2009 ! Difficile de dire avec quelle intensité la crise économique que nous traversons s’exprimera cette année.  Si l’on en croit les politiques et les industriels, ce sera l’année la plus difficile, sur le plan économique, depuis la dernière guerre mondiale. Aussi bien, souhaiter « Bonne année » paraît-il pure convenance. Ironique et dérisoire. Alors disons plutôt : « Meilleurs voeux pour le futur» et plus de solidarité!

D’aucuns, syndicats, employés, partis de gauche, interprètent le pessimisme des décideurs comme un alibi commode. La crise aurait bon dos pour faire passer des mesures impopulaires qu’en temps normal il serait plus difficile de faire accepter: coupures dans les budgets, licenciements techniques, délocalisations, plans sociaux. Et cela même dans les entreprises en relative bonne santé, tel Valéo qui vient de supprimer des milliers d’emplois. Tel Mittal qui réduit de 40% sa production alors que le secteur de l’acier affiche seulement une baisse de 10%. De nombreuses entreprises continuent de verser les mêmes dividendes aux actionnaires.

Et la spéculation continue d’aller bon train. Avec parfois des révélations à peine croyables sur des escroqueries gigantesques, comme le scandale Madoff. En attendant, lorsqu’ils ne sont pas mis au chômage technique, les salariés subissent la pression sur le coût du travail. Le pouvoir d’achat s’en ressent. Ce n’est sans doute pas la meilleure façon de donner de l’espoir.

Aussi bien ne faut-il pas prendre à la légère les risques de déflagration sociale en France que certains craignent, en se référant aux évènements d’Athènes. Ayons seulement en tête ces chiffres. Ils sont inquiétants: en France, 19% des moins de 25 ans sont demandeurs d’emplois. Nous nous situons juste derrière la Grèce qui est la lanterne rouge du chômage des jeunes en Europe !

Au plus fort des faillites bancaires, le gouvernement français a clamé qu’il fallait réformer le capitalisme et instaurer une règle du jeu reposant sur le travail et l’industrie. Cette voie ne semble pas être suivie d’actes. De mauvais signaux ont été donnés. En privilégiant le financier (les subsides donnés aux banques) au détriment du social, en plaçant l’essentiel de l’effort dans le court terme de ceux qui ont fait preuve d’incompétence, au risque d’alimenter un puits sans fond, les responsables de l’état envoient un signal négatif aux employés des entreprises et aux jeunes générations.

Les citoyens qui vivent de leurs salaires ne peuvent ni comprendre ni accepter cette mécanique. Rien pour eux ! Bref, la valeur travail qu’on essaye de remettre à l’honneur n’est qu’un écran de fumée. De plans de relance en appels à la responsabilité, le compte n’y est pas. Et la confiance risque de manquer au moment où elle sera le plus utile. Il ne suffit pas de passer la crise en arrosant ceux qui l’ont créé, il faut aussi préparer les lendemains, avec tout le monde. L’important est de trouver l’énergie pour passer le cap. Or ce bon choix, cette énergie, l’histoire nous dit qu’en période de crise, c’est le social.

« Le plus grand danger dans une démocratie, c’est la négligence des citoyens », comme le disait à peu près Pierre Mendès-France.

Aussi bien devons nous rester en état d’alerte sur l’efficacité des annonces de relance. L’état français parle peu des investissements sur le long terme, la recherche, l’université, le « sociétal », l’environnement. Et surtout pas un mot sur l’avenir des jeunes.

Rien d’étonnant dans ces conditions à ce que ces derniers se manifestent dans la rue. Les lycéens en fournissent l’illustration. Nous sous-estimons la possibilité d’une crise de générations.

2009 sera peut-être l’année du réveil de la jeunesse. Elle est la première concernée par ce qui bouleverse la planète: la crise économique, le réchauffement climatique, la transition énergétique. Une société qui ne croit pas en sa jeunesse est une société vieillissante.

« Le temps du monde fini commence » disait Paul Valéry. Pas question de fabriquer un monde que nous ne pouvons pas maîtriser, pas question de sombrer dans le fatalisme, ni dans l’illusion. Ce monde qui commence, faisons que cela soit celui la responsabilité sociale, de l’environnement, de la révolution numérique, de la société de la connaissance.

Transmettre aux jeunes générations une planète en bon état, c’est aussi leur donner envie de la créer.

Dans les semaines qui viennent, le site « Place-publique.fr », pionnier en France de la presse internet avec douze ans d’âge, va être entièrement modifié. Notre magazine sera totalement revisité. Il comportera des images et du son. Il sera dynamique.

Les visiteurs découvriront aussi un « Observatoire » avec plusieurs ateliers de travail sur des grands enjeux comme la révolution du travail, les villes en mouvement, la solidarité, les réseaux, l’économie sociale.

Notre association se renforce et entend jouer un rôle d’influence dans la définition de la société à venir. Avec toujours, en bandoulière, cette conviction que l’action est la soeur du rêve. Et comme programme, la lucidité. Pas question de s’endormir ou de désespérer, il faudra prendre des risques, les estimer, mener des aventures, et emprunter au cartographe la volonté de rendre le monde qui nous attend « visible ». Lorsqu’on regarde une carte de géographie, on se sent tout de suite plus à l’aise quand on arrive à situer tel point du globe où l’on veut se rendre. Avec la politique, c’est pareil, visualiser est nécessaire pour mieux dessiner le chemin à parcourir, établir de nouveaux parcours, discerner les obstacles, trouver les raccourcis.

L’imagination est aussi d’une importance capitale sur ce parcours. Elle rend visible l’invisible et potentiellement elle change notre façon de penser et d’agir.

« Inventer le quotidien », comme nous y invitait l’historien Michel de Certeau (L’invention du quotidien), c’est bien cela qui nous anime. Nous serons heureux de partager avec vous cette nouvelle histoire de Place-Publique à un moment où, plus que jamais, énergie et enthousiasme sont requis pour devenir acteurs et non spectateurs de notre avenir. Sur ce chemin, les technologies relationnelles de l’internet nous aident. Elles facilitent la mobilité, les rencontres, les usages sociaux, la solidarité.

Nous continuerons à vous fournir des informations utiles sur la vie des entreprises sociales (associations, coopératives…) avec une Base de données sur les initiatives entièrement réactualisée.

La réflexion sur le futur est aussi d’une grande utilité. Vous trouverez, dans ce Magazine de janvier, les éléments nourrissant cette réflexion. En général, la prospective aboutit à la construction de scénarios utilisés comme une aide à la décision. Le choix en incombe aux décideurs, au commanditaire de l’exercice de la prospective. Et l’expert généralement s’arrête là. Mais si l’on envisage la décision comme un processus social et politique qui n’est plus l’exclusivité d’une élite qui détient des pouvoirs, mais comme le produit d’un débat sur la place publique, tout change.

Telle est l’ambition de Place-Publique, observer les inventions du quotidien et donner le goût du futur, détecter les initiatives, rassembler les idées, débattre, définir de nouveaux modèles, miser sur l’imagination, la créativité, la recherche.

Nous avons besoin de votre soutien.

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Au sujet de Yan de Kerorguen

Ethnologue de formation et ancien rédacteur en chef de La Tribune, Yan de Kerorguen est actuellement rédacteur en chef du site Place-Publique.fr et chroniqueur économique au magazine The Good Life. Il est auteur d’une quinzaine d’ouvrages de prospective citoyenne et co-fondateur de Initiatives Citoyens en Europe (ICE).

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EDITO, GENERATION

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