Générations
Mobilité des seniors : il faut inventer de nouveaux services
Place publique, le 12/01/2010
Les Besoins de déplacements liés au vieillissement de la population ont fait l’objet d’un rapport récent publié par le Gart (Groupement des autorités responsables de transports) dont nous publions ici le résumé.
Penser à la
mobilité des seniors suppose
d’envisager de
nouvelles formes d’organisation des services, en co-production par
exemple entre les services municipaux,
la population d’un quartier et
une entreprise ou une association
délégataire.
Les générations du baby-boom arrivent à l’âge de la retraite. Ce phénomène, lié à l’allongement de l’espérance de vie, conduit au vieillissement de la population. Faut-il s’en réjouir ou s’en alarmer ? Les deux, sans doute, selon que l’on s’intéresse au financement des retraites ou à la manne économique qu’apportent avec eux les seniors aisés dans les régions qu’ils affectionnent.
L’erreur serait en tout cas de ne pas tenir compte du phénomène, ou de le considérer comme un aspect mineur de l’évolution de notre société. A l’heure où la crise – ou plutôt les multiples facettes de la crise – concentre toutes les attentions, le vieillissement pourrait devenir un nonsujet, traité au mieux par le biais du financement de la dépendance ou du marché des sonotones. Pourtant, les besoins des aînés et leur mobilité influenceront l’organisation des activités économiques et sociales : système de soins, adaptation des logements, rythmes de vie, services publics... Il est indispensable de se poser aujourd’hui les bonnes questions, de réfléchir aux solutions les mieux adaptées et les plus équitables.
Les premières classes d’âge du babyboom ont connu et accompagné les bouleversements majeurs de notre pays, depuis l’après-guerre : développement de la société de consommation, civilisation de l’automobile, travail féminin, périurbanisation, mais aussi mondialisation, crises économiques, désindustrialisation, automatisation, chômage… A 20 ans, certains rêvaient de changer le monde. Tous l’ont vu changer ; pas forcément dans le sens qu’ils souhaitaient.
Les grands-parents d’aujourd’hui, qui ont grandi dans une France encore très rurale, où les postes téléphoniques se comptaient sur les doigts d’une main, communiquent à présent par SMS avec leurs petitsenfants. Ceux qui ont connu les premiers postes télé noir et blanc, les magnétoscopes qui pesaient 10 kilos et les cinémas où l’on diffusait des actualités avant la séance, fréquentent les multiplexes ou utilisent la video on demand (VOD) pour profiter de leur home cinema. Ceux dont les parents venaient de découvrir le plaisir des congés payés ont vu le développement de l’industrie du tourisme, leurs horizons se sont élargis grâce à l’automobile, au TGV, et à la démocratisation de l’aviation.
Pour ces générations, l’avancée en âge n’implique plus forcément le repli sur soi, le renoncement aux plaisirs de la vie, le rétrécissement en attendant la fin. Cela ne signifie pas pour autant que les seniors soient égoïstes, décidés à profiter jusqu’au bout. Au contraire, ils sont souvent très conscients des excès d’une société qu’ils ont vue évoluer, et portent un regard lucide sur leur mode de vie. C’est le privilège de l’âge, de l’expérience.
Dans ce contexte, la problématique des déplacements renvoie à trois axes majeurs : favoriser une utilisation maîtrisée de l’automobile et, le cas échéant, une transition vers d’autres types de transports mieux adaptés à leurs besoins ; permettre à tous, valides ou moins valides, la possibilité de se déplacer librement le plus longtemps possible, à un coût acceptable pour l’individu comme pour la société ; enfin, garantir la sécurité des piétons âgés en leur assurant des cheminements aisés et confortables. Sur ces questions, les collectivités territoriales sont en première ligne.
Communes et intercommunalités pour l’action sociale, départements pour l’action sanitaire et sociale, régions dans l’organisation du système de soins et acteur majeur des politiques territoriales. Etre retraité ne constitue pas une identité sociale, et le mode de vie d’un couple de sexagénaires en pleine forme n’a rien à voir avec celui d’une femme seule de 92 ans.
Il est indispensable de garder à l’esprit
la diversité des besoins et des
profils, afin d’éviter de traiter les
aînés comme une « minorité visible
» ou du seul point de vue de la
dépendance, qui ne touche
aujourd’hui qu’un quart des plus de
85 ans. Cette prise en compte des
besoins est nécessaire au niveau de
l’offre de transport, autant du point
de vue de l’organisation des services
que de leur nature.
Répondre à la
demande des seniors, c’est rendre le
transport plus accessible et plus
attractif. C’est aussi élaborer des
réponses adaptées aux contextes
exigeants que sont les zones rurales
ou périurbaines.
Aujourd’hui, les transporteurs
considèrent encore la clientèle âgée
comme une catégorie captive.
Pourtant les premiers signes d’un
changement des comportements
sont déjà perceptibles : baisse du
nombre de cartes Senior à la SNCF,
recul de 10% de la fréquentation des
plus de 60 ans à la RATP. L’effet
tramway (qui fait que sur certains
réseaux, les meilleurs clients des
trams sont les retraités, lesquels
voyagent souvent à tarif réduit !) ne
doit pas cacher la forêt des automobilistes
invétérés. I
l est naturel de
préférer le tram, sûr, régulier et
confortable, à un bus que l’on attend
toujours trop longtemps, et où l’on
craint les secousses au démarrage et
au freinage. Il est encore plus naturel
de préférer sa voiture, que l’on
n’attend jamais et qui constitue le
moyen de déplacement souvent le
plus commode et le plus sécurisant
pour les personnes âgées.
Pour autant, la conduite des plus de 80 ans n’est pas sans poser problèmes et questions. Faut-il instaurer des contrôles médicaux ? Revoir l’ensemble de la voirie et des panneaux de signalisation ? Comment sécuriser les tourne-à-gauche ? Et les ronds-points ? Quelles actions de communication à destination des conducteurs âgés ? Et des autres usagers de la voirie ?
L’arrêt de la conduite automobile est trop souvent synonyme de mort sociale pour les personnes âgées. Il est important d’anticiper ce moment, et de leur permettre d’accéder aisément à d’autres modes de déplacement.
Le recours aux transports
collectifs ne peut se faire sans un
minimum de préparation. Le transport
accompagné, aujourd’hui assuré
par les professionnels des services à la
personne, connaît un développement
continu. Quant aux cheminements
piétons, il est indispensable de les
sécuriser, en améliorant notablement
la qualité d’usage des espaces publics.
Ces questions ne touchent pas uniquement
l’organisation des transports
publics, mais elles concernent
les services publics dans leur ensemble,
et de manière transversale. Le
vieillissement dans les espaces
périurbains, par exemple, ne peut
être appréhendé et pris en charge
par la seule action sociale ; la « civilisation
» de l’espace public ne procède
pas uniquement des compétences
de la voirie ; quant aux déplacements,
ils constituent la frontière
commune entre les services de
transports, l’action sanitaire et
sociale, la vie culturelle.
Penser à la
mobilité des seniors et à leur place
dans la collectivité suppose de passer
d’une logique industrielle à une
logique de services, d’envisager de
nouvelles formes d’organisation de
ces services, en co-production par
exemple entre les services municipaux,
la population d’un quartier et
une entreprise ou une association
délégataire.
La Fondation internet
nouvelle génération (FING) a proposé une
série de scénarios mêlant réseaux
sociaux, action intergénérationnelle
et multimédia, qui donnent une idée
de ce que pourraient être ces
démarches servicielles. Les modèles
sont multiples, variables en fonction
des besoins et des contextes locaux,
mais restent à valider. Certaines initiatives
semblent prometteuses.
Du côté du Predit, de la Fondation
de France, de l’OMS, de l’ONU, de
l’Union européenne, des pouvoirs
publics locaux et nationaux… les
réflexions mûrissent et les expérimentations
sont encouragées.
Le mouvement est engagé mais les obstacles
demeurent, qu’ils soient structurels
ou fonctionnels. Dans un essai
récent, le sociologue suisse Vincent
Kaufmann inventait la « motilité », la
mobilité socio-psycho-économico-spatiale.
Cette mobilité au sens large,
cette capacité à s’adapter à un
nouvel environnement ou à un
contexte en évolution, cette motilité
est indispensable.
Pour plus d’informations :www.gart.org

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