Trois siècles après la frégate de l’illustre Bougainville, le trois-mâts La Boudeuse, largue les amarres, pour accomplir, à l’ancienne, une mission inédite du Grenelle de la Mer.

Le sens de l’aventure et de la découverte, une vision optimiste du progrès, une mission pour le développement durable, des marins et des savants dans un trois mats centenaire… l’expédition de La Boudeuse, un trois-mâts goélette, représente tout à la fois la force d’un symbole qui mêle histoire et futur mais aussi un lien avec la tradition de la science et des humanités. « Il s’agit de réinjecter l’esprit des lumières dans notre regard sur les choses » a indiqué le capitaine Patrice Franceschi, quelques jours avant le départ du port de Fécamp, le 21 octobre 2009.

Le capitaine du bateau, qui est aussi écrivain et explorateur, se voit confier une mission baptisée « Terre-Océan ». Au total, deux années d’exploration scientifique entre l’Amérique du Sud et l’océan Pacifique avec un double objectif : sensibiliser les publics à une écologie plus humaniste et préserver l’avenir de la planète pour les générations futures. Les navigants étudieront sur leur parcours la situation de la biodiversité, les modifications climatiques, l’étude de la biosphère, l’état des eaux, la pollution, l’observation des territoires, la géophotographie, mais aussi le rapport entre les hommes et leurs milieux, la protection de l’environnement, le dialogue des cultures.

Ces hommes et femmes sont marins, mécaniciens, médecins, électriciens, charpentiers, philosophes, logisticiens, écrivains, cinéastes, photographes, monteuses, scaphandriers ou scientifiques de multiples disciplines. Ce qui les caractérise c’est d’abord la même passion pour l’aventure véritable, la science, l’inconnu, la découverte. C’est ensuite leur polyvalence, essentielle dans le type de mission que réclame La Boudeuse. Ils ont tous une spécialité et sont parmi les meilleurs dans cette spécialité. Mais ils possèdent, en outre, de larges compétences dans la plupart des autres domaines de l’aventure. Une polyvalence qui les rend aussi aptes à hisser les voiles, à pratiquer la plongée sous-marine et l’escalade ou à bivouaquer dans la jungle.

Dans les bassins de l’Amazone et de l’Orénoque, ils se consacreront aux problèmes des Paysans sans terre et à la déforestation causée par l’élevage extensif et incontrôlé des terres encore vierges. Ils étudieront l’impact de la pollution des rivières au mercure par les chercheurs d’or et les conséquence de l’extension du tourisme organisé sur les territoires indiens (modification des cultures et des modes de vie, conséquences sur l’environnement)

Dans le bassin du Paraná, en Argentine, les recherches porteront sur le développement de l’urbanisation sauvage, les impacts environnementaux due à l’expansion industrielle, la mutation de l’élevage traditionnel des anciens « Gauchos » et conséquences humaines et environnementales, mais aussi l’étude générale sur l’ensemble des territoires par géophotographie des milieux parcourus, inventaire généraux de la faune et de la flore, étude des possibilités de développement durable, problèmes humains de justice sociale dans ces environnements dégradés.

Arrivés dans les canaux de Patagonie, La Boudeuse et son équipage se consacreront aux conséquences des nouvelles colonisations humaines sur ces terres vierges et aux problèmes posés par la pêche extensive actuellement en développement. Ils s’attacheront à mesurer l’impact de l’installation des nouvelles fermes aquacoles et s’appliqueront à faire l’inventaire généraux de la faune et de la flore.

Une fois passé le mythique cap Horn, la goélette entrera dans l’océan
Pacifique pour s’intéresser au problème des « îles en voie de disparition » à cause de la montée des eaux et de ses conséquences sur les hommes et leur milieu naturel.

Comme le souligne le document de la mission, « pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, des hommes savent par avance que leur « patrie » n’existera plus à l’horizon de trois ou quatre générations, et qu’avec elle, s’évanouiront leurs cultures et leur environnement naturel. Ils auront cependant le temps nécessaire de quitter leurs îles et s’exiler ailleurs, devenant ainsi les premiers « immigrés climatiques » de l’histoire politique humaine ».

L’idée centrale de Terre-Océan s’articule dans trois directions qui forment la véritable exigence de cette expédition: étudier, sauver, préserver.

Une aventure dont l’intérêt, et non des moindres, est de donner aux jeunes générations le goût de la découverte scientifique (sur le terrain mais aussi dans les laboratoires) et du dialogue humain. L’autre intérêt est de donner un « visage » plus attractif aux engagements du Grenelle de la Mer qui, faute de relais ou de porte drapeau, paraissait s’évanouir dans les brumes.

Site de l’expédition : http://www.la-boudeuse.org/

Site du Grenelle de la Mer: http://www.legrenelle-mer.gouv.fr/

Pour information : le livre de notre collaborateur, Yan de Kerorguen : « La mer, le prochain défi » aux éditions Gutenberg Sciences (juin 2009)

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