Dans le catalogue publié chaque mois par le Sel – système d’échange local – de Paris, des centaines d’offres croisent des centaines de demandes: « cherche bouteille thermos » ou « couteau de cuisine » ; « souhaite apprendre à manger des petits pois et du riz avec des baguettes »; « offre deux places dans un cours de danse ».

Trouvent-elles preneurs ? Madame Sel de Paris n’en sait rien. Elle peut juste préciser que sur 1700 adhérents répertoriés, 300 font régulièrement affaire sans parler d’argent puisque c’est le principe fondateur de ces systèmes d’échanges. Dans leur univers, des cours et objets usuels se négocient en monnaie de singe. Parmi les adhérents, beaucoup de RMistes, « 25% », estime-t-elle, des profs, des pré et retraités, mais elle ne sait pas précisément. De même qu’elle méconnaît le fonctionnement des autres sels, même ceux implantés dans Paris.

Officiellement, l’ensemble des Sels d’Ile de France sont répertoriés sur un même site. Peu se connaissent, peu se fréquentent, et le voudraient-ils qu’ils ne le pourraient même pas. Pas moyen d’échanger un piaf contre un pigalle, leurs monnaies respectives ne sont pas compatibles.

« C’est le grand chantier des mois qui viennent », admettent les sels. « Harmoniser les monnaies ou trouver une supra-monnaie » pour décloisonner les échanges et élargir le mouvement qui se sclérose au contact de la précarité.

« En fait, nous avons à constituer notre Europe des sels, ironise un militant. L’époque ne s’y prête pas vraiment » , admet-il en sirotant un café. Et vous payez comment ?

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