La crise a fortement augmenté la demande de prêts destinés à financer les petits projets. Mais, faute d’un environnement légal suffisamment cadré, le marché manque de lisibilité.

En mars, Christine Lagarde, ministre de l’Economie, se voyait remettre un rapport sur le microcrédit. Bilan plutôt mitigé : manque de lisibilité, atomisation du marché, trop grande variété des modèles et des taux d’intérêt… Réponse de la ministre : il faut structurer le marché.
Un marché en plein boom. Dédié à l’origine au financement de petits projets dans les pays en développement, le microcrédit a vite gagné un paysage économique et social européen atteint par la récession.

Dans l’Union européenne, la valeur moyenne du microcrédit est passée de 7 000-8 000 euros fin 2007 à 8 000-10 000 euros aujourd’hui. En 2009, la Commission européenne lançait l’initiative JASMINE (Joint Action to Support Microfinance Institutions in Europe – Action commune pour soutenir les institutions de microfinances en Europe). Enveloppe : 20 millions d’euros. Objectif double : fournir une aide technique aux institutions de microfinancement (IMF) pour les aider à être des intermédiaires crédibles et obtenir plus facilement des capitaux ; apporter une aide financière aux IMF les plus prometteuses.

Déséquilibre offre/demande

En France, en 2007, plus de 200 000 chômeurs ou petits entrepreneurs étaient demandeurs de financement. Pour un volume effectif de prêts qui atteignait péniblement les 120 000.
Sur ce marché de la demande, les offres se sont multipliées, de manière assez empirique, pour ne pas dire chaotique, et en l’absence d’un véritable cadrage légal du microcrédit. D’où des états de fait illogiques. Selon le rapport remis à Christine Lagarde, la définition extensive du microcrédit personnel aurait par exemple ainsi bénéficié à l’équipement de ménages, voire de cabinets médicaux, au détriment d’entrepreneurs en situation de fragilité face à l’emploi. Plus largement le rapport, tout en rappelant l’utilité du microcrédit, dénonce un manque de lisibilité du dispositif et la parcellisation des acteurs et des systèmes d’octroi.

Quatre mesures

La ministre de l’Économie a notamment annoncé quatre mesures :

 Financement par les particuliers des associations de microcrédit (par exemple via des plates-formes Internet aujourd’hui réservées au financement de l’aide au développement à l’étranger)

 Amélioration de la gouvernance et de la gestion des fonds de garantie

 Renforcement du soutien public au microcrédit.

 Amélioration de l’information du public.

France Initiative : 65 000 entreprises créées ou reprises en cinq ans

En attendant, le modèle se développe et témoigne chaque jour de son utilité sociale et économique. Exemple avec le bilan de France Initiative, réseau dédié au microcrédit. Plus de 65 000 entreprises créées ou reprises ces cinq dernières années, dont 15 000 en 2009.
France Initiative, qui dispose de près de 250 associations locales, vise le financement d’activités sous forme de prêts gratuits et sans exigence de garantie. Objectif primaire : permettre aux créateurs d’entreprise de disposer des fonds propres nécessaires au démarrage de leur structure. Objectif secondaire : rassurer les établissements financiers et les inciter, une fois délivré le label France Initiative, à prêter des sommes plus importantes, nécessaires pour financer le fonctionnement des entreprises.

En 2009, France Initiative a accordé 133 millions d’euros de prêts d’honneur en 2009, dont 109 millions sur les fonds de prêts des plateformes et 24 millions au titre du nouveau dispositif Nacre, mis en place par l’Etat et la Caisse des Dépôts au bénéfice des chômeurs créateurs. L’ensemble de ces prêts à taux zéro a enclenché 800 millions d’euros de prêts bancaires. A la clé, et dans l’immédiat : 33 450 emplois créés ou maintenus, puis, dans la foulée, plusieurs dizaines de milliers d’autres créés. Au total, ce sont 46 000 entrepreneurs qui sont accompagnés et/ou parrainés par un chef d’entreprise expérimenté.

«14 200 bénévoles, peut-être même plus aujourd’hui, sont mobilisés, explique Bernard Brunhes, président de France Initiatives. Leur apport dans les comités d’agrément ou dans le suivi des entrepreneurs explique le très bon taux de pérennité des entreprises : 87% en troisième année, soit un taux très largement supérieur à la moyenne nationale».

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Au sujet de Muriel Jaouën

Journaliste de formation (ESJ Lille, 1990), Muriel Jaouën publie régulièrement dans le magazine de Place-Publique.Ses spécialités : économie sociale, développement durable, marketing, communication, organisations, management.

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