Les collectifs d’artistes sont de plus en plus nombreux à faire de la ville un terrain d’expérimentation.

Les Américains appellent cela le Park(ing) Day. Une approche artistique initiée en 2005 par le groupe REBAR, un collectif artistique interdisciplinaire de San Francisco. Le Park(ing) Day doit son nom à un principe en forme de clin d’œil : pour exposer ses œuvres, chaque artiste doit payer l’équivalent d’une place de parking.

Il s’agit ni plus ni moins de permettre à des créateurs d’investir, quelques heures durant, les espaces publics. Le cahier des charges s’arrête là. Libre à chacun d’occuper la rue, le trottoir, le square, l’abribus, la gare, les quais comme il l’entend. Pour en détourner l’usage premier, pour le valoriser en créant la surprise, pour susciter les rencontres, générer de la convivialité… Exemple : REBAR transformant la Civic Center Plaza de San Francisco, devant l’hôtel de ville, en un terre-plein de jardinets circulaires dédiés aux cultures vivrières.

Transformer les espaces abandonnés en espaces utiles

Depuis, le collectif a exporté ses techniques activistes et inspiré un peu partout en Europe d’autres initiatives, la plupart du temps collectives, orchestrées par des groupes ou des réseaux identifiés et revendiqués.

A l’image de The Space Makers Agency, un mouvement d’architectes, d’artistes et de designers londoniens soucieux de transformer des espaces urbains abandonnés en espaces publics utiles. Le collectif invite les citoyens à proposer sur un site Web des idées quant à la vocation fonctionnelle souhaitable des sites. Ces idées serviront de cadre de travail aux créateurs.
Autre ville, autre approche. À Madrid, Luzinterruptus, une association d’artistes de la lumière, dépoie sur les façades d’immeubles des pochettes transparentes enveloppant des plantes et s’illuminant grâce à des LED.

Dead Drops à New York
Ces divers mouvements de l’activisme artistique urbain conjuguent généralement souci écologique et nouvelles technologies. Bien souvent en effet, il s’agit de révéler les espaces publics à la lumière d’éléments naturels ou végétaux et d’amplifier la portée des initiatives et des créations par les outils numériques et digitaux.

Les Dead Drops encastrées par l’artiste multimédia berlinois Aram Bartholl dans les murs, les trottoirs et les mobiliers urbains de New York reflètent on ne peut mieux cette imbrication –au sens propre – du numérique dans les espaces publics.

L’idée d’Aram Bartholl est à la fois ludique et ingénieuse : il s’agit de faire circuler, de manière anonyme, des données numériques d’un ordinateur à un autre par le biais de clés USB cimentées un peu partout dans les espaces publics de la ville.

Les clés USB fleurissent à Paris

Chacun peut ainsi se faire connaître d’une manière originale, en chargeant dans la clé une création personnelle (écrit, musique, vidéo…) ou un CV. Les Dead Drops se font également le relais d’appels à manifestation ou à rencontres politiques ou culturelles. Des clés USB ont d’ailleurs fleuri dans la plupart des grandes villes. À Paris, le Jardin du Carrousel, la passerelle Simone de Beauvoir et le pont des Arts sont aujourd’hui “pluggés”.

Avec La Fabrique de la Cité

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Au sujet de Muriel Jaouën

Journaliste de formation (ESJ Lille, 1990), Muriel Jaouën publie régulièrement dans le magazine de Place-Publique.Ses spécialités : économie sociale, développement durable, marketing, communication, organisations, management.

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