La Fonda (think tank associatif) et l’Adels (Association pour la démocratie locale), sensibles à la crise que nous traversons, appellent à davantage de coopération entre société civile et élus politiques au niveau local pour renouveler la démocratie.

A l’approche des élections régionales et alors que se dessine une nouvelle étape de la décentralisation, la Fonda et l’ADELS lancent un manifeste : « Ancrer la démocratie dans les territoires ! ».

Plus de 500 personnalités (anciens ministres, professeurs d’universités, responsables
politiques, responsables d’associations nationales, etc) lui ont déjà apporté leur soutien.

MANIFESTE

« Ancrer la démocratie dans les territoires ! » pour renouveler la coopération entre société civile et collectivités

Nous, Fonda, Adels et signataires de ce manifeste, attirons l’attention des élus et des
citoyens sur la nécessité de renforcer le pacte démocratique sur tous nos territoires.
Alors que des réformes institutionnelles se dessinent, alors que les municipalités
dressent un premier bilan de leur action depuis 2007 et que s’élaborent les projets pour la prochaine mandature des conseils régionaux, la coopération entre société civile et collectivités territoriales doit être renouvelée.

La crise de notre modèle de développement est structurelle et globale. Elle est économique, sociale,
écologique, culturelle et politique. Le pire ne pourra être évité sans une transformation radicale de
nos modes de vie, de nos manières de penser, de consommer, de produire, d’être solidaires.
Pour réussir, il faut une volonté politique ferme et partagée, mobilisant non seulement la puissance
de l’action publique mais aussi les ressources de la société civile. Nous avons besoin de l’énergie,
des compétences et des convictions de nos concitoyens et des organisations dont ils se sont dotés,
notamment leurs associations.

Cette conjonction des forces sociales et de la puissance publique se construit avant tout sur
les territoires, par la proximité et les relations humaines qui s’y nouent dans la reconnaissance
mutuelle et la coopération. C’est aux niveaux territoriaux que doit d’abord s’élaborer et se mettre
en mouvement le nouveau pacte démocratique dont nous avons besoin.

Nous partageons le souci d’une meilleure organisation des compétences entre les différentes
collectivités publiques, et d’une réforme de la fiscalité locale, sous réserve qu’elles n’affaiblissent
pas la capacité des collectivités territoriales à soutenir les initiatives citoyennes, à coproduire le bien
commun avec le milieu associatif. Les réformes de l’organisation politique et administrative doivent
renforcer la capacité de tous les acteurs à agir ensemble pour la collectivité, dans le respect de
l’autonomie de chacun . C’est pour cela que nous demandons qu’un débat citoyen ouvert, et le plus
large possible, soit engagé sur l’acte III de la décentralisation et la réforme de la fiscalité locale.

Mais la seule rationalisation des structures ne saurait suffire. C’est notre capacité collective à
coproduire l’intérêt général qu’il faut renforcer en permettant au plus grand nombre d’oeuvrer à sa
définition, sa mise en oeuvre et son évaluation. Les associations doivent y jouer un rôle essentiel
en coopération avec les élus locaux, en inscrivant leurs actions communes et respectives dans un
ensemble d’engagements réciproques précis et formalisés.

Pour permettre cette consolidation des relations entre société civile et élus, quatre objectifs
prioritaires doivent être poursuivis :

 Définir des règles de relations entre élus et société civile,

 Soutenir les associations et les habitants, dans leurs capacités à être des
forces de propositions,

 Ouvrir le jeu démocratique avec la création d’espaces de débats permettant
une appropriation collective des politiques publiques,

 Construire des politiques associatives territoriales.
Pour signer cet appel ou plus d’informations : www.fonda.asso.fr

Le point de vue de Jean-Pierre Worms, vice-président de la Fonda.

« La première richesse d’une société, ce sont ses femmes et ses hommes, leur intelligence, leur
culture et leurs savoirs, leur compétence pratique et leur « expertise d’usage », mais aussi
leurs convictions, leur volonté et leurs espérances. C’est une ressource dont aucune politique
publique ne saurait se passer, surtout quand il s’agit d’affronter des défis aussi lourds et
complexes que ceux d’aujourd’hui et de demain. Nos démocraties ont construit des
institutions et procédures de représentation pour associer cette force civique au
gouvernement de la société.

Le risque permanent est que ces « représentants » -politiques,
professionnels, sociaux…- ne finissent par constituer une catégorie de citoyens à part,
citoyens de premier rang, qui interviennent non plus au nom des autres mais à leur place. En
souhaitant canaliser l’énergie des citoyens, ils finissent par l’appauvrir voire par la stériliser,
au moment même où on en a le plus besoin. Ainsi s’accroît la distance entre les citoyens et les
élites dirigeantes, ainsi se diffuse et s’aggrave la méfiance envers les institutions publiques, en
même temps que croissent les demandes qu’on leur adresse.

Refonder la démocratie en l’immergeant à nouveau au plus profond de la vie sociale,
en l’ancrant solidement et durablement dans les territoires où celle-ci s’exprime et
s’organise, est devenu l’enjeu politique prioritaire des temps qui viennent »

Le point de vue de Céline Braillon, présidente de l’Adels

« Nous ne sommes plus dans l’acceptation d’un intérêt général décrété d’en haut mais dans la
construction collective du « vivre ensemble », à partir des potentiels, des richesses portées par
toute la société, politique, civile ; c’est ça le bien commun : nos ressources naturelles,
humaines, nos possibilités de changer nos administrations, nos associations, la vie dans nos
quartiers, dans nos villes, dans nos pays…

Ceci suppose d’assumer notre rôle d’élu, d’habitant, de consommateur, de technicien,
d’usager, de « travailleur »…. responsable collectivement et individuellement du bien
commun, en situation de s’approprier les espaces de débat dans lesquels va se jouer la
question du partage du pouvoir.

Car la question est là, au coeur des enjeux démocratiques : la participation à l’action publique
n’a de sens que si elle pèse sur la décision, l’Adels ne se satisfait pas d’un vague dialogue avec
les habitants sans conséquences mais elle revendique que la délibération soit bien liée au
processus de décision ; il y a encore des résistances… ; du chemin reste à faire….

Nous défendons le droit de débattre mais aussi le droit de faire, d’agir, de prendre
notre part d’initiatives dans la construction du bien commun. »

Pour signer le Manifeste et en savoir plus:
http://www.fonda.asso.fr/Manifeste-Ancrer-la-democratie.html

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Au sujet de Yan de Kerorguen

Ethnologue de formation et ancien rédacteur en chef de La Tribune, Yan de Kerorguen est actuellement rédacteur en chef du site Place-Publique.fr et chroniqueur économique au magazine The Good Life. Il est auteur d’une quinzaine d’ouvrages de prospective citoyenne et co-fondateur de Initiatives Citoyens en Europe (ICE).

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CITOYENNETE, Le Magazine, Médias et démocratie

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