L’Europe a échoué au test de la relance économique. A une relance coordonnée, les Etats ont préféré des mesures prises, en toute indépendance, par chaque nation.

L’annonce de la somme des montants envisagés pour chaque pays, 200 milliards d’euros, n’a pas fait illusion.
L’économie mondiale, c’est un système de vases communicants. La nation qui injecte massivement de l’argent dans son économie, participe à la relance des autres économies au travers de ses importations qui augmenteront d’autant. Ainsi l’effort américain profitera à toute l’économie mondiale, car les Etats-Unis importeront davantage. Pas fous quand même, les Américains, car l’économie et les entreprises américaines sortiront renforcées de la crise.

Plans de sauvegarde nationaux

L’Europe a choisi, plutôt qu’un plan de relance collectif, des plans de sauvegarde nationaux. Chaque pays a provisionné des fonds pour soutenir les secteurs menacés de son économie, à la demande, selon les besoins, et à minima. Les banques, l’automobile obtiendront des financements pour rester à flot dans la tourmente. Mais ce n’est pas là une relance de l’activité. Que craignaient donc les dirigeants européens ? Trois choses : d’abord de payer pour les autres pays européens, ensuite de payer pour les pays qui exportent leur production vers l’Europe, enfin de prendre des engagements fermes et d’être obligés de financer la relance au-delà du strict nécessaire.
Nul ne doute pourtant que la prospérité européenne profite à tous quand 75% des échanges des pays européens sont intra-européens. Pourtant les grands pays européens préfèrent gérer leur prospérité, chacun comme il peut. C’est une faute car les Etats-Unis et la Chine qui ont engagé des plans de relance massif sur leur continent national sortiront plus forts que l’Europe de la crise.

De plus en plus de chômeurs

Et les chômeurs ? Eh bien il y en aura plus en France, en Allemagne bien sûr, et encore plus en Pologne et en Roumanie. Piètre consolation. Certains redéploiements vers de nouvelles industries (économies d’énergie, lutte contre la pollution, activités sociales…) que le gouvernement américain encourage, ne profiteront pas en Europe des mêmes niveaux d’investissement. Après la crise, il y aura autant de chômeurs en France et en Europe qu’il y en avait avant, si ce n’est plus.
Quand le FMI a obtenu de tripler ses fonds de 250 à 750 milliards de dollars avec mission de soutenir les pays en développement touchés par la crise, l’Europe, elle, s’en remet au chacun pour soi. La solidarité y joue peu, les pays riches préfèrent y investir pour eux-mêmes. L’augmentation des moyens du FMI n’est pas pure générosité ; elle vise à maintenir à niveau des marchés émergents. A l’inverse, tout se passe comme si la conscience et la solidarité européenne avait atteint sa limite après la PAC, les politiques de développement régional, l’Euro, qui ont pourtant produit des résultats largement profitables pour tous. Quelques abus comme celui des bandits irlandais qui ont profité, à la fois des aides régionales, et d’un dumping fiscal déloyal n’y changent rien.

Ce ne sont pas les plus riches qui font marcher l’économie

L’Europe, sur la relance, s’est comportée comme ces marchands de voitures qui savent que ce sont leurs ouvriers qui achètent des voitures mais qui les paient mal parce qu’ils risquent d’acheter chez des concurrents et qu’ils n’achètent pas que des voitures. C’est même là une des causes de cette crise, quand l’abus de crédit s’est substitué aux trop faibles revenus. A force de contenir le pouvoir d’achat et l’inflation, de payer le travail au lance-pierre, d’accumuler les profits, on a asséché la demande et les marchés. Cent ans après Henry Ford, soixante-dix ans après le New Deal, une redécouverte : ce ne sont pas les plus riches qui font marcher l’économie. Cela vaut aussi bien au niveau européen, les pays moins riches mais en forte croissance sont autant de nouveaux marchés et tous les pays profiteraient donc d’une relance commune. A minorer leurs investissements, à se les réserver pour eux-mêmes, à vouloir profiter de la relance des autres, les pays européens affaiblissent, tous ensemble, leurs économies et leurs marchés.

Un échec encore, dont les responsables européens sont comptables, mais qui ne devrait pas empêcher les citoyens qui en ont vu d’autres, et particulièrement la gauche européenne de réclamer plus. Pas de faux débat : c’est une relance par l’offre et la demande, aussi bien, qu’il faudrait. Alors à quand les succès d’une politique du pouvoir d’achat (un smic européen à 1500 €) et une politique industrielle des transports, de l’énergie, des technologies moins polluantes, de l’habitat, et j’en passe, à la hauteur des besoins des européens ?

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Au sujet de Yan de Kerorguen

Ethnologue de formation et ancien rédacteur en chef de La Tribune, Yan de Kerorguen est actuellement rédacteur en chef du site Place-Publique.fr et chroniqueur économique au magazine The Good Life. Il est auteur d’une quinzaine d’ouvrages de prospective citoyenne et co-fondateur de Initiatives Citoyens en Europe (ICE).

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SANTE

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