Les interrogations sur le pétrole aidant, avec des cours qui en un an ont atteint des sommets avant de redescendre et des réserves qui seront un jour limitées, la recherche d’utilisation d’énergies durables pour les transports, susceptibles de mieux protéger la planète, est à l’ordre du jour…

Et une fois de plus Eole est appelé à la rescousse. Marine marchande ou pêche, le vent va-t-il faire un retour en force ? Propre, économe, renouvelable, il reste néanmoins aléatoire et ne peut être utilisé que comme énergie d’appoint.

L’Organisation Maritime Internationale (OMI) estime que la contribution du secteur maritime à la production de gaz à effet de serre est de 843 millions de tonnes, un montant plus élevé que celle du transport aérien. Les quelque 60 000 navires en circulation sont également responsables de 10 % des émissions de dioxyde de soufre et d’azote, les gaz polluants des pluies acides. Limiter ces émissions, notamment en concevant autrement les navires, devient une nécessité. En tous cas, les bureaux d’études planchent activement sur les alternatives au  » tout pétrole « .

Le 2 août dernier, un premier cargo hybride a été mis à l’eau dans le chantier naval de Kiel, en Allemagne. Baptisé « E-Ship 1 » (130 mètres de long, 22,5 de large), il est équipé de quatre « turbo voiles » : il s’agit des rotors cylindriques de 25 mètres de haut, fabriqués par le constructeur d’éolienne Enercon : la propulsion vélique ne résulte donc pas de l’action de voiles traditionnelles, mais de l’action de ces 4 cylindres, sortes de voiles tubulaires métalliques…. _ Cette technologie exploite le vent latéral pour créer une dépression du coté du cylindre rotatif vers lequel on désire créer la force perpendiculaire à la « turbo voile ». Ce système pourrait permettre d’économiser entre 30 et 50% du fioul habituellement consommé. La première exploitation commerciale est prévue pour le début 2009.

Il y a eu des précédents.

Dans les années 1980, Jean-Yves Cousteau avait équipé son bateau « Alcyone » de « turbo voiles ». Mais le contexte actuel devrait donner une plus grande visibilité à ce type de projets et leur permettre un vrai développement commercial.

Une autre initiative de cargo hybride est actuellement en test, celle du cargo « tiré » par une sorte de cerf-volant géant. Le « Beluga Skysails », est un navire marchand de 132 mètres, et là aussi la  force de traction de la voile, même par vent faible permet de diminuer la consommation de fioul. Le cerf-volant géant qui opère à une altitude plus élevée qu’une voile classique, peut trouver des vents plus forts et plus stables.

Evidemment cette installation suppose un coût estimé à 2 millions d’euros dont 500 000 euros pour la voile, coût compensé, selon ses promoteurs, rapidement par le pétrole économisé. Le « Beluga Skysails » devrait ainsi réduire sa consommation de carburant de 20%. SkySails, la société qui développe les cerfs-volants, se dit prête pour une production en série pour des surfaces de voilure allant jusqu’a 320 m2 dans un premier temps, les superficies de voilure pour navire cargo pouvant atteindre plusieurs milliers de m2 notamment pour des pétroliers et envisage d’équiper 1500 cargos d’ici 2015.

Initiatives intéressantes, mais encore faut-il que le comportement mêmes des cargos et des pétroliers change pour mieux protéger la mer, à savoir qu’ils ne « dégazent » plus n’importe comment et n’importe où.`

Le secteur de la pêche n’est pas exclu de cette réflexion : le projet « Grand Largue » de la société bretonne Avel-Vor Technologie, soutenu par le pôle de compétitivité « Mer Bretagne », travaille sur la mise au point d’un système de voilure automatisé (80m2 pour le prototype), peu coûteux et pouvant équiper n’importe quel chalutier. L’objectif, outre de réduire la pollution des chalutiers, est de permettre aux patrons pêcheurs de faire d’importantes économies de carburant, ce qui pèse lourd dans leur budget. Le pilotage du gréement se fera automatiquement, mais la technologie proposée doit aussi permettre de calculer les routes les plus adaptées à une propulsion hybride, voile et moteur. Il serait ainsi possible d’économiser 20 % de carburant.

Il n’est pas non plus nécessaire d’appeler la haute technologie à la rescousse pour promouvoir le transport durable et protéger la mer: la Compagnie de Transport Maritime à la Voile (CTMV), prévoit de multiplier ses transports vers Dublin, Londres et Montréal… notamment pour le transport de vin à partir d’une flotte de vieux gréements.

Cette société travaille comme affréteur avec six navires. Selon les destinations et la capacité des navires, elle transporte entre 18 000 à 60 000 bouteilles. Un peu plus lent en vitesse de croisière mais, parfois plus rapide in fine que l’acheminement par containers, selon ses dirigeants. D’ici à 5 ans, la CMTV envisage la construction de sept voiliers de 50 mètres, quant au moteur ils fonctionneront aussi aux biocarburants !

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Au sujet de Estelle Leroy

Estelle Leroy-Debiasi est journaliste professionnelle, Diplômée en Economie, ex rédactrice en chef du quotidien économique La Tribune. Elle contribue régulièrement au site ElCorreo, site de la diaspora latinoamericaine.

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ENVIRONNEMENT, ETUDE

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