Dans ce livre paru aux éditions Lignes de Repères, Géraud Guibert soutient une écologie qui oblige à voir sous un jour nouveau les questions aussi décisives que les inégalités, la manière de produire et de consommer, la nature et le niveau des interventions publiques.

Depuis plus de 20 ans, Géraud Guibert côtoie les acteurs de l’écologie et a suivi les épisodes marquants des politiques de l’environnement, du sommet de Johannesburg aux « mirages du Grenelle ».

Constatant que l’écologie est à la mode et qu’elle est relativement consensuelle dans les discours, il note cependant que la cause avance lentement et que la réalité est loin de satisfaire aux exigences. La sous-estimation des risques, la spéculation sur les hydrocarbures, le gaspillage généralisé restent de mise. Et tout cela dans un contexte social désastreux : absence de contrôle de la sphère financière, dictature du court terme, effets dévastateurs des inégalités. « Quand les difficultés économiques s’aggravent, l’écologie redevient ce qu’elle a toujours été, dit-il : une question de long terme, parée de bons sentiments mais qui passe en second lorsqu’il y a contradiction avec une autre priorité ».

Pour l’auteur, l’écologie ne peut plus se payer de mots. Et Géraud Guibert de souhaiter que l’écologie devienne une vraie politique, attentive à l’ensemble de l’organisation de la société. Plombée par son impuissance à se faire entendre sur les questions de la croissance, des régulations internationales, des orientations scientifiques, de la démocratie, elle doit prendre toute son envergure et se poser en alternative adulte.

Sur la question du nucléaire, il constate qu’il y a nulle vraie réflexion et nul débat. « Le débat quand il existe est binaire, pour ou contre la technologie nucléaire elle-même. Pour les uns, c’est la solution idéale aux problèmes énergétiques, sûre, compétitive et qui n’émet pas de gaz à effet de serre. Pour les autres, c’est le mal absolu, qu’il faut bannir définitivement de notre sol compte tenu de ses coûts et ses risques intrinsèques, des déchets radioactifs dont on ne sait que faire et des dangers de prolifération. Les affrontements sont frontaux, sans nuances, chacun défendant son identité même »

Géraud Guibert plaide pour une nouvelle scène écologiste capables de se faire entendre aussi bien sur les aspects sociaux, qu’environnementaux ou géopolitiques, une écologie projetée au cœur de l’organisation de la société. Mais quelle démocratie écologiste fonder, se demande-t-il ? « La mise en place d’un nouvel autoritarisme vert serait ainsi une erreur dramatique ».

Dans cette nouvelle démocratie, « les associations environnementales peuvent et doivent jouer un rôle majeur pour la représentation des intérêts des générations futures ». Pour lui, « rien ne sera possible si les citoyens eux-mêmes ne sont pas convaincus de la nécessité d’une anticipation de l’avenir ». Et l’auteur de recommander d’utiliser les médias sociaux pour rassembler les énergies, repérer les idées et promouvoir de vrais débats publiques . « Il reste donc à inventer de vraies modalités pour une démocratie participative ou citoyenne renouvelée »

* « Tous écolos…et alors. les enjeux de la nouvelle scène écologiste ». Géraud Guibert. Editions Lignes de Repères. 2010.

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Au sujet de Yan de Kerorguen

Ethnologue de formation et ancien rédacteur en chef de La Tribune, Yan de Kerorguen est actuellement rédacteur en chef du site Place-Publique.fr et chroniqueur économique au magazine The Good Life. Il est auteur d’une quinzaine d’ouvrages de prospective citoyenne et co-fondateur de Initiatives Citoyens en Europe (ICE).

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ENVIRONNEMENT

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