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par Gilbert Grellet

 

Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Une remarque qui pourrait concerner de multiples facettes de l’activité humaine et gouvernementale, mais qui s’applique parfaitement au thème très à la mode de la pensée positive – ou optimiste – qu’on retrouve dans les rayons des librairies ou les slogans des supermarchés.

Pensée positive et méthode Coué

A l’origine des multiples méthodes de développement personnel , souvent complexes, qui nous conseillent de penser positivement pour aller mieux ou devenir riches, se trouve en effet la Méthode Coué, trouvaille géniale et simplissime d’un modeste pharmacien de l’est de la France, Emile Coué, devenu célébrité mondiale dans les années 1920.

Le 2ème Congrès international de la Méthode Coué qui s’est tenue mi-novembre à Nancy est venu opportunément rappeler cette évidence, à l’occasion du 160ème anniversaire de la naissance d’Emile Coué en 1857 à Troyes, où il exerça son activité de pharmacien avant d’aller s’installer à Nancy pour y devenir le « gourou » mondial de l’autosuggestion consciente et positive.

S’il faut rappeler sans cesse, comme l’a fait le Congrès, les qualités de ce précurseur et de sa méthode, c’est que la France est le seul pays au monde où elle moquée, ridiculisée. Une situation aberrante entretenue par ceux-là même qui devraient « savoir » et informer : les journalistes et les hommes politiques.

Par un jour ne passe, en effet, sans qu’un éditorialiste sentencieux ou un politicien en mal de publicité ne dénigrent  un projet ou une déclaration en les qualifiant de « Méthode Coué », voulant dire par là que cette méthode consiste – au choix – à prendre ses désirs pour des réalités, pratiquer la politique de l’autruche ou bien dire que tout va bien quand tout va mal.

Rien n’est moins vrai bien sûr, et il serait trop long de rappeler ici les multiples raisons et cheminements linguistiques qui ont amené progressivement l’intelligentsia et le public français à déformer puis à dénigrer cette méthode très simple de guérison par autosuggestion consciente, qui a conquis la planète au début du 20ème siècle.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit et il faut le rappeler sans cesse aux ignorants du monde médiatique et politique, qui ne cessent  de discréditer un homme dont les préceptes sont  toujours  reconnus à travers le monde et  qui  nous a appris la force de l’autosuggestion et de l’imagination.

Coué avait mis au point une méthode empirique et très simple d’autosuggestion permettant à quiconque de se sentir mieux  en prononçant chaque jour à voix haute et au moins une vingtaine de fois le matin et le soir sa fameuse formule « Tous les jours, à tous points de vue, je vais de mieux  en mieux ».

Nous  « suggérons » ainsi à notre subconscient d’agir sur notre corps et sur notre esprit pour nous guérir des maux du quotidien, souvent d’origine psychosomatique, et chasser les pensées négatives. Une méthode  remarquable de « maîtrise de soi-même par l’autosuggestion consciente »,  faisant appel à la force de l’imagination, supérieure, selon Coué, à la puissance de la volonté.

Une célébrité planétaire

A la suite de tournées triomphales aux Etats-Unis et en Europe pour y exposer sa méthode, Coué est devenu mondialement célèbre et  ses « séances » quotidiennes d’autosuggestion à Nancy attiraient des visiteurs et « patients » venus de tous les continents.

Osons une comparaison avec notre actualité. La renommée internationale de ce « maître à bien vivre », dans les années 1920, était infiniment supérieure à celles de Johnny Hallyday ou Jean d’Ormesson, deux de nos célébrités nationales récemment décédées,  très peu connues à l’étranger.

C’est dire l’injustice qui, en France, est faite à Coué, dont les préceptes, après sa mort  en 1926 et surtout après la seconde guerre mondiale, furent ouvertement  copiés et adaptés par un certain nombre de « gourous » américains, faisant de lui l’indéniable « père » de la pensée positive moderne.

Ses idées ont également inspiré les créateurs  de divers systèmes ou techniques de développement personnel faisant appel à la force de la pensée et du subconscient,   parmi  lesquelles ont peut citer, pêle-mêle, la Programmation neurolinguistique (PNL), le Training-autogène, la Sophrologie ou la méthode Silva.

Autant de méthodes dont l’intérêt n’est pas à écarter, mais qui ont tout de même le double inconvénient d’une certaine complexité et d’un « coût » souvent élevé pour les patients, rappelant celui de la psychanalyse.

Tout le contraire donc, de la méthode Coué, dont la grande simplicité n’a d’égale que sa gratuité, un principe sur lequel Coué à toujours insisté. Elle s’adapte en outre très facilement, même si sa formule générale se suffit à elle-même. Les insomniaques peuvent  répéter pour s’endormir « tous les jours, à tous points de vue, je dors de mieux en mieux ». Et les écrivains peuvent – comme moi – trouver l’inspiration en se disant « tous les jours … j’écris de mieux en mieux ».

Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?  La méthode Coué illustre à merveille l’interrogation initiale de notre exposé.  Trop simple, gratuite, avec ce handicap supplémentaire, pas facile à surmonter,  des sarcasmes injustifiés dont elle victime en France depuis des décennies.

Pourtant, elle semble plus que jamais utile pour nous permettre de faire face au stress d’un environnement social et professionnel de plus en plus complexe en ce début du 21ème siècle.  Et Coué lui-même, personnalité simple et modeste, mais néanmoins tenace dans son ambition de nous aider à mieux vivre sans s’enrichir à nos dépens, est un modèle à méditer.

Malgré de persistantes railleries, un regain d’intérêt pour cette méthode se manifeste depuis quelques années en France, notamment  dans les colonnes des journaux ou  chez un nombre croissant de psychologues et chefs d’entreprises.  Et ce grâce au travail inlassable de quelques adeptes enthousiastes, comme  Luc Teyssier d’Orfeuil à Paris, ou bien Dominique Bolusset et Dominique Notter à Nancy, qui comptaient parmi les organisateurs du récent  Congrès.

Selon la formule consacrée, ce n’est qu’un début, poursuivons le combat !  Il vaut la peine d’être mené, tant la personnalité et les idées de celui qui était parfois surnommé « l’apôtre du bonheur » peuvent nous inspirer et nous guider – en toute simplicité.

Gilbert Grellet est un journaliste qui a fait toute sa carrière à l’Agence France-Presse (AFP), tant à Paris qu’à l’étranger (Etats-Unis, Brésil, Espagne). Ecrivain, il a notamment publié un livre sur la  pensée positive d’Emile Coué (Tous les jours de mieux en mieux, en coll. avec René Centassi, chez Robert Laffont, 1991, réédité en 1998 aux Editions Vivez Soleil) et un autre sur les derniers grands explorateurs du 19ème et du 20ème siècle (Aux frontières du monde, aux Editions Jean Picollec, 2011).
Son dernier ouvrage sur la Guerre d’Espagne (1936-39), paru en 2016 (Un été impardonnable, chez Albin Michel), a été traduit en espagnol et vient d’être publié à Madrid (Guillermo Escolar Editor).

 

Au sujet de Gilbert Grellet

Gilbert Grellet est un journaliste qui a fait toute sa carrière à l’Agence France-Presse (AFP), tant à Paris qu’à l’étranger (Etats-Unis, Brésil, Espagne). Ecrivain, il a notamment publié un livre sur la pensée positive d’Emile Coué (Tous les jours de mieux en mieux, en coll. avec René Centassi, chez Robert Laffont, 1991, réédité en 1998 aux Editions Vivez Soleil) et un autre sur les derniers grands explorateurs du 19ème et du 20ème siècle (Aux frontières du monde, aux Editions Jean Picollec, 2011). Son dernier ouvrage sur la Guerre d’Espagne (1936-39), paru en 2016 (Un été impardonnable, chez Albin Michel), a été traduit en espagnol et vient d’être publié à Madrid (Guillermo Escolar Editor).

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