Un Pape argentin pour le moins « politique » et contesté dans son pays.

par Estelle Leroy-Debiasi *

Le nouveau Pape Francesco Ier, Jorge Mario Bergoglio, archevêque de Buenos Aires, est le premier pape venant d’Amérique Latine. Mais surtout il fut un membre éminent d’une Eglise argentine qui fut contestée, pour sa passivité voire pire, c’est à dire ses relations étroites entretenues avec la dictature civil-militaire sur lesquelles la justice argentine enquête encore. La dictature avait le soutien de la hiérarchie de l’Eglise, y compris dans la mise en place de sa politique de répression . Ces faits sont jugés actuellement en Argentine comme crimes contre l’humanité, ayant fait plus de 30 000 disparus dans le pays, dont certains étaient également des religieux qui s’opposaient à la dictature et à leur hiérarchie.

Ainsi le nom de Jorge Bergoglio a été cité dans la disparition de deux prêtres, comme l’ a écrit dans Pagina 12, Horacio Verbitski en avril 2010, par cinq témoins. Il a été entendu par la justice sur ces faits et a nié ne pas avoir apporté sa « protection » aux prêtres disparus. Comme chaque fois que les zones d’ombres de son passé étaient évoquées, l’archevêque avait réagi avec fureur, estimant qu’il s’agissait là d’une manœuvre de l’actuel gouvernement, alors que les éclaircissements étaient demandés par la justice et les parties civiles, à savoir les organismes des droits de l’homme.

En tant qu’archevêque de Buenos Aires, il s’est âprement opposé ces dernières années, à toute évolution de la société (mariage gay, avortement, contraception…), s’impliquant fortement dans la vie politique de l’Argentine, appelant ouvertement à soutenir l’opposition au gouvernement Kirchner, et à manifester contre plusieurs projets de loi.Endossant en cela un rôle très politique qui dépassait son sacerdoce.

Son élection comme Pape n’est pas neutre, ni exempte de pression par rapport à tous les combats que mènent actuellement plusieurs pays d’Amérique Latine, dans leur effort d’intégration régionale, contre les politiques néolibérales, et en faveur de politiques progressistes. Ce n’est pas une bonne nouvelle non plus pour les défenseurs des églises progressistes d’Amérique Latine, héritières de la « Théologie de la Libération », qui ont été persécutées par la dictature.

El Correo, le 13 Mars 2013

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