Le réalisme nous oblige à considérer la crise de l’énergie comme une chance. C‘est l’occasion de penser la ressource au pluriel et de miser sur l’innovation dans le « green power ».

De nombreux citoyens ont pris conscience qu’il était urgent de freiner notre boulimie d’énergie fossile, pour ne pas voir la planète s’asphyxier sous les milliards de tonnes de CO2 rejetées par nos voitures et nos usines. Nous mesurons aujourd’hui les conséquences de cette surexploitation énergétique: épuisement des ressources, accumulation de déchets, pollution atmosphérique menaçant la santé publique et effet de serre additionnel qui réchauffe la planète.

Les industries de l’énergie émettent 20% des Gaz à effet de serre. Pour stabiliser le climat, il faudrait diviser par deux les émissions de CO2 d’ici 2050. Difficile, disent les experts. Seulement voilà, la demande en énergie reste énorme et pourrait doubler d’ici à 2050. Et par conséquent plus de CO2. Il pourrait manquer 20% d’énergie pour les besoins de l’humanité. Il n’y en aura plus assez pour tout le monde. La situation est tout à fait inédite. Nous n’avons jamais été aussi nombreux, ni eu autant d’impact sur le devenir de la Terre. Les prévisions sont impitoyables : il faudrait trois fois les ressources énergétiques de la Terre pour que tous les citoyens de la planète accèdent au même niveau de vie que les pays développés.

Assurément, même si le paysage reste sombre, les comportements éthiques liées à l’énergie font des progrès. On peut imaginer que sous l‘effet d’une vraie politique de maîtrise des énergies et de recherche, les comportements citoyens deviennent une force positive importante. La réduction des émissions de CO2 pourrait par exemple devenir un passe-temps très tendance en ville. Et les réfractaires pourraient se sentir désormais embarrassés d’utiliser des engins polluants, comme les 4×4. « Le pétrole ? C’est ringard ! » serait une phrase commune à ceux qui vivront dans des habitations à énergie solaire.

Ces jeux éthiques sont rendus pensables par l’ouverture du champ des énergies possibles. Al Gore nous a déjà indiqué qu’il n’y aura pas une solution unique mais qu’il est impératif d’utiliser les innombrables solutions que nous avons déjà à notre disposition : solaire, éolien, thermique, biomasse… La combinaison de la technologie, de l’efficacité énergétique et une sobriété dans nos modes de vie énergivores, peuvent ensemble donner une réduction radicale d’émissions de CO2.

Si les pistes de l’énergie du futur sont légions, encore faut-il se donner les moyens de les explorer. La plupart des grands énergéticiens ont commencé à prendre ce pli, en investissant significativement dans les énergies renouvelables. Jean-Louis Borloo lui même se dit prêt à soutenir l’investissement dans les énergies renouvelables. EDF se dit désormais intéressé par le solaire. C’est nouveau ! L’alternatif redevient digne d’attention. Vraie volonté ou effet d’annonce pour surfer sur la vague écologiste des dernières élections européennes ? On jugera sur pièce. Au moins pouvons-nous retenir le changement dans les esprits.

« Plus question de débattre de la fin des énergies fossiles, nous sommes obligés d’avancer, obligés de trouver de nouvelles solutions énergétiques. Le temps presse. Il y a quelque chose d’enthousiasmant dans cette quête, même si la pression est forte » souligne Jean-Louis Etienne, « le marcheur des pôles ». Le réalisme nous oblige à considérer la crise de l’énergie comme une chance. C‘est l’occasion de penser la ressource au pluriel et de miser sur l’innovation dans le « green power ». Centrales solaires du désert (Désertec), fermes éoliennes, hydroliennes…ces projets sont désormais structurants. Certains pays en font même des outils stratégiques de développement énergétique

De la plus petite bactérie énergétique, à la centrale solaire orbitale, en passant par l’exploitation minière de l’helium sur la Lune et les micro-algues. Ou encore de la chaleur du corps, comme générateur thermique, des chaussures à dispositif piézoélectrique intégré dans le talon, de l’huile de Jatropha, des turbines microscopiques pour fabriquer de l’électricité à usage personnel, sans oublier les cerfs-volants, les « kites », et autres éoliennes spatiales, les « futurs possibles » sont divers et variés. Les énergies de substitution qu’on qualifiait d’utopiques sont aujourd’hui prises au sérieux. Aucune solution n’est à négliger.

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Au sujet de Yan de Kerorguen

Ethnologue de formation et ancien rédacteur en chef de La Tribune, Yan de Kerorguen est actuellement rédacteur en chef du site Place-Publique.fr et chroniqueur économique au magazine The Good Life. Il est auteur d’une quinzaine d’ouvrages de prospective citoyenne et co-fondateur de Initiatives Citoyens en Europe (ICE).

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ENVIRONNEMENT

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