Cela fait plusieurs années que Paul-Louis Brodier, franc-tireur et agitateur d’idées dans le monde de la gestion, œuvre pour que soit prise en compte la « Valeur Ajoutée Directe ».

Il définit sa méthode comme la différence entre la valeur marchande des biens et services produits – la production – et la valeur marchande des biens et services utilisés – les consommations intermédiaires »(1).

Cette différence est consacrée à la rémunération du personnel, de l’outil de production, des capitaux engagés. Cette approche de la gestion est fondée sur la nécessaire distinction entre « Société » et « Entreprise ».

Dans les faits, la plupart des directions fondent au contraire leur approche de la gestion sur l’amalgame entre les deux. « Il s’agit pourtant, souligne le fondateur de l’Institut de la Valeur ajoutée, d’entités différentes dont la distinction n’a été entérinée ni en économie, ni en comptabilité, ni en droit ».. Pour lui, la VAD constitue le revenu de l’entreprise. Elle est bien plus qu’une grandeur économique. Elle considère les ressources mises en œuvre d’abord comme des facteurs de création de richesse et non d’abord comme des coûts. Avantage de cette façon de procéder : privilégier le développement de l’entreprise et l’utilisation de ses capacités de production sur les seuls calculs de rentabilité à court terme. Aussi bien Brodier milite-t-il pour redonner à l’entrepreneur un rôle essentiel qu’il n’a plus, à cause de cette confusion.

«  Vu son importance, tant pour l’entreprise que pour l’économie tout entière, pourquoi la VAD n’occupe-t-elle pas une place centrale dans les outils de gestion ? » Cette anomalie a précisément pour cause l’amalgame entre « société » et « entreprise ». La société est définie en droit comme un contrat par lequel plusieurs associés conviennent de mettre en commun leurs biens en vue de se partager un bénéfice. L’entreprise, elle, est la structure productive qui créé des richesses au sens de biens et de services. 

« Toute la comptabilité actuelle repose sur le droit de la société qui reflète le seul point de vue de l’actionnaire, souligne Paul-Louis Brodier. De ce fait on lui assigne une finalité qui n’est pas la sienne mais celle de ses actionnaires : le « profit ». D’après lui, ce détournement de finalité est une cause majeure d’effets pervers.

Les énergies sont focalisées sur un solde comptable, c’est-à-dire ce qui reste, après avoir déduit les coûts du chiffre d’affaires. Et pour préserver ce qui reste, il y a alors deux solutions : augmenter le chiffre d’affaires ou réduire les coûts. « En résultent des comptes et des indicateurs de gestion qui reflètent avant tout les préoccupations du seul propriétaire (associés, actionnaires) : état du patrimoine, bénéfice ou perte).

« A l’opposé, la VAD développe un réflexe de croissance» soutient Brodier. On ne vise plus un solde. L’objectif premier est de maximiser la valeur ajoutée directe pour qu’elle soit au moins égale au coût globale de la structure, c’est-à-dire à la somme des rémunérations normales des ressources qui y sont mises en œuvre. La participation de tous est aisée à obtenir car l’enjeu est logique et stimulant.

La VAD est la mesure de la richesse créée par l’entreprise. Elle est aussi le « gâteau » dont résultent les rémunérations normales du travail et du capital. Enfin, si elle est supérieure au coût de la structure, l’excédent constitue, quand le choix est fait, l’assiette d’un intéressement ». La plupart des entreprises réduisent les coûts de structure et licencient. La VAD considère les frais de personnel comme une charge à valoriser, comme les ressources qu’il faut rémunérer pour créer des richesses et non comme des coûts

Concrètement, le raisonnement conduit à établir deux bilans bien distincts dans le retraitement des documents comptables : un bilan de la société qui montre les ressources financières de la société et leurs emplois ; un bilan de l’entreprise qui montre quels sont les deux emplois du capital d’exploitation. Distinguer les deux entités conduit, en mettant en évidence les natures, les fonctions et les objectifs précis de l’une et de l’autre, à renouveler fondamentalement la logique et les outils de gestion dans une perspective dynamique et non figée.

Bien que la VAD soit appliquée avec succès dans certaines entreprises, Paul-Louis Brodier ne cache pas les difficultés rencontrées pour diffuser sa démarche. « En France, les idées nouvelles sont acceptées à la condition qu’il s’agisse d’une norme, d’un modèle imposé, ou encore d’une mode venue des Etats-Unis »

Sources : www.directva.com

L’ESSENTIEL SUR… LA VAD (La Valeur Ajoutée Directe). Editions Addival .

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