Richard Wilkinson, célèbre épidémiologiste britannique, travaille depuis les années 70 sur les déterminants sociaux de la santé. Ses études ont démontré qu’une société inégale génère des rapports de compétition plus stressants, plus violents, entre les hommes, et que les inégalités de revenus aggravent une grande partie des maux sanitaires et sociaux d’une société.

Richard Wilkinson résume cette thèse dans un livre coécrit avec une de ses collègues, Kate Pickett en 2009 et traduit en 23 langues. The Spirit Level vient d’être publié en France sous le titre « Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous » (éd. Les Petits matins – Institut Veblen).

Richard Wilkinson fait voler en éclats de nombreuses théories encore dominantes. En collectant et comparant un nombre impressionnant de données internationales, il en conclut que les inégalités de revenus (et non la pauvreté) sont une des causes d’un certain nombre de fléaux sanitaires et sociaux : niveau de confiance, maladie mentale, espérance de vie et mortalité infantile, obésité, réussite scolaire des enfants, maternité précoce, homicides, taux d’incarcération et mobilité sociales.

Il démontre en outre l’impact des inégalités de revenu sur l’environnement, et particulièrement sur le réchauffement climatique. La compétition alimentée par les inégalités exacerbe le consumérisme, principal obstacle à la transition vers une société faible en émission de carbone.

Pour Richard Wilkinson et Kate Pickett, la croissance économique a atteint ses limites. Passé un certain seuil, la poursuite de l’”enrichissement”des pays industrialisés ne fera qu’accroître l’inégalité et renforcera d’autant les problèmes que la croissance est censée résoudre.

Le bien-être des populations et la soutenabilité de la société passera par la réduction des inégalités de revenus. Ce résultat sera atteint en élargissant le champ de la démocratie, en imposant, par exemple, une forte représentation des salariés dans les entreprises ; en favorisant fiscalement les entreprises à faible écart salarial ; en garantissant par des prêts bonifiés le rachat des entreprises par les salariés.

Convaincue par cette approche, la Fondation Nicolas Hulot a rencontré Richard Wilkinson lors de son récent passage à Paris, en octobre 2013.

*. Cet entretien est paru sur le site de la Fondation Nicolas Hulot

Par Yan de Kerorguen