réduire à – une fonction d’encadrement ? La question reste ouverte.

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