Le chômage des jeunes n’a jamais été aussi élevé depuis 35 ans. Il faudra attendre quelques années encore pour voir le marché du travail se retourner. En attendant, les jeunes dépriment.

Sans doute notre pays aime-t-il ses enfants, mais il ne fait pas grand-chose pour leur donner confiance. Pourtant de cette confiance, ils ont besoin. Les 15-30 ans sont aux premières loges de la précarisation croissante de l’emploi, de la faiblesse des salaires, du mal logement, de la crise de la montée du chômage. Ils ne voient pas l’avenir.

Le chômage des jeunes n’a jamais été aussi élevé depuis 35 ans. Du point de vue des valeurs, l’écart est immense entre les discours officiels de la République autour de l’égalité, de l’investissement dans la jeunesse, et la réalité du marché du travail à laquelle les jeunes sont confrontés. Ils devront en outre payer nos retraites, notre endettement et le coût écologique de notre irresponsabilité environnementale. Lourd fardeau!

Alors que nous avons longtemps vécu dans l’idée que, grâce aux progrès, demain serait meilleur qu’aujourd’hui, nombre de citoyens pensent désormais que demain sera pire et que nos enfants vivront plus mal que nous. 34 % seulement des Français se disent optimistes pour l’avenir de leurs enfants (note 395 de la DRESS, avril 2004).

Les enquêtes ne s’y trompent pas ; les jeunes Français sont, parmi leurs congénères européens les plus pessimistes quant à leur futur. 80% des jeunes n’ont pas voté aux dernières élections européennes comme si ce monde n’était pas le leur. Pareil aux dernières élections régionales.

C’est en France (avec la Finlande) que le taux de suicide des jeunes est le plus important. Ce qui apparaît clairement, c’est l’angoisse du déclassement (Lire dans ce même magazine l’article « le déclassement social des jeunes »). Les plus précaires se sentent désespérément tirés vers le bas. Les mieux lotis, eux, ne parviennent pas à maintenir la position sociale de leurs parents. Nous vivons dans un vieux pays dont les gouvernants, au lieu de valoriser les potentiels et d’investir dans les initiatives innovantes, stigmatisent certaines catégories sociales, entretiennent la méfiance et divisent au lieu de réunir.

En témoigne la culture du soupçon qui envahit nos institutions, notamment judiciaires. Les adolescents sont particulièrement visés. « Désormais, pour certains délits, et en cas de récidive, les délinquants mineurs ne seront plus jugés en France en fonction de leur minorité : la loi leur sera appliquée comme à leur parents majeurs » relève Bernard Stiegler, philosophe et auteur de « Prendre soin de la jeunesse et des générations » (Flammarion).

Couvre feu pour les moins de 13 ans, adolescents menottés parce qu’ils n’ont pas payés de ticket dans le bus, réclusion ponctuelle en dehors de tout jugement, suicides de jeunes en prison, généralisation de la vidéosurveillance, élargissement des fichiers policiers, garde à vue abusives des mineurs de moins de 16 ans …que de signaux négatifs ! « Le temps d’apprendre à vivre, il est déjà trop tard » écrit Aragon.

Ce sont pas moins de 900 000 gardes à vue qui ont été effectuées en 2009. Pour un pays de 60 millions d’habitants, ce chiffre en constante augmentation fait froid dans le dos. Le problème est que cette modification de la loi signifie qu’il n’y a plus, désormais, d’âge nettement affirmé de la responsabilité. «Remettre en cause la minorité des enfants délinquants, c’est aussi remettre en cause la majorité de leurs ascendants adultes, et en fin de compte, décharger ceux-ci des responsabilités que leur confère la majorité ». Nous avons l’arsenal le plus répressif d’Europe et pourtant notre sécurité est la plus mal assurée.

Peu de gens le savent: le pays des droits de l’homme occupe la 53ème place au classement mondial des pays qui défendent les droits humains de la personne.

Nous évoluons ainsi dans une société qui fabrique une loi sécurité tous les six mois au gré des faits divers, dans un monde où la police a tendance à faire la justice et où les juges sont mis au placard. Cette négligence ternit notre image. Sur le plan international, le pays des lumières devient un pays ombrageux sur le déclin qui perd beaucoup de temps au contrôle social. Cette culture du soupçon n’a pas d’avenir. A cause de cette dévalorisation et du peu d’attention que nous prêtons aux jeunes, nous sommes moins préparés que nos voisins à les accompagner dans le futur. Si nous n’accordons pas plus d’attention et de compréhension à l’égard des générations montantes, nous risquons de devenir un pays de vieux soumis à une lente paupérisation.

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Au sujet de Yan de Kerorguen

Ethnologue de formation et ancien rédacteur en chef de La Tribune, Yan de Kerorguen est actuellement rédacteur en chef du site Place-Publique.fr et chroniqueur économique au magazine The Good Life. Il est auteur d’une quinzaine d’ouvrages de prospective citoyenne et co-fondateur de Initiatives Citoyens en Europe (ICE).

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EDITO, GENERATION

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