Mouvement informel, les « Compacters », qui limitent leurs achats de produits neufs, vont peut être devenir un phénomène de masse.

Il y a quinzaine d’années est apparu le « jour sans achat » (buy nothing day-BND), sorte d’antidote à la folie du shopping, et au consumérisme, qui s’est développé autour de Thanksgiving aux Etats-unis ou des fêtes de fin d’année en Europe. Il y a trois ans à San Francisco, sont nés les « Compacters ». L’idée qui a germé au sein d’un petit groupe d’amis fut de pousser le concept du BND plus loin : pendant un an, ne rien acheter de neuf si ce n’est pour la nourriture, la santé. Pour le reste, priorité à ce qui est usagé, d’occasion que ce soit sur ebay ou sur freecycle.org. … « Au départ, c’était, témoigne un des fondateurs, Rob Picooto dans un article du San Francisco Chronicle, passer moins de temps à faire des courses, sortir du rituel du shopping ». Au fil du temps, c’est aussi devenu recycler davantage pour contrecarrer les impacts négatifs de la culture consumériste sur l’environnement et la société. Une façon de réagir à la crise mondiale, environnementale et économique, que nous allons traverser, et qui selon ceux qui ont rejoint ce mouvement, a été amenée par ce consumérisme échevelé. D’ailleurs leurs motivations sont assez variées : stopper leur dépendance au shopping, cesser de gaspiller pour protéger l’environnement, échapper à une société trop matérialiste, prôner les valeurs d’échanges, rompre le cercle vicieux du consumérisme et aussi du surendettement, prendre conscience des ressources limitées de la planète …Certes, on ne peut oublier ceux qui, par nécessité économique, ont adopté une telle démarche depuis des années sans forcément s’inscrire dans un mouvement bien identifié, si ce n’est celui des fins de mois difficiles !

Toujours est-il que le mouvement des « Compacters » a pris de l’ampleur en quelques mois et pas uniquement à cause des questions de pouvoir d’achat. Et il donne lieu à de nombreux témoignages et expériences controversés et passionnés sur les blogs qui y sont consacrés (1). Quelque 8000 « Compacters » se seraient fait connaître à travers une cinquantaine de groupes dans le monde. « A t-on besoin de deux placards remplis de vêtements dont on ne met jamais la moitié? » s’interroge l’un d’eux. « Au début, nos amis ont cru qu’avec mon mari nous avions rejoint une secte, quand on leur a expliqué que nous voulions faire l’expérience de ne rien acheter de neuf pendant un an » témoigne une autre. Admettant certains « sacrifices », nombreux estiment que cette expérience les a enrichi. Le phénomène fait réfléchir les uns ou les autres sur ce qui les motive vraiment dans leurs actes d’achat, remplir un certain vide, une certaine solitude, se conformer à un modèle de société ? Une idée qui semble à ses détracteurs presque « anti-citoyenne » et les « Compacters » ont fait l’objet d’attaques verbales dans ce sens aux Etats-Unis. Pourtant Juliet Schor, sociologue au Boston College, spécialiste de la société de consommation, a montré dans ses travaux que 81% des américains estiment que la société est trop axée sur le consumérisme et le shopping, et 88% qu’elle est trop matérialiste. Pour elle, les « Compacters » sont la manifestation d’un mouvement de masse sous-jacent. Pour le moment ils défendent un choix “personnel”, et n’ont pas de velléités politiques. Mais les hommes du marketing veillent et aimeraient bien que le mouvement prenne corps au grand jour, ce qui permettrait d’en faire une nouvelle cible marketing !

(1)http://greenerside.typepad.com/my_weblog/2006/02/maybe_youve_hea.html http://sfcompact.blogspot.com/

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Au sujet de Estelle Leroy

Estelle Leroy-Debiasi est journaliste professionnelle, Diplômée en Economie, ex rédactrice en chef du quotidien économique La Tribune. Elle contribue régulièrement au site ElCorreo, site de la diaspora latinoamericaine.

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