Entretien avec Monique Le Poncin Seac’h, neurophysiologiste, docteur en sciences, auteur de nombreux ouvrages sur le fonctionnement cérébral, créatrice du site www.gymcerveau.com

Propos recueillis par Estelle Leroy

Dans une société régie par le culte de la performance et de la rapidité que dire de notre efficacité cérébrale par rapport à notre environnement ?

L’usage de nos capacités cérébrales est mal connu. Les personnes ne savent pas faire face aux exigences de ce qu’on leur demande dans leur vie privée ou professionnelle, ce qui se traduit pas des dépressions ou des « burn out ». Il faut toujours apprendre de plus en plus et à une fréquence plus élevée. Or derrière le stress il y a une réaction qu’on peut maîtriser. Encore faut- il se connaître au niveau de son corps et de son cerveau.

En biologie, il n’y a pas d’éducation cérébrale : on n’apprend pas comment se servir de son cerveau, comment on peut contrôler et réguler le système. Réagir contre l’agression de l’environnement consiste pour la plupart d’entre nous à développer des pathologies psychosomatiques, des ulcères, voire même peut être des anévrismes cérébraux alors qu’il n’existe aucun terrain familial. L’usage de nos capacités cérébrales est non seulement méconnu mais pas enseigné. On apprend à un enfant à marcher, à raisonner, on pourrait lui apprendre à se comporter dans un environnement.

Injecter des stocks d’information dans notre cerveau n’est pourtant pas synonyme d’une bonne utilisation ?

Absolument, c’est le vrai problème. Car on injecte de plus en plus d’informations, et comme les gens ne savent pas les gérer, c’est-à-dire choisir, donc aussi renoncer à certaines informations, comme ils n’y arrivent pas, cela donne lieu à du surmenage. Alors que le cerveau, qui est un organe tout à fait étonnant, est capable d’assumer cet environnement et cette multiplicité d’informations. C’est comme faire arriver plusieurs trains sur les mêmes rails dans une même gare. Des aiguillages doivent être bien en place. L’être humain n’est pas là que pour subir, mais il est là pour interagir, or les gens subissent et donc réagissent « contre » dans un réflexe de défense qui est un peu primaire. Il faut savoir réguler sa biologie et son stress, mieux utiliser son cerveau, avancer dans le conflit sans le subir.

Comment optimiser son cerveau pour participer à la construction de la réflexion sur le futur ?

Plus qu’optimiser son cerveau, il faut le connaître et savoir le faire fonctionner en harmonie. La mémoire va être déterminante pour penser le futur. C’est aussi la résultante de ce qu’il y avant. Cela sollicite des domaines de la mémoire différents, avec une imbrication évidente de la mémoire à court terme et de celle à long terme. Pour avancer dans le futur, il faut avoir une mémoire à court terme très vive mais pour traiter ces éléments, les développer, choisir, il faut une vivacité de liaison avec ce qu’on connaît déjà, donc faire appel à la mémoire à long terme, pour pouvoir construire. Il faut un cerveau rapide pour voir ce qu’on peut prendre dans le passé pour construire dans le futur. La mémoire à court terme permet d’avancer très vite à la vitesse du futur mais par contre pour avancer dans ce futur on besoin des éléments qu’on a déjà connu c’est-à-dire de la mémoire à long terme. Il faut que les connections se fassent très rapidement.

Y a t-il des automatismes comportementaux pour mieux penser le futur, en utilisant mieux sa mémoire, en développant sa capacité d’imagination ?

Je préfère parler de capacité de créativité, qui permet de construire le futur. Cette créativité est aussi basée sur le passé. C’est un troisième élément , le « plus » qui fait que l’on peut apporter quelque chose dans le futur. On est aujourd’hui dans un futur qui est très différent, inattendu, qui n’est pas qu’une simple évolution du passé.

On peut développer sa capacité de créativité, ouvrir l’esprit à la créativité. C’est aussi un domaine du cerveau qu’on utilise mal, qui est sous exploité, qu’on peut stimuler. Chaque compétence du cerveau est sous exploitée et peut être développée. Après il y a différents niveaux de révélation dont celui des dons et de l’excellence.

Pour mieux penser le futur il faut développer sa capacité de créativité mais aussi d’ouverture d’esprit, or c’est le bien le moins bien partagé aujourd’hui, mais cela relève du domaine éducatif. Les gens vont se préparer un cerveau qui fonctionne de façon à être prêt à s’ouvrir ; et au lieu de subir le futur cela permet de le construire.

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