L’enquête suédoise contre Julian Assange abandonnée, la France doit agir  fait savoir Juan Branco, avocat de Wikileaks et de Julian Assange, représentant de l’équipe de défense en France.

« Julian Assange voit, après près de sept ans d’une procédure inique et insupportable, son nom enfin lavé de tout soupçon de délit ou de crime de droit commun. Sa détention arbitraire, politiquement motivée, dénoncée par l’ONU, ayant eu un coût supérieur à 15 millions d’euros, doit être immédiatement abandonnée par les autorités du Royaume-Uni. Il est temps de lui redonner sa liberté.

La France, qui avait refusé de l’accueillir sous prétexte de cette procédure, a un rôle a jouer. Julian Assange est aujourd’hui le seul prisonnier politique officiellement reconnu par l’ONU en Europe de l’Ouest. Cette situation doit cesser, elle est intolérable, et elle ne peut faire l’objet d’une absence d’attention de la part des autorités françaises.

Monsieur le Président de la République, je vous demande d’accorder la position de la France à ses principes en offrant à Julian Assange l’asile politique.

A vous, Monsieur le Président de la République, il vous est formellement adressé une demande de réaction. Il s’agit d’une demande d’intervention politique et non d’une demande d’assistance juridique. Je ne peux exprimer avec suffisamment d’intensité le bonheur que constitue la reconnaissance des torts qui ont été infligés avec Julian Assange au long de ces années. Depuis trois ans, aux côtés de quatre-vingt autres avocats que j’ai coordonné pendant près d’un an, nous nous sommes battus pour que son nom soit lavé. Pour que la campagne de harcèlement, relayée par des médias qui ont trop souvent associé son nom  aux termes de « viol », « agresseur sexuel », etc., cesse.

Face à nous se sont dressés d’immenses moyens. De cambriolages en menaces et intimidations, de campagnes de diffamation en pressions politiques, tout a été fait pour entraver notre mission. Nombre d’entre nous ont été tentés d’abandonner. Le désespoir, à de nombreux moments, face à un écosystème médiatique qui se montrait vulnérable dans un combat parfaitement asymétrique, nous a touchés. Certains, je pense à John Jones, à Michael Ratner, nous ont quitté. Pour eux, aujourd’hui plus que pour tout autre, une pensée.

Julian Assange n’a jamais été formellement accusé d’un quelconque tort, et ne faisait l’objet que de suspicions qui se sont révélées être infondées. La campagne de déstabilisation et de manipulation qui a été menée au cours de ces années afin de mettre à bas son organisation, Wikileaks, fondée sur des motifs exclusivement politiques, a démontré, par l’incapacité de notre système médiatique à y résister, des insuffisances graves qui devront être interrogées. Les précautions qui auraient du s’imposer n’ont pas été, pendant cette période, respectées. Dans ce contexte, bien d’autres n’auraient pas tenu. C’est au nom de ces autres que nous avons aujourd’hui, collectivement, à nous interroger.

Il est temps maintenant pour nous de nous battre contre la véritable menace qui pèse depuis le début de cette affaire sur la liberté d’informer : les menaces d’emprisonnement à vie provenant des plus hautes autorités états-uniennes, l’existence d’un Grand Jury qui dès le départ a été la véritable raison de cette procédure en Suède, et la protection des droits et libertés de l’une des plus importantes personnalités de notre temps. Rien ne rendra à Julian Assange ces années qui lui ont été volées. Montrons nous à la hauteur d’un sacrifice qui n’aurait jamais dû intervenir. La France a en ce jour, un devoir tout particulier

 

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Au sujet de Yan de Kerorguen

Ethnologue de formation et ancien rédacteur en chef de La Tribune, Yan de Kerorguen est actuellement rédacteur en chef du site Place-Publique.fr et chroniqueur économique au magazine The Good Life. Il est auteur d’une quinzaine d’ouvrages de prospective citoyenne et co-fondateur de Initiatives Citoyens en Europe (ICE).

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