Peut-on parler de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) en pleine crise économique, alors que les réductions d’effectifs se multiplient et que la composante sociale des entreprises sert de variable d’ajustement pour corriger les excès des stratégies financières fondées uniquement sur le rendement économique ? On pourrait presque parler de provocation.

La question fut posée à la conférence débat organisée par l’Orse (Observatoire sur la responsabilité sociétale des entreprises) le 9 septembre au Conseil économique, social et environnemental. Car présenter la RSE comme un levier de transformation du dialogue social alors le dialogue en question se limite souvent à négocier des indemnités de départ, limite singulièrement la portée de l’exercice.

Mais c’est aussi en temps de crise que les entreprises peuvent le plus efficacement revendiquer leur rôle sociétal si elles veulent démontrer que, en plus de leur vocation qui consiste à créer de la richesse, elle peuvent aussi se sentir responsables des équilibres sociaux et environnementaux. Dans ce contexte, la poursuite du dialogue social devient une expression des entreprises pour affirmer leur responsabilité sociétale. Et il en est comme PSA Peugeot Citroën, Areva, Alstom, EDF ou Axa qui n’ont pas baissé les bras, les directions finalisant des accords avec les syndicats sur les carrières professionnelles, les équilibres entre travail et vie privée, les parcours syndicaux… De quoi permettre à Michèle Pappalardo, Commissaire général au développement durable, d’affirmer que le dialogue social était devenu stratégique depuis que le Grenelle de l’Environnement en avait fait un des moteurs de toute démarche en faveur du développement durable.

En liant progrès économique et avancées sociales, Xavier Darcos, ministre du Travail et des relations sociales, s’est également avancé dans le champ de la RSE. Mais rappelant que Nicolas Sarkozy s’était avait ouvert en février dernier le chantier du partage de la valeur ajoutée, le ministre a regretté que les travaux préparatoires des instances patronales, le Medef et l’Afep, n’aient pour l’instant abouti qu’à des « résultats mitigés ». En ce qui le concerne, les axes de travail paraissent clairement identifiés : taxation des retraites chapeau, et répartition de la valeur ajoutée pour laquelle le gouvernement prendra ses responsabilités si les partenaires sociaux ne parviennent à aucun accord.

L’emploi des seniors, l’amélioration des conditions de travail et l’association des salariés aux décisions stratégiques des entreprises sont au nombre de ses travaux, ainsi que la transparence des comptes des organisations syndicales qui seront progressivement rendus publics entre 2010 et 2012. Le tout visant à transformer l’exercice de l’action syndicale pour attirer un plus grand nombre de syndiqués « car nous en avons besoin », a souligné Xavier Darcos en regrettant que la proportion des salariés syndiqués dans le secteur privé en France – lanterne rouge européenne – ne dépasse pas 5% du total. Mais la promotion de l’action syndicale passe aussi par les directions d’entreprises qui, lorsqu’elles favorisent le dialogue social, assument leur responsabilité sociétale. Ce qui, lorsqu’on considère la brutalité de certains plans sociaux, est loin d’être partagé par toutes les directions.

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Au sujet de Yan de Kerorguen

Ethnologue de formation et ancien rédacteur en chef de La Tribune, Yan de Kerorguen est actuellement rédacteur en chef du site Place-Publique.fr et chroniqueur économique au magazine The Good Life. Il est auteur d’une quinzaine d’ouvrages de prospective citoyenne et co-fondateur de Initiatives Citoyens en Europe (ICE).

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