5 septembre 2014

Ca bouge citoyens!

D. Sabo

Alors que la majorité gouvernementale n’en finit pas de se débattre dans ses contradictions et l’opposition dans ses conflits de leadership, la mobilisation citoyenne trace son chemin.

D’un côté, des mouvements qui se situent clairement dans le champ de la démocratie représentative ont vu le jour récemment, comme Nous Citoyens (Denis Payre), ou Nouvelle Donne (Pierre Larouturrou) qui s’affichent clairement en tant que partis politiques proches des citoyens. D’un autre côté des collectifs, des réseaux sociaux, des mouvements associatifs qui portent des ambitions de transformation sociale largement basée sur l’initiative et la mobilisation des citoyens, qui veulent agir en dehors des partis traditionnels et des échéances électorales, que ce soit au niveau local ou national : il s’agit par exemple du Pacte Civique (qui cherche également à rénover la pensée et le
comportement politique), du collectif « Pouvoir d’agir » qui rassemble une vingtaine d’associations nationales ainsi que des groupes locaux visant à développer la participation des habitants dans les quartiers, ou du mouvement « Les Colibris » (Pierre Rhabi).

Dans cette deuxième catégorie, deux initiatives nouvelles méritent d’être signalées : celle d’Alexandre Jardin avec le mouvement des Zèbres et celle de Thierry du Bouëtiez avec la création du réseau GNIAC.

L’un et l’autre sont d’ailleurs des « récidivistes » : persuadés que beaucoup de solutions à nos problèmes de société se nichent dans le foisonnement d’initiatives locales portées par des citoyens motivés, Alexandre Jardin avait tenté, il y a 10 ans, de lancer une Agence des bonnes pratiques. De son côté, Thierry du Bouëtiez avait créé des réseaux d’acteurs engagés dans l’emploi et l’insertion (Raid Emploi, puis Groupie (groupement des innovateurs pour l’emploi).

En ce printemps 2014 politiquement morose, marqué par la montée du Front national, Alexandre Jardin a lancé Bleu Blanc Zèbres (www.bleublanczebre.fr), un site internet citoyen qui référence des bonnes pratiques, avec appel au peuple, mais aussi aux maires afin qu’ils contribuent à appuyer l’essaimage des solutions qui marchent. Une soixantaine de fiches zèbres sont aujourd’hui en ligne, comme autant de solutions concrètes mises en œuvre par des gens qui font (les « faizeux optimistes et joyeux » chers à Alexandre Jardin).

De son côté, Thierry du Bouetiez, haut-fonctionnaire atypique passé par la préfectorale, les collectivités locales et tout récemment par le cabinet du ministre François Lamy (en charge de la politique de la Ville dans le gouvernement Ayrault) vient de créer GNIAC, (acronyme de Groupement
National des Initiatives et des Acteurs Citoyens – www.gniac.fr.

Ce réseau regroupe d’ores et déjà près d’une centaine d’acteurs issus des mondes économiques, sociaux, administratifs et des médias impliqués à titre professionnel ou personnel dans les domaines de l’insertion sociale et professionnelle, l’économie solidaire, la citoyenneté, l’intégration, la lutte
contre les discriminations, le développement durable… Basé sur l’engagement personnel et le décloisonnement des structures et des idées, dans un contexte où les rigidités administratives, les fonctionnements en silos et le règne du «top down » ne se sont jamais aussi bien portés, le réseau se fixe trois objectifs :

apporter un appui aux porteurs d’initiatives à fort impact social (fonction « goutte d’huile » assuré par l’entraide entre les membres du réseau),

favoriser leur essaimage en les faisant mieux connaître et en élaborant des méthodologies gagnantes, et last but not least,

porter à la connaissance des pouvoirs publics les dysfonctionnements et difficultés repérés dans le montage des projets et proposer les réformes nécessaires (fonction « poil à gratter », élaboration de propositions issues du terrain). Le propos est bien, au-delà de l’effet réseau, de reconnecter la sphère politico-administrative avec le bouillonnement des initiatives citoyennes et de pousser les décideurs à mieux prendre en compte les innovations citoyennes dans l’élaboration et la conception des politiques publiques.

Les approches entre les deux démarches sont complémentaires et les liens d’ailleurs établis entre elles : GNIAC est fournisseur d’initiatives pour les zèbres et apporte son concours pour le choix des fiches mises en ligne sur le site des zèbres et ce dernier permet de donner aux acteurs impliqués dans GNIAC une visibilité boostée par la personnalité d’Alexandre Jardin.

GNIAC : une grande diversité d’acteurs et d’initiatives

Parmi les fondateurs représentatifs de cette diversité, on peut citer Said Hammouche (Mozaik RH), Anne Charpy (Voisins malins),Françoise Bernon (Labo de l’ESS) ou Danièle Desguées (BGE ) , Patrick Dugard (ADP- Papa Charlie), Arnaud Habert (VINCI), Erika Cogne (Accenture), Samira Djouad
(Fondation TF1, Nouvelle Cour), Majid El Jarroudi (Agence pour la diversité entrepreneuriale) , Victorin Gokpon (Premier Conseil , Centres d’affaires de quartiers), Patrice Bony, (fédération des CREPI), Patricia Charrier (FACE-IMS), Denis Pansu (Fing, Carrefour des possibles)…

Un potentiel de compétences important

Les membres de GNIAC sont porteurs de nombreuses compétences (précisées dans les « fiches de compétences » que renseigne chaque membre du réseau) :emploi et insertion, politique de la ville, entrepreneuriat, développement économique local, financement de projets, développement durable, accès aux services de proximité, implication des entreprises en matière économique sociale et environnementale (RSE), lutte contre l’échec scolaire ou contre les
discriminations, inclusion numérique…

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