La France compte quelque 70 coopératives d’activités et d’emploi. Stéphane Veyer, directeur général de Coopaname, revient sur la finalité d’un modèle moins touché que d’autres par la crise.

Coopaname est née en 2004 à Paris et rassemble aujourd’hui près de 400 personnes, qui réalisent au global un chiffre d’affaires mensuel de plus de 300 000 euros. A l’heure des dégraissages en masse, la coopérative serait-elle synonyme de sécurité ?

Dans sa définition, oui. Les coopératives sont des sociétés de personnes et non de capitaux, qui permettent de concilier développement économique et satisfaction des besoins des populations, dans une logique démocratique, respectueuse des êtres humains et de l’environnement. En se co-salariant au sein d’une même entreprise qu’ils construisent et gèrent ensemble, les salariés-entrepreneurs protègent mutuellement leurs vies professionnelles. Coopaname est aujourd’hui la plus importante coopérative d’activités et d’emploi en France et continue de grossir.

Comment a évolué ce modèle de coopérative d’activité et d’emploi avec les années ?

La première SCOP d’activité et d’emploi, Cap Services, est née à Lyon il y a une quinzaine d’années, avec la première génération d’entrepreneurs issus du chômage. A l’époque, le modèle coopératif était essentiellement guidé par un souci de sécurisation des parcours professionnels. Aujourd’hui, les structures se sont multipliées et ont grossi. Elles agrègent une plus grande diversité de compétences. Et leur finalité dépasse la dimension sécuritaire. Ce que nous voulons, c’est construire des organisations économiques et sociales susceptibles de réinventer l’entreprise, en réinjectant du plaisir dans l’économie. Et ça marche. Il y a bien sûr un certain turnover, mais il est plutôt le fait des salariés qui ne réussissent pas à faire décoller leur projet. Ceux qui parviennent à pérenniser une activité, pour la plupart, restent attachés au modèle coopératif.

Comment “recrutez”-vous ?

Nous sommes ouverts à tous. Chaque projet est étudié. Mais la sélection ne se fait pas sur des critères économiques. Pour le salarié-entrepreneur, l’intégration à la coopérative est gratuit. Nous faisons financer les projets d’activité par les fonds d’aides publiques – Etat, Région, Département- dévolues à la création d’entreprise. La collectivité accompagne chaque entrepreneur, qui prend en charge la démarche commerciale pour développer son activité. Dès qu’il engrange un peu d’affaires, nous signons avec lui un contrat en CDI et commençons à le rémunérer avec le fruit de son travail. Puis, s’il veut devenir associé, il prend des parts sociales dans la coopérative, sous le régime de l’égalité des associés (une personne égale une voix). Les dirigeants sont élus pour deux ans. La coopérative est une démocratie d’entreprise.

Quelle différence avec le portage salarial ?

Techniquement, on n’en est pas loin : nous effectuons des opérations comptables, facturons et salarions. La grande différence, c’est la finalité. Une entreprise de portage salarial est avant tout une entreprise commerciale, qui va tout faire pour générer de la marge. Dans une coopérative, personne ne se fait de beurre sur le dos des autres.

Vous avez d’emblée opté pour la diversité des activités ?

Les “coopanamiens” sont jardiniers, informaticiens, graphistes, modistes, courtiers, coiffeurs, traductrices, ergonomes, journalistes, designers, etc.
La diversité des activités fait partie du projet de base de la coopérative. Certaines coopératives sont tentées par la mutualisation d’activités mono-sectorielles. Je crois qu’elles se trompent. L’innovation naît des rencontres et des confrontations. La complémentarité nous permet également de répondre collectivement à certains appels d’offres.

“Réinventer l’entreprise”, qu’est-ce que cela signifie ?

C’est la réhabilitation du collectif contre le diktat de l’individu. La création d’entreprise est devenue obsessionnelle. Comme s’il fallait à tout prix encourager les individus à monter leur société. Premiers zélateurs de ce nouveau credo, les pouvoirs publics font tout pour promouvoir et faciliter les initiatives individuelles. Le statut d’auto-entrepreneur en est la meilleure illustration. Le problème, c’est que cette incantation échevelée à l’entrepreneuriat individuel et à des formes microscopiques d’entrepreneuriat (auto-entrepreneur, micro-entreprise, microcrédit), non seulement ne produit aucune richesse économique, mais participe de la précarisation sociale. On est dans la “bangladeshisation” de l’économie : atomisation des structures, promotion du micro-revenu, sans création de valeur… Bref, la casse sociale assumée.

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