Vedette incontestée du salon de l’auto : la voiture électrique. Beaucoup de communication autour d’elle. Mais est elle si écolo que ça ? Des obstacles important freinent son développement.

Sur le papier, d’accord. Rouler à l’électricité est un réel progrès. Bien mieux, que rouler à l’essence. Et puis moins bruyant. Les véhicules électriques vont très vite être à 6-7% du parc nouveau dans les trois ans qui viennent, pour atteindre probablement 20 ou 25% d’ici 2020.

Mais en y regardant de près, c’est moins évident L’association Agir pour l’Environnement vient de publier un rapport sur les freins au développement de la voiture électrique.

Pour Stéphen Kerckhove, le délégué général de l’association : « L’État français fait fausse route en soutenant une solution technique qui est à l’automobile ce que le minitel était à l’internet .

Premier frein : Un prix de vente excessif et dissuasif. Certes, pour parcourir 100 km, le coût en électricité est moindre que le coût de l’essence. Le plein d’électricité revient à moins de 1 euro pour 100 kilomètres. Ce qui en fait un carburant près de 10 fois moins cher que l’essence. Et 10 fois moins polluant en utilisation si l’électricité est fabriquée à partir d’énergies renouvelables (hydraulique, solaire, éolien…). Et il n’y a pas de vidange à faire… La consommation annuelle moyenne de la voiture équivaut à celle d’un chauffe-eau électrique. Le coût d’entretien est également diminué de 40%. Et les conditions de conduite pèsent, à la baisse, sur le stress et l’accidentologie.

Certes, l’Ademe (Agence de la maîtrise d’énergie) octroie une prime de 3200 euros pour l’achat d’une voiture électrique et de 400 euros pour un scooter électrique. Les avantages fiscaux sont non négligeables. Assurances et cartes grises sont moins chères. Si le prix à l’achat est cher, l’usage est rentable..

Cependant, malgré les avantages et les aides, l’achat d’une voiture électrique devrait s’élever à environ 35 000 euros. Pas donné ! Il faudra attendre plus d’un an pour voir des véhicules à 15 000 euros minimum.

Autre frein, l’autonomie. A peine 150 kms, c’est pas beaucoup. Les véhicules actuellement en circulation, subissent en effet la contrainte de la recharge. L’arrivée des piles lithium-ion change la donne en donnant la possibilité d’effectuer 200 km. Les batteries utilisées jusqu’ à présent sont aussi difficilement recyclables. La durée de vie des batteries actuelles est largement inférieure à la durée de vie du véhicule lui-même ce qui suppose un remplacement tous les deux-trois ans.

Au final, cela limite son usage à la circulation en ville mais pas à la route. Pour partir en vacances il faudra disposer d’un réseau suffisant de lieux pour s’approvisionner. Or ce n’est pas le cas. Les pompes « vertes » et les bornes électriques sont encore en nombre limité. Cela ne facilite pas l’adhésion des usagers.

Enfin, troisième handicap, détaillé par Agir pour l’environnement, « le bilan écologique et climatique semble moins favorable que prévu. En effet, l’usage exclusivement urbain ou périurbain de la voiture électrique nécessite une seconde voiture et ne remplacera donc pas la première voiture « thermique ». La fabrication d’une automobile est responsable de 14 % à 20 % des émissions globales d’un véhicule.

En conclusion de son rapport, l’association estime que « la voiture électrique est avant tout un outil de communication permettant de verdir, à bon compte, l’image de constructeurs automobiles qui n’ont, en rien, pris en compte les contraintes énergétiques et climatiques dans leur stratégie industrielle. » Pour Yannick Jadot d’Europe Ecologie, « la voiture électrique n’est pas une voiture propre, comme on l’affirme trop souvent. Il faut la fabriquer et sa fabrication est polluante et consomme beaucoup de C02 ». Pour lui, il est préférable d’innover dans des voitures qui consomment moins et éduquer les conducteurs par l’écoconduite. En outre, pense-t-il, seuls le développement des transports en commun ainsi que la promotion des modes de déplacement doux répond efficacement et durablement aux contraintes écologiques.

Bien que ses jours soient comptés, le bon vieux moteur thermique en a encore sous la pédale. Plusieurs raisons font que nous avons du mal à nous passer d’essence. D’abord parce que le secteur des transports dépend à plus de 90% des importations de pétrole. Le consommateur n’a donc pas vraiment le choix.

L’économie impose ses lois. L’or noir offre aussi une meilleur concentration d’énergie. C‘est le produit le plus échangé au monde. Il est donc structurant pour l’économie mondiale. Enfin, nombre d’automobilistes croient que le pétrole va dominer encore longtemps, estimant avoir le temps de voir venir. Les autres pensent que le coût de l’essence est artificiellement élevé et que cela va redescendre.

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Au sujet de Yan de Kerorguen

Ethnologue de formation et ancien rédacteur en chef de La Tribune, Yan de Kerorguen est actuellement rédacteur en chef du site Place-Publique.fr et chroniqueur économique au magazine The Good Life. Il est auteur d’une quinzaine d’ouvrages de prospective citoyenne et co-fondateur de Initiatives Citoyens en Europe (ICE).

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