18 novembre 2008

Habiter

Aimer, dormir, manger, habiter, circuler, penser… Chaque mois, Place-Publique vous donne rendez-vous avec une esquisse illustrée de votre vie quotidienne future. Extraits du livre « Vivre en 2028. Notre futur en 50 mots clés » (Avec l’aimable autorisation des Editions Lignes de Repères)

On entre en s’identifiant par un scanner de l’iris, et un robot parlant vous accueille. Les appareils sont commandés simplement par le toucher, la voix ou une souris à un seul bouton. Dans la salle à manger,  la table est dotée d’un écran tactile. On s’assied et un petit poisson, avatar d’un « agent », nage vers nous sur l’écran. Chaque membre de la famille a son « agent », un logiciel qui recense des informations personnelles. Chacun peut, par exemple, planifier ses repas  autour de la table, en utilisant son agent pour lui demander d’enregistrer ses menus et les ingrédients nécessaires. L’agent connaît les goûts et les centres d’intérêt de chaque membre de la famille. Telle est l’illustration de notre vie de demain proposée par Matsushita Electric Industrial  dans son appartement-protoype de Tokyo. Communicante et conviviale sera notre demeure. Non pas contrôlée par  un « big brother » domestique omnipotent. On évoluera dans un environnement capable de nous donner à tout moment de la journée,  n’importe  où une information personnalisée et utile, via un réseau d’objets connectés. Chaque appareil sera accessible en permanence. La domotique sera adaptée  aux goûts, aux habitudes et aux besoins de ses utilisateurs, pour  simplifier leur vie quotidienne tout en se faisant oublier, qu’il s’agisse des enfants ou des personnes âgées.  L’idée est d’avoir dans cette maison du futur un  système interconnectés d’objets personnalisés, qui dépasse largement l’approche domotique traditionnelle « pyramidale », mais cela  suppose au moins deux transitions technologiques : le déploiement de réseaux sans fils à très haut débit sécurisés -qui combineront Wi-Fi et UWB- et le passage à l’IPv6, absolument indispensable pour attribuer à chaque objet de notre environnement une adresse IP. 

Aussi,  pour le moment Matsushita propose  à l’essai un service baptisé « Kurashi Net », permettant de contrôler à distance des appareils électroménagers grâce à une commande centrale ou un téléphone mobile. On  peut déjà déclencher la climatisation avant son arrivée, ou lancer la cuisson d’un plat dans le four, mettre en marche le chauffage à distance. Sans oublier  une fonction de sécurité qui envoie une alerte sur un téléphone mobile quand une fenêtre ou une porte reste ouverte.

Il n’ y a pas que les objets qui seront intelligents dans la maison du futur mais  aussi les matériaux utilisés dans sa construction grâce aux nanotechnologies. Imaginez que vous puissiez choisir de quel côté vous voulez du soleil et qu’il vous soit loisible de changer la couleur de vos murs à volonté. C’est possible avec  la « NanoHouse » inventée par deux Australiens, Carl Masens et James Muir, de l’université de technologie de Sydney.   Les matériaux avec lesquels sont bâtis la « nanomaison » possèdent des propriétés exceptionnelles. Ils sont très élastiques, capables de se courber et de s’allonger. Ils sont aussi très solides et très légers : des nanotechnologies sont intégrées dans les métaux, alliages, céramiques et matières plastiques. La maison est dotée de capteurs capables d’éliminer les polluants dans l’eau et de recycler les déchets. Elle peut aussi collecter plus d’énergie qu’elle n’en utilise. La salle de bains et la cuisine empêchent les bactéries de pénétrer. Elle propose aussi des fenêtres qui s’auto-nettoient, des tuiles qui peuvent résister à la pire des tempêtes, des revêtements en bois qui résistent aux dommages des rayons ultraviolets, des verrières qui, sous la canicule, ne laissent pas passer la chaleur, des murs fabriqués avec des matériaux qui ne permettent pas à la poussière d’adhérer.  Des peintures ou enduits thermiques qui régulent la température des pièces seront aussi disponibles.  Autre innovations qui verront peut être le jour, des murs absorbant l’humidité, des peintures susceptibles de prévenir une fuite de gaz, des capteurs capables de détecter l’intrusion de termites dans la charpente d’une habitation…

Des vitres intelligentes réceptives à notre environnement nous permettront de nous passer de volets ou de rideaux.   Transparent, ou opaque selon notre souhait, le verre à transparence variable doté de films à cristaux liquides, protège les utilisateurs des regards extérieurs au moyen d’un simple interrupteur. Il suffira d’appuyer sur un bouton pour que la baie vitrée « s’éteigne ». Alors qu’à l’inverse une fenêtre équipée de polymères électroluminescents continuera à transmettre de la lumière, y compris la nuit tombée.  Voilà ce que  nous promettent les services R&D des BASF, Saint Gobain ou DuPont de Nemours….La matière associée à certaines avancées technologiques va rendre les matériaux sensibles, interactifs et évolutifs. Et concilier confort d’utilisation, sécurité et respect de l’environnement. Place donc à des  systèmes écologiques intelligents – utilisant beaucoup moins d’énergie pour le chauffage ou  la climatisation-  et à   une meilleure combinaison de solutions techniques et architecturales naturelles.

Le mobilier et la décoration aussi seront interactifs. Un univers où le mobilier « sent » la présence de ceux qui l’utilisent, un mobilier qui change de couleur…au fil de notre humeur, voilà qui va modifier la relation que tout un chacun entretient avec son « intérieur » son « home sweet home » ou même avec des lieux de passages.

Des tables, des chaises qui  perçoivent nos émotions, nos états d’âme …Voilà qui sera peut-être courant  dans quelques années.  Ce concept de mobilier interactif est déjà d’actualité : baptisé FuwaPica,  il a été mis au point par Ichi Kanaya,  professeur  à l’université d’Osaka et  créateur du studio  Mongoose. Pour ce designer, il s’agit d’utiliser  la technologie pour  exprimer l’état émotionnel de ceux qui se trouvent dans la  pièce.  Le nom de ce mobilier  est un mix entre  deux expressions japonaises qui  signifient  respectivement quelque chose de doux, de léger  et quelque chose de flashy. Témoin, ces  poufs aux allures de glaçons géants translucides et lumineux.  On s’assied et de blanc le cube vire au rose puis au rouge…. On touche le siège, on le tapote, on se cale, on bouge, on croise ou décroise les jambes, on se lève …  la couleur et l’intensité de la lumière évoluent au fur et à mesure. Des capteurs  situés dans le pouf  réagissent en fonction de la pression, et contrôle le contraste. Plus la pression est forte plus le rouge s’intensifie comme la pression sanguine !  Ce qui n’est pas forcément agréable pour ceux qui ont un peu trop de poids ! Ou qui sont très nerveux et n’arrêtent pas de gigoter ! …Sur  cet autre siège hexagonal, qui lui s’éclaire doucement  au contact d’une présence,  cette fois les couleurs se mélangent les unes aux  autres et s’affirment en fonction de l’endroit  où l’on s’assied.

Autre scénario : une personne entre dans une pièce, prend un objet  de sa couleur préférée, par exemple un vase bleu, le pose sur une table et choisit  une des chaises situées à coté. Progressivement la chaise va devenir bleue. La dite table est  équipée  d’un ordinateur et d’un écran LCD. Des capteurs situés dans la table scannent la couleur de l’objet et l’ordinateur envoie un signal aux chaises pour qu’elles s’harmonisent avec cette couleur. Les uns et les autres étant reliés par un signal wifi . D’ici un an ou deux ans on trouvera  sans doute ces meubles  dans des magasins, des musées, des bars, des aéroports….Ichi Kanaya tient à faire référence à d’ancestrales croyances japonaises qui attribuent des réactions  aux  différents éléments.    Pour lui il est important que  nos contemporains  se souviennent qu’il existe des interactions entre les personnes et les objets :   Les meubles respirent, s’expriment, « échangent » … avec les personnes. Reste à savoir si à l’usage,  les réactions de ce mobilier sensible resteront celles prévues initialement !

On pourra également  décorer son intérieur grâce au tapis interactif nommé « Living Surface » (un  projecteur à côté d’une caméra et d’un capteur infrarouge, permet de diffuser  des images qui se modifient au fil des déplacements). C’est l’avènement de la  décoration mobile qui permettra de mettre en scène des images personnelles. Adapté à toutes les surfaces planes, ce tapis interactif réagit alors en fonction de la gestuelle du bras ou de la main. Placé sur les murs d’un salon, voilà   le papier peint qui s’anime et se transforme au gré de l’humeur de celui qui est dans les lieux… Coté ambiance sonore, certaines entreprises à l’instar de la firme allemande Puren GMBH ou de TK Geomedia en France ont mis au point des cloisons qui chantent… des panneaux sonores directionnels  intégrés dans les murs ou planchers qui permettent de diffuser la musique  dans toute la pièce…mieux que la stéréo !.

Outre la traduction des émotions, le mobilier devra être recyclable comme beaucoup de choses, et  transformable selon l’usage qu’on en a. C’est l’ensemble de ces qualités  que regroupent,  par exemple,  des meubles en papier d’emballage kraft pliables, imaginés par les créatifs du studio de design Molo, basé à Vancouver. Cette gamme de mobilier Soft a une structure en nid-d’abeilles totalement flexible et modulaire. Nul doute ce type de produits représentera sans doute les fondements du mobilier de demain: écologique, recyclable et configurable selon ses envies…Chaque élément est constitué d’un panneau aux embouts magnétiques, ce qui permet aux différents modules d’être reliés les uns aux autres. Cette matière évolutive, offre de multiples perspectives à celui qui l’utilise pour décorer son intérieur, du pouf aux multiples formes, à la  banquette, tabourets, chaises, tables….qui peuvent se plier, se comprimer comme un livre pour être stocké facilement. Un mobilier à la fois durable et éphémère qui peut répondre  aux besoins  des familles – qui comme l’explique le sociologue François de Singly- seront soucieuses d’optimiser et de transformer leur espace au gré de leurs envies. En quelques minutes, l’utilisateur peut configurer un module pour créer un coin salon  là où on ne s’y attend pas,  et pourquoi pas dans la salle de bains !.

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Au sujet de Yan de Kerorguen

Ethnologue de formation et ancien rédacteur en chef de La Tribune, Yan de Kerorguen est actuellement rédacteur en chef du site Place-Publique.fr et chroniqueur économique au magazine The Good Life. Il est auteur d’une quinzaine d’ouvrages de prospective citoyenne et co-fondateur de Initiatives Citoyens en Europe (ICE).

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ETUDE, Le Magazine

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