Le SEL: une monnaie sociale qui ressemble à la forme de convivialité proche de l’entraide que les anciens connaissaient dans le monde rural.

Afin d’obtenir un produit ou une marchandise qu’il n’avait pas, l’homme a toujours su faire appel au troc. Mais le simple troc n’est pas toujours très efficace : il suppose que les deux parties aient chacun en guise d’échange l’objet convoité par l’autre, et qu’à leurs yeux, la valeur de ce troc est équitable.

Pour faciliter le commerce et le rendre plus efficace, la monnaie a fait son apparition : des coquillages, du sel (d’où le nom de ‘salaire’), des pièces de monnaies constituées de métaux plus ou moins rares, des billets de banques, et aujourd’hui, des cartes et autres moyens de débit et de crédit électroniques. Ce sont les « titres d’échanges », ou l’argent, qui ont une valeur légale et constituent un moyen de paiement universel au sein d’un même pays, et sa valeur perçue depuis l’étranger constitue le taux de change.

Encore récemment la monnaie émanait de l’Etat. Actuellement, dans la plupart des pays (sauf aux Etats Unis), la création monétaire s’est privatisée et ce sont des banques privées qui créent la monnaie sous forme de crédit et se nourrissent du terrible mécanisme de la dette. Dans nos sociétés aux populations surqualifiées et aux économies de surproduction, un mécanisme de rareté artificielle s’est installé avec la complicité du système monétaire.

L’argent n’est plus là pour faire le lien entre individus. La monnaie fait défaut en tant qu’instrument de liaison et de construction de la cohésion sociale, car les Etats ont abdiqué leur souveraineté de création monétaire et se sont retrouvés pieds et poings liés par le système monétaire international (c’est à dire les marchés financiers) ; les Etats ne contrôlent plus la monnaie qui circule sur leur territoire, et ils ont perdu l’usage de construction politique qu’ils pouvaient en faire.

Dans un tel contexte, divers systèmes monétaires alternatifs et complémentaires se sont mis en place dans le monde pour pallier les déficiences et les inefficacités d’une seule monnaie unique.

Le plus connu de ces systèmes est le SEL (systèmes d’échanges locaux)Un SEL est une monnaie sociale qui ressemble à la forme de convivialité proche de l’entraide que les anciens connaissaient dans le monde rural. Lorsque le système monétaire ne sert plus l’échange, il ne joue plus son rôle. La création d’une monnaie complémentaire permet de pallier le blocage, de retrouver le sens du bien commun, et de faciliter les transactions, la valeur sous-jacente aux échanges. Il esquisse un pas vers la réciprocité.

L’analyse des échanges à l’intérieur des SEL doit éviter plusieurs malentendus sur la nature de la monnaie.« Les SEL ne constituent pas un troc, explique Jean-Marie Harribey (Contretemps, n° 5, septembre 2002), J’offre à mon partenaire un bien ou une heure de mon travail. Celui-ci n’est pas tenu de me rendre un équivalent immédiatement ».

Le premier LETS (Local Exchange and Trading System (LETS) fut créé au Canada il y a plus de 25 ans, par Mickael Linton, Vancouver dans une conjoncture de chômage pour que les gens touchés par la dépression puissent s’échanger des biens et des services. Le premier SEL français apparut en 1994 dans l’Ariégeois. il y a environ entre 400 et 450 Sel répertoriés dans l’hexagone. Dans l’actualité plus récente, la crise monétaire qu’a connu l’Argentine a donné naissance à des monnaies locales complémentaires utilisées par environ 6 millions de personnes.

*(sources :Association 4D et SEL de Paris)

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Au sujet de Yan de Kerorguen

Ethnologue de formation et ancien rédacteur en chef de La Tribune, Yan de Kerorguen est actuellement rédacteur en chef du site Place-Publique.fr et chroniqueur économique au magazine The Good Life. Il est auteur d’une quinzaine d’ouvrages de prospective citoyenne et co-fondateur de Initiatives Citoyens en Europe (ICE).

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