Le domaine le plus préoccupant reste de loin (60%) les déséquilibres Nord/Sud, les problèmes d’eaux et d’alimentation dans les pays sous développés. C’est ce que révèle un sondage sur les « peurs du progrès ou progrès de la peur »*. Le changement climatique et la destruction de la diversité n’arrivent qu’en second rang, avec chacun 40% des réponses.

Une surprise : plusieurs domaines, qui font pourtant régulièrement l’objet de débats houleux, restent en dessous de 10% des sujets préoccupants: les nanotechnologies, les OGM, la géolocalisation et les rayonnements électromagnétiques.

Les visions globalement plutôt favorables au progrès se retrouvent dans la question portant sur les conséquences des progrès de la science. Le choix cataclysme ne représente que 2% des réponses. Une large majorité a choisi des termes avant tout positifs : évolution (39%) et espoir (25%).
Cet optimisme est vite tempéré car, si un quart des participants ne semble pas s’inquiéter de la disparition potentielle de l’espèce humaine, plus de la moitié des répondants choisissent « les innovations mal maîtrisées » comme principal risque de disparition, loin devant les phénomènes naturels à 20% seulement.

Dans un enchaînement assez logique, la promesse retenue le plus souvent comme prioritaire est « donner à manger à tous les humains « (73%). La vitesse est manifestement dépassée car si « se déplacer en polluant moins » regroupe 40% des réponses, seule une poignée de participants ont choisi « se déplacer plus vite ».

Les actions retenues comme prioritaires sont le « respect des principes écologiques, des grands équilibres de notre planète » (54%) et le fait « d’informer, former, développer les savoirs » (50%).

Les « indicateurs de richesse non financiers » obtiennent aussi un certain succès avec 40% des participants. A l’opposé, le choix « nouvelles réglementations plus contraignantes » dépasse à peine les 10%.

Plusieurs questions visaient à connaître l’opinion des participants en leur demandant de faire part de leur degré d’adhésion sur différentes affirmations.

Un duo de questions a obtenu un consensus avec 80% d’adhésion. Il s’agit de la contribution positive des technologies à notre société et de l’absence totale d’inquiétude vis à vis du nouvel accélérateur de particule : seule une poignée de participants pense que son fonctionnement pourrait déboucher sur un trou noir faisant disparaître notre univers (La grande majorité des réponses au sondage ont été enregistrées avant que cet accélérateur réalise les premières collisions à haute énergie).

A l’opposé, un autre duo de questions regroupe un consensus « contre ». Moins de 8% des répondants estiment que les stratégies de mise au point des biocarburants sont claires et pour plus de 60% les grands accidents industriels restent probables dans l’avenir.

Entre ces 2 extrêmes, l’ensemble des autres sujets fait ressortir deux sous groupes aux opinions opposées sans que puisse se dégager un consensus pour ou contre. De nombreuses personnes d’ailleurs ne souhaitent pas se prononcer et se positionnent en « avis partagé ». Trois affirmations obtiennent ainsi plus de 30% d’avis partagé : les brevets favorisent la science, les technologies vertes vont sauver notre société et grâce au progrès des technologies le travail de nos enfants sera plus intéressant.

Sans surprise, c’est dans le domaine de l’électronique et des communications que l’usage des technologies est jugé le plus efficace. La perception reste positive dans tous les domaines. Le domaine le moins bien noté, la production d’énergie, rassemblant encore plus de 60% de jugements positifs.

Les industriels sont les acteurs auxquels est reconnu le poids le plus important pour les choix technologiques. Les chercheurs et les experts ne viennent que loin derrière, à quasi égalité avec les hommes politiques. Les actions des ONG restent perçues comme particulièrement faibles.

Un nombre important de participants (70%) est bien conscient qu’un organe ne peut pas être breveté, par opposition aux légumes, aux molécules ou aux gènes.

Les résultats sont plus mitigés sur la question concernant la date d’introduction du principe de précaution dans la constitution française : moins de la moitié des participants (42%) choisissent 2005. Plus surprenant encore, pour 26% des participants ce principe n’est pas encore inscrit dans notre constitution !

Il n’est donc pas étonnant que seuls 21% des participants connaissent la date de publication de la directive du Parlement européen et du Conseil sur la responsabilité environnementale en ce qui concerne la prévention et la réparation des dommages environnementaux : 2004.

* Ce sondage, présenté par Pablo Santamaria, président de Centrale Ethique, est tiré d’un questionnaire, hébergé sur les serveurs de la société Formitel. Il a été utilisé via plusieurs réseaux : VivAgora, Centrale Ethique, Médiapart, Novethic, ISRN…

A la date du 23 avril 2010, plus de 2100 réponses sont disponibles. Les participants sont en grande partie des hommes, les femmes ne représentant qu’un quart des réponses. La tranche d’âge des 20 à 30 ans est sensiblement surreprésentée (30%) mais toutes les tranches d’âge sont présentes, y compris au-delà de 70 ans.

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Au sujet de Yan de Kerorguen

Ethnologue de formation et ancien rédacteur en chef de La Tribune, Yan de Kerorguen est actuellement rédacteur en chef du site Place-Publique.fr et chroniqueur économique au magazine The Good Life. Il est auteur d’une quinzaine d’ouvrages de prospective citoyenne et co-fondateur de Initiatives Citoyens en Europe (ICE).

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ETUDE, Le Magazine, Sciences et société

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