Le Magazine de juin 2012
Editorial
L’économie sociale sur la place publique
Yan de Kerorguen
L’économie sociale a le vent en poupe. Depuis plus de quinze ans Place Publique s’est fait l’écho des promesses offertes par ce modèle d’avenir qui répond à de nombreuses questions sociales et économique posées par les dérives du capitalisme financier.
L’économie sociale a le vent en poupe. Depuis plus de quinze ans Place Publique s’est fait l’écho des promesses offertes par ce modèle d’avenir qui répond à de nombreuses questions sociales et économique posées par les dérives du capitalisme financier.
Bien qu’il reste discret, l’ancrage de l’économie sociale dans la mémoire populaire est tel que cette dernière reste une économie de référence, non seulement en France mais dans le monde entier. Et elle ne cesse de progresser ! Tant par le nombre de sociétaires que par ses succès économiques ! Aujourd’hui, plus d’un tiers des habitants de l’Europe sont adhérents à une organisation d’économie sociale. Le rôle de l’économie sociale, en ce qu’elle reconnaît le « social » comme une dimension majeure de l’économie est ainsi plus que jamais sollicité. Sur 370 millions d’Européens, les 2/3 sont membres d’une coopérative, d’une association ou d’une mutuelle, lesquelles représentent 7% des entreprises et de l’emploi.
L’économie sociale ne connait pas la crise
Fondées sur l’éthique, la confiance et quelques grands principes d’égalité, les entreprises et associations de l’économie sociale sont en grande partie épargnées par les soubresauts de la crise financière. Elles sont les rares entités à créer de l’emploi et représentent l’une des chances du « redressement productif ». La solidarité, le fonctionnement démocratique de l’organisation, la liberté d’adhésion, la constitution d’un capital indivisible et commun, la juste répartition des excédents, la propriété collective librement choisie de l’outil de travail, le principe de fédéralisme, constituent autant d’atouts pour le développement équitable des richesses. C’est un Prix Nobel de science économique, Amartya Sen, qui le dit : « l’honnêteté, la confiance, l’estime réciproque, le sens du devoir jouent un rôle essentiel dans le fonctionnement de l’économie. Tout système économique a besoin d’un ingrédient de civisme pour fonctionner ».
Cet ingrédient de civisme est là, bien réel, bien vivant, c’est l’économie social et son point d’horizon se trouve dans le modèle du développement durable. Le principe d’efficacité de ce mécanisme ne se juge pas au profit, il se juge dans une démarche économiquement rentable, socialement responsable, environnementalement viable. Il repose sur la capacité à gérer les équilibres. Seules les organisations innovantes et capables d’évolution ont la capacité de durer quand la concurrence sur les marchés imposent des règles féroces. Une des caractéristiques de l’économie sociale est justement de s’adapter aux idées et aux désirs des hommes. En cela elle joue un rôle de défricheur. Qu’il s’agisse des animations de quartiers, de l’intégration de la personne handicapée, du développement des actions en faveur des consommateurs, de la diffusion des savoirs, des services de proximité ou des activités périscolaires, les associations, mutuelles et coopératives en sont les principales actrices et les plus expérimentées.
D’autres initiatives locales méritent aussi toute l’attention dans le domaine de la banque et du microcrédit, de l’assurance et de la création d’entreprise. Exemple : les réseaux de communes pour l’économie solidaire. Leur vocation est de développer l’initiative économique des citoyens autour de la mobilisation de clubs de créateurs d’entreprises appuyés par un dispositif d’épargne de proximité, soutenus par la mobilisation d’une expertise économique bénévole et par des outils comme les SEL (systèmes d’échanges locaux) ou les réseaux réciproques d’échange des savoirs.
Le renouveau des valeurs de la solidarité avec les exclus de la croissance et les peuples du tiers monde donne une actualité économique plus grande aux principes qui fondent les associations, les mutuelles et les coopératives. Alors pourquoi donc, devant tant de qualités et de bienfaits, l’économie sociale est-elle rarement invoquée comme solution structurante, voire comme modèle, pour répondre aux défis solidaires de l’avenir ?
L’économie sociale peine à se mettre en valeur
Curieusement, alors même que les exigences de participation aux responsabilités, imprègnent de plus en plus les aspirations et les pratiques citoyennes, la réalité de ce dynamisme reste méconnu aux yeux des citoyens, tant dans sa réalité globale (le “tiers secteur”) que dans ses multiples formes juridiques d’expression (associations, coopératives, mutuelles, fondations). Un simple constat montre que les coopératives et les associations ne mesurent pas l’impact des innovations qu’elles ont initiées. Certains diront que c’est l’honneur de l’économie sociale que d’être humble et de faire preuve de pudeur. C’est dommage ! . Elles ne mettent pas en valeur leurs atouts. Leur story telling est quasiment inexistant. Et leurs initiatives ne sont souvent mises en valeur qu’avec retard. Le secteur marchand se servant abondamment dans le laboratoire des idées qu’elles contribuent à développer bénévolement pour en tirer profit.
Force est de constater que l’économie sociale manque de visibilité médiatique. Elle ne met pas assez en avant ses réussites. De nombreux créateurs d’entreprises passent à côté des formules de l’économie sociale, faute de les connaître. Elle pâtit, il est vrai, d’une image vieillotte, dont elle est en grande partie responsable : attachement à des valeurs et des modèles “historiques” plus toujours “en phase” avec les évolutions économiques, sociales et sociétales, difficulté à se remettre en cause, incapacité de faire son propre lobbying, et une « communication » très atomisée et brouillonne qui n’a pas trouvé son message. « Le jour où nous pourrons parler de pouvoir et d’argent sans avoir le sentiment de dire des choses sales, nous aurons fait progresser notre capacité à travailler dans l’économie sociale », expliquait, lors d’une rencontre, Jean-Louis Bancel, Pdt du Crédit Coopératif. « La tradition de nos organisations de vivre caché pour vivre heureux doit aujourd’hui être dépassée » admettait récemment René Teulade, ancien ministre et membre du CES. A l’heure ou l’éthique, la citoyenneté, le développement durable pénètre dans l’entreprise, se pose ainsi la question de la constitution d’un véritable secteur de l’économie sociale et solidaire.
Malgré leur poids et le succès rencontré dans plusieurs domaines d’activités (santé, médias, assurances, banques…), les structures de l’économie sociale restent réticentes à affirmer un discours fort sur la transformation de la société et les valeurs qu’elles véhiculent. C’est là l’importance de l’enjeu actuel, au moment même où nous vivons l’une des transitions les plus compliquées de notre histoire moderne.
L’économie sociale doit se mettre en scène
En apparence, le modèle coopératif français ne paraît pas très dynamique faute, sans doute, d’une prise de parole publique qui lui fasse quitter une position quasi confidentielle dans le monde du travail et des entreprises. Malgré ses qualités et sa force, l’économie sociale reste perçue comme une béquille du capitalisme. L’écueil pointé par Thierry Jeantet, D.G. d’Euresa, un des animateurs de l’économie sociale en France*, est de faire de la figuration. « Le capitalisme utilise de manière récurrente l’économie sociale pour panser ses plaies, trouver des solutions aux problèmes les plus urgents, résoudre les lacunes dans les prestations de services publics ». L’économie sociale est ainsi appelé à corriger les défaillances du marché et à répondre aux besoins sociaux non pris en charge. Ce n’est pas sa fonction que d’être une roue de secours, pour éviter l’accident grave ou équilibrer les problèmes de cohésion sociale.
L’économie sociale vaut mieux que ce rôle de figurant. Elle doit, elle peut « oser ». Oser « parler de pouvoir et d’argent sans avoir le sentiment de dire des choses sales ». « Il y a un risque que l’économie sociale soit enfermée dans la gestion des pauvres, explique Nadine Richez-Battesti. En effet, une méconnaissance de la réalité de l’ES fait peser un risque de la voir enfermée dans la gestion de ceux qui n’ont pas accès au marché. Le risque est aussi que sur ce segment, elle soit mise en concurrence avec des opérateurs qui sont là pour rechercher des profits et élargir leurs parts de marché, plus que de contribuer à l’émancipation des personnes. Il est donc essentiel que l’économie sociale soit reconnue dans la réalité économique et sociale - loin d’être marginale - qu’elle recouvre. Sa définition statutaire n’est pas suffisante ».
Autre difficulté : l’économie sociale est perçue comme un assemblage juridique dont la représentation institutionnelle est brouillée par l’importance d’un cousinage qui ne partage pas entièrement les mêmes desseins. Pour remédier à ce manque de représentation, elle doit revoir ses statuts, les moderniser. Ce qui lui manque, c’est la volonté prospective de construire son avenir, et aussi de faire connaître et reconnaître l’alternative qu’elle représente dans les organes de diffusion. Puisque sur le terrain, les entreprises et associations de l’économie sociale progressent, il est temps de garder la balle et de marquer l’essai.
Un ministère de l’économie sociale : une occasion de se rendre visible
La construction européenne est l’occasion de définir une vision plus offensive de l’économie sociale. Le nouveau gouvernement que nous connaissons aussi. L’occasion est créée avec la dynamique au pouvoir. Place publique salue la création d’un ministère de l’économie sociale sous la houlette de Benoit Hamon, avec l’espoir que ce ministère sera l’occasion d’une nouvelle dynamique. Il y a du pain sur la planche. Cet espoir ne doit pas être gâché.
Mais, par où commencer ? Quelles mesures mettre en place en priorité ? « Pour nous, l’essentiel est que la loi de programmation de l’économie sociale et solidaire promise soit mise en place avant la fin de l’année, explique Emmanuel Verny, délégué général du CEGES (une organisation représentative du secteur). C’est important, car elle va définir les leviers d’actions pour le secteur. Par exemple, pour favoriser la reprise d’entreprises en coopératives, il faut des mesures techniques qui doivent figurer dans cette loi.” La création de la Banque publique d’investissement et du fonds d’un milliard d’euros qui sera consacré aux entreprises sociales est de nature à faciliter le financement. De même serait-il urgent de rendre prioritaire la clause sociale dans les marchés publics. Mais il n’y a pas que le financement, il y a aussi l’éducation. La formation des jeunes dans les universités ou les écoles de commerces pour enseigner les différentes manières d’entreprendre doit inclure l’économie sociale à part entière.
L’économie sociale est appelée à devenir une véritable alternative dans une économie de marché désormais régulée, fondement d’une nouvelle économie durable. Pour ce faire, un impératif s’impose : lui donner une réelle présence, parler de son actualité, coordonner ses initiatives, déférer ses énergies. Il lui faut une plate-forme, un espace ou penser son futur.
En tant qu’association et acteur à part entière de l’économie sociale, Place publique entend participer à cet enjeu et amplifier son rôle de diffuseur des initiatives.
L’économie sociale doit gagner en lisibilité et mettre en avant ses réussites, raconter ses histoires, mettre en avant ses leaders. Il faut qu’elle parle plus fort sur le place publique et qu’elle se débarrasse de sa timidité. Enfin, c’est aussi un défi de reconnaissance politique.
En tant qu’Observatoire de l’économie sociale, Place Publique répond présent à tous ceux, associatifs, coopératifs qui souhaitent créer une force de proposition pour explorer les méthodes permettant de valoriser ce secteur d’avenir.
*Livre à paraître "Sociétale démocratie : un nouvel horizon" , Aux Editions Lignes de Repère/Place Publique.
Energie : 1,3 milliards de personnes privées d’électricité dans le monde
D. Sabo
Tunisie : encore un effort !
Communiqué ACAT.
L’OCDE deviendrait-elle plus sociale ?
Place publique
L’Organisation de coopération et de développement économique lance sa Stratégie sur les compétences pour stimuler la croissance et la création d’emplois.
L’acquisition de la culture numérique pour tous
Place publique
Plaidoyer pour l’écofiscalité
Place publique
Dans cet ouvrage paru aux Editions Buchet & Chastel, l’auteur, Guillaume Sainteny*, qui enseigne le développement durable depuis quinze ans, notamment à l’Institut d’études politiques de Paris et à l’École polytechnique, met en évidence l’efficacité environnementale de la fiscalité écologique
Vers un Tribunal Pénal International pour les crimes contre la planète ?
Caroline de Hugo
A Rio+20, le Forum “La Terre est inquiète” et Edgar Morin défendent un projet de Tribunal Pénal International pour les crimes contre l’environnement.
Entreprises : encore un effort pour intégrer la révolution numérique !
Yan de Kerorguen
Selon une Enquête Apm* / Opinion Way sur l’entreprise et le numérique*, plus de 9 dirigeants d’entreprise sur 10 jugent le numérique essentiel pour les entreprises. Mais son utilisation est encore peu démocratisée.
La pauvreté des enfants dans les pays riches *
Observatoire des inégalités
A la fin des années 2000, 15 % des enfants de moins de 17 ans vivant dans un pays riche [1] sont pauvres, si l’on retient un seuil à 50 % du niveau de vie médian national (voir encadré), soit 30 millions d’enfants sur les 200 millions que comptent les pays ici concernés.
Energie. Une bonne nouvelle pour l’Europe : les énergies renouvelables sont en hausse.
D. Sabo
L’égalité en entreprise, une affaire de femmes… et d’hommes
Béatrice Toulon, journaliste et fondatrice de Maestria consulting
Pas évident de convaincre les hommes qu’ils ont aussi intérêt à la promotion des femmes. Mais urgent… Le réseau européen de femmes EPWN sonne l’alarme.
Rentrée parlementaire. Chaud devant !
Caroline de Hugo
Le Comité Roosevelt 2012 s’invite à l’Assemblée Nationale pour pousser les députés à l’audace en leur présentant ses 15 propositions.
Moral des Français : regarder le verre à moitié plein, le premier pas vers le progrès ?
Par Vincent Edin et Bruno Humbert
La France cultive une méfiance instinctive (contre le politique, les dirigeants économiques, les syndicats…). Une méfiance qui lui coûte quelques points de PIB.
L’ingéniosité française serait-elle en défaut ?
Denis Ettighoffer
Des services publics efficaces : un projet européen négociable.
Bernard Cache
Environnement
RIO 20 : L’état de la planète se dégrade à grande vitesse
par D. Sabo
Un nouveau regard sur l’économie sociale
D. Sabo
10 juin 2012
Facebook : trop vrai pour être beau
Le journal d’un journaliste par Bruno Tilliette
Le journalisme semble être un métier où l’on n’apprend rien de l’expérience, où l’on a du mal à tirer les leçons du passé. La récente introduction en bourse de Facebook en est encore une récente illustration.
Depuis des mois, l’annonce (...)
Un ministère pour l’économie sociale et solidaire
Par Muriel Jaouën
Avec la création d’un ministère délégué à l’Economie sociale et solidaire et son rattachement à Bercy, le gouvernement lance un signal positif au secteur de l’ESS. Mais nombre de questions restent en suspens.
Epargner en soutenant les projets de votre choix
Place publique
Tribune « Le reporting RSE, une innovation majeure en matière de gouvernance et de management »
Par Daniel Lebègue, Président de l’Institut Français des Administrateurs (IFA)*
Moteur de recherche
- Editorial
- Articles
- Energie : 1,3 milliards de personnes privées d’électricité dans le monde
- Tunisie : encore un effort !
- L’OCDE deviendrait-elle plus sociale ?
- L’acquisition de la culture numérique pour tous
- Plaidoyer pour l’écofiscalité
- Vers un Tribunal Pénal International pour les crimes contre la planète ?
- Entreprises : encore un effort pour intégrer la révolution numérique !
- La pauvreté des enfants dans les pays riches *
- Energie. Une bonne nouvelle pour l’Europe : les énergies renouvelables sont en hausse.
- L’égalité en entreprise, une affaire de femmes… et d’hommes
- Rentrée parlementaire. Chaud devant !
- Moral des Français : regarder le verre à moitié plein, le premier pas vers le progrès ?
- L’ingéniosité française serait-elle en défaut ?
- Des services publics efficaces : un projet européen négociable.
- RIO 20 : L’état de la planète se dégrade à grande vitesse
- Un nouveau regard sur l’économie sociale
- Facebook : trop vrai pour être beau
- Un ministère pour l’économie sociale et solidaire
- Epargner en soutenant les projets de votre choix
- Tribune « Le reporting RSE, une innovation majeure en matière de gouvernance et de management »
: