Le stress fait des ravages dans les têtes et les corps. Il génère des coupes sombres dans les effectifs des entreprises. Mais combien coûte-t-il à la collectivité ? Le calcul est aussi complexe que les méthodologies sont nombreuses. Mais, in fine, la note est toujours salée.

Quel est le poids économique du stress professionnel ? En l’absence de modélisation référente en France et à l’étranger, il est convenu de dire que le stress représente un dixième du coût des problèmes de santé au travail. On peut dès lors facturer le stress au travail à environ 20 milliards d’euros par an.

Les enquêtes qui font référence en matière de chiffrage économique du stress professionnel datent toutes d’un certain nombre d’années. Mais il n’y a pas lieu pour autant de les balayer d’un trait, au contraire. Le constat est en effet moins négatif qu’il n’y paraît. Le millésime des études acte leur année de lancement. Or, il s’agit très généralement de programmes lourds, très longs à finaliser en termes de réalisation, d’analyse et de reporting – ce qui, au vu des enjeux, est finalement plutôt rassurant. Ainsi, une étude lancée en 2003 ne délivrera ses résultats que trois, quatre, cinq ou six ans plus tard.

De 0,1% à 3% du PIB

Plus dommageables sont les disparités méthodologiques que révèlent les études menées localement, aux niveaux nationaux. Selon les pays, le coût du stress professionnel variera de 0,1 % à 3 % du PIB. Au sein d’un même Etat, on obtient parfois des écarts plus que significatifs. Une analyse menée en Suisse fait ainsi fluctuer en 2001 le coût du stress d’origine professionnelle entre 2,9 milliards d’euros et 9,5 milliards d’euros. Comment expliquer une telle latitude ? Dans la fourchette haute, l’étude intègre les coûts tangibles liés au stress, mais aussi les coûts intangibles. Il est ainsi demandé aux personnes sondées d’estimer la valeur monétaire des souffrances et pertes de bien-être que le stress leur occasionne. Une approche intéressante, car si la plupart des études menées en matière d’impact économique du stress reposent sur des critères décelables à partir de situations déclarées de maladie, la majorité des stressés n’entre pas dans ce schéma. Difficile, par exemple, de chiffrer le coût d’une moindre productivité imputable à des états pré et post-dépressifs.

10% à 20% des dépenses accidents/maladies professionnelles


Pour la France, l’étude de référence a été menée conjointement en 2000 par l’INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles) et le Laboratoire d’Economie et de Gestion de l’Université de Bourgogne. Parmi les nombreuses pathologies connues pour être liées à l’exposition au stress, seules les pathologies ayant fait l’objet d’un nombre suffisant d’études ont été retenues. Ces pathologies sont au nombre de trois : les maladies cardiovasculaires, la dépression et les troubles musculo-squelettiques.

Que nous montre cette étude ? Sur une population active de 23,53 millions de personnes, 220 500 à 335 000 personnes (1 % à 1,4 % de la population étudiée) sont touchées par une pathologie liée au stress professionnel. Selon les hypothèses posées (basses ou hautes), le coût social du stress au travail est compris entre 830 et 1 656 millions d’euros, soit à 10 à 20 % des dépenses de la branche accidents du travail /maladies professionnelles de la Sécurité sociale.

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Au sujet de Muriel Jaouën

Journaliste de formation (ESJ Lille, 1990), Muriel Jaouën publie régulièrement dans le magazine de Place-Publique.Ses spécialités : économie sociale, développement durable, marketing, communication, organisations, management.

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