Place Publique relaie le communiqué  de Pacte Civique du 28 avril 2017

Le constat

Les résultats du premier tour de l’élection présidentielle révèlent un véritable ouragan politique et générationnel dont il nous faut mesurer l’ampleur. La stratégie consistant à congédier « les sortants », souvent représentatifs de la génération d’après-guerre confortablement installée dans les lieux de pouvoir, n’a jamais connu pareil succès. La décomposition politique amorcée depuis longtemps s’accélère brutalement, ouvrant l’opportunité d’une recomposition et peut-être d’un renouveau démocratique. Quelle époque passionnante, mais aussi exigeante !

Tirant les leçons d’une analyse perspicace de la situation, un mouvement politique neuf, incarné par un homme jeune sans long passé politique, réussit le tour de force d’accéder, après tout juste un an d’existence, aux portes du pouvoir. Du jamais vu !

Le Front national « dédiabolisé », même s’il n’atteint pas ses objectifs, poursuit sa progression (+4 points depuis 2012) et se qualifie pour le second tour. Plus grave encore, il se banalise et devient, aux yeux de trop nombreux compatriotes, « un parti comme les autres ».

Les deux forces politiques qui se sont partagées le pouvoir depuis quarante ans sont éliminées :

côté droit, le parti LR, ébranlé mais pas abattu, peut-il, après s’être débarrassé du handicap Fillon, retrouver des couleurs, s’il ne modifie pas profondément son fonctionnement et son rapport aux citoyens ? Rien n’est moins sûr.
côté gauche, la désagrégation est déjà très avancée. L’avenir est incertain : quelle proportion du PS est prête à rejoindre l’attelage Macron, si celui-ci remporte le second tour ? Les « insoumis » vont-ils vouloir et pouvoir exploiter leur indéniable succès ? Une jonction avec ce qui restera du PS et des écologistes au sein d’un parti contestataire et/ou alternatif va-t-elle s’opérer ?
Enfin, les premières analyses des votes du premier tour révèlent une France plus coupée que jamais en deux mondes antagonistes : un « peuple » plus pauvre, moins formé, résidant souvent dans des zones périphériques en déshérence , accumulant les frustrations et les souffrances, qui s’est exprimé à travers les candidats Mélenchon et surtout Le Pen ; une France optimiste, plus riche, plus instruite, mieux intégrée dans une économie et une culture mondialisées, résidant souvent dans les grandes métropoles, qui se retrouve souvent dans le candidat Macron,.

Comment réduire cette fracture pour rassembler et construire ? Question majeure posée au prochain gouvernement.

Le second tour et les législatives

Ne vendons pas la peau de l’ours ! Le Pacte civique ne doit aucunement ralentir sa mobilisation contre la montée du Front national, car le danger n’est pas écarté. Marine Le Pen va retourner à son avantage les multiples ralliements de la classe politique en faveur de son adversaire, en jouant à fond la carte du peuple contre les élites, de la nation contre la mondialisation, inspirée par la campagne de 2005 qui a vu les partisans du traité européen, partis à 60 % dans les sondages, se « crasher » à 45 %. L’abstention et le vote blanc, refusant de choisir entre extrême-droite et social-libéralisme, xénophobie et ouverture au monde, souverainisme et construction européenne, comme si les dangers étaient équivalents de part et d’autre, ne répondent pas à la gravité des enjeux.

La situation nouvelle créée par le phénomène Macron constitue évidemment une opportunité intéressante pour le Pacte civique comme pour l’ensemble de la mouvance citoyenne. Cet homme qui veut projeter la France dans l’avenir et réconcilier les Français entre eux peut apporter, s’il parvient au pouvoir, ce regain d’optimisme dont notre pays a tant besoin et, si on l’y encourage, favoriser une plus grande participation citoyenne.

Mais nous devons nous montrer exigeants, et d’abord alerter En Marche ! sur les insuffisances de son programme. Celui-ci doit en particulier préciser la façon dont il entend relever le défi démocratique pour mobiliser les énergies citoyennes et les mettre au service de notre communauté nationale. Ceci doit aussi nous conduire, durant la campagne législative, à demander aux différents candidats des engagements précis en matière de participation citoyenne (jurys citoyens, comptes rendus de mandat, débats en amont sur les projets de loi, éducation civique) et des pratiques respectant l’éthique du débat.

Et après ?

Renforcer le Pacte civique : faire communauté civique, édifier notre société civique, rassembler autour d’un Pacte civique nécessitent de promouvoir l’esprit de fraternité et d’en faire un enjeu politique assumé : sortir de l’entre soi, écouter ceux qui souffrent, notamment les exclus de l’emploi, et ceux qui « n’en ont plus rien à foutre », dialoguer avec ceux qui ont des opinions différentes, délibérer entre adversaires politiques pour trouver des compromis constructifs, clarifier nos contradictions pour rendre cohérents nos actes avec nos convictions, multiplier les solidarités bienveillantes.
Agir de manière transpolitique : dans ce moment historique crucial pour notre pays et pour l’Europe, le Pacte civique doit plus que jamais rester transpolitique pour favoriser les rassemblements constructifs et les coopérations : entre organisations de la société civile bien sûr, mais aussi entre celles-ci et le monde politique en reconstruction, incluant  les mouvements citoyens récemment apparus. En nous appuyant sur le socle de valeurs et de propositions construit ensemble, notre vocation est d’être à la fois une démarche créative au service de nos concitoyens, un pôle autour duquel mobiliser des énergies citoyennes et un contrepouvoir exigeant et constructif vis-à-vis de ceux que nous élisons pour nous représenter.

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