Ils se nomment Jeanne, Jeoffrey, Julien, Morgan, Noémie et Thibault. Ils sont jeunes, souvent sans ressources et jonglent entre solidarité et petits boulots. Le partage, les rencontres, la débrouillardise leur permet d’avancer et de tricoter leur vie avec ce qu’ils ont. C’est en substance le message insufflé par la photographe et réalisatrice Sophie Brändström, qui a recueilli les témoignages de cette génération « débrouille » dans un web documentaire émouvant.


Exit les plaintes, les rancoeurs, les angoisses…

Ces jeunes aux situations souvent précaires, s’adaptent et mènent leur barque entre rires et désillusions. Morgan, 23 ans propriétaire d’une yourte qu’il a rapporté de Mongolie, vit avec Marion au milieu d’un champ prêté par un fermier. Le couple se débrouille avec un RSA pour deux, loin des sirènes de la société de consommation. Linge lavé dans l’étang à côté, eau de pluie récupérée pour faire la vaisselle, hamac installé dans le jardin, « on n’a pas le confort des maisons et appartements mais on a un autre confort, celui de vivre dans la nature » rappelle l’intéressé. Jeoffrey, Bac S, fac de sciences humaines, BTS assistant ingénieur, n’a pas pu « capitaliser » sur ces diplômes, sans doute par manque de repères familiaux ; Aujourd’hui, cet hyperactif se montre incollable sur les bons plans pour faire face à la précarité. « Cours de guitare, cours d’anglais, jardinage, bricolage, c’est la débrouille, on prend ses compétences et on les met sur une table » explique celui qui avoue avoir parfois dormi dans la voiture. Jeanne, étudiante, vit en colocation avec trois copines à Clermont Ferrand et mise sur la créativité pour s’en sortir. Les trois jeunes filles organisent des fêtes chez elles en récupérant des produits périmés ou abimés dans les poubelles des supermarchés. Une fois par mois, elles s’offrent un panier bio et partent en week-end en Normandie avec le camping car de Marion. « On a de la chance quand on est étudiante, on a de supers avantages on peut aller voir des concerts pour 12 euros, des super spectacles pour 7 euros, c’est génial » s’exclame la jeune fille. Noémie, à peine 20 ans et déjà deux enfants, vit à côté d’Amiens avec Laurent. Pour nourrir la famille et compléter les aides et les modestes revenus de son compagnon, la jeune mère se rend chaque mois au Secours Populaire. Biberonnée au numérique, elle surfe sur le web à la recherche des « bons plans » sans pour autant s’apitoyer sur son sort : « mes enfants ne sont pas malheureux bien au contraire, j’ai fait le choix de les avoir et de les élever ».

Une Génération Y réaliste et mobile

Pour poursuivre la réflexion autour de ces trajectoires en image, des interviews d’experts décryptent les attentes et aspirations de cette génération Y née avec la crise, sans doute moins enchantée et plus réaliste que leurs aînés : « Les jeunes ne font pas confiance à la société et comptent de plus en plus sur leurs ressources personnelles, leurs réseaux pour faire face à la crise. Ils sont mobiles et exploratoires » souligne la sociologue et maitre de conférence à l’EHESS Cécile Van de Velde. Pour changer notre regard sur cette jeunesse que certains pourraient qualifier d’opportuniste, il faudrait rappelle Brigitte Alsberge, responsable du département Solidarités familiales du Secours Catholique, prendre le temps de l’écouter et la regarder autrement : « Au delà des aides, des mesures, des constats, il y a des choses à faire sur la manière dont on se parle, dont se regarde, dont on vit ensemble ». L’espoir est ici : « comment on essaye de poser un regard un peu plus positif y compris sur ceux qui sont en galère et qui ne l’ont pas forcément voulu ».

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