Un sommet européen organisé à Bruxelles le 16 septembre 2008 a mis en lumière les difficultés rencontrées par les Tsiganes. Une occasion de changer les choses au moment où un climat de xénophobie anti-tsigane s’étend sur une partie de l’Europe.

« L’étranger ! » L’étiquette leur colle à la peau. Les tsiganes sont depuis longtemps marqués du sceau symbolique de l’éternel bouc émissaire. La société de la connaissance et de mobilité dont nous nous glorifions n’a pas changé grand-chose à l’affaire. La mobilité quand elle est vécue par des cultures nomades ne semble pas inspirer ceux qui réfléchissent à l’avenir des sociétés. Aussi bien les Tsiganes subissent-ils, encore aujourd’hui, au XXIème siècle, leur condition d’ «étranger ». L’actualité récente est là pour nous donner une illustration de cet ostracisme. Rejetés par la vague xénophobe qui sévit en Italie, en France, en Autriche, en Espagne et dans d’autres pays d’Europe, les Roms (Tsiganes d’Europe centrale et occidentale) représentent aujourd’hui entre 8 et 12 millions de personnes. Plus que le nombre d’habitants en Suède. N’ayant pas de territoire à revendiquer, ces citoyens jugés de seconde zone, sont ceux qui payent le prix fort de la discrimination, de la violence et de l’exclusion. Pourtant, si l’on y réfléchit bien, les tsiganes sont les premiers des européens.

Un sommet européen organisé à Bruxelles, au plus haut niveau, le 16 septembre 2008, a mis en évidence les problèmes rencontrés par le peuple rom. C’est la première fois qu’un tel sommet réunit des représentants des institutions de l’Union européenne, des gouvernements et des organisations de la société civile. L’un des éléments marquants du sommet est la participation directe d’organisations et de représentants roms, parmi lesquels deux députées au Parlement européen d’origine rom, Mmes Lívia Járóka (PPE-DE, HU) et Viktória Mohácsi (ADLE, HU).

Historiquement, les Roms ont été les premiers à intégrer l’idée d’une Europe sans frontière, où l’on circule librement. Une réalité qui s’est transformée en combat sous la bannière de l’Union internationale Romani, une confédération d’associations roms de plusieurs pays d’Europe. Un de ses membres, Nikolae Gheorgue, ancien conseiller auprès de l’OSCE, chargé de faire reconnaitre la notion de citoyenneté rom auprès des instances de Bruxelles, ne cesse de marteler un refrain qu’il connait par cœur. » « Cela fait plus de cinq siècles que nous sommes européens. Et c’est cette expérience qui façonne notre culture ». Sa mission, il est vrai n’a rien d’évident. « Le combat de l’Union Romani contre les nationalismes se situe dans une perspective politique très large : l’amélioration de la condition des Roms dans le domaine juridique, mais aussi scolaire, social et économique». L’arrière grand-père de Nikolae Gheorgue est né esclave en Valachie, une région de la Roumanie, et il ne fut affranchi qu’en 1856. Lui se présente comme un citoyen d’Europe, sociologue de métier, et Rom militant progressiste. « Dans les pays d’Europe centrale et orientale, la citoyenneté est liée aux droits de la terre. Or l’accès à celle-ci a été interdit aux Roms. Cette interdiction nous poursuit et nous condamne à rester des étrangers aux yeux des populations autochtones» dit-il. Son objectif et celui des associations tsiganes est, d’une part, de faire admettre l’idée de la transnationalité citoyenne des Roms, et d’autre part, d’explorer l’espace politique dans lequel ce concept peut se développer pour trouver une source de protection, sous peine de se retrouver toujours pris dans le même cercle vicieux. L’un des défis les plus urgents est en outre d’améliorer la scolarisation des enfants roms.

Au mois de mai 1995, lors d’un rassemblement à Budapest, plusieurs associations roms, ainsi que différents groupes de citoyens venant de l’Europe entière, avaient déjà mis en avant leurs revendications. Dans tous les pays d’Europe centrale, les minorités ont le droit de se présenter comme parti politique et de nommer un représentant au Parlement. Les Roms, eux, n’ont pas cette possibilité. « N’ayant pas d’Etat national de repli, ils ne représentent pas une minorité nationale », précise Nikolae Gheorgue. Diverses demandes bien précises avaient été adressées aux membres des institutions européennes. En particulier : l’aide financière à la fusion des associations tsiganes, condition nécessaire à la réduction du nombre de Roms apatrides ou dont la citoyenneté demeure indéfinie ; l’application par les Etats membres de l’Union européenne des résolutions sur la protection des Roms adoptées par la Commission des droits de l’homme des Nations unies, afin de les protéger de la tourmente nationaliste ; l’octroi aux tsiganes, par les pays qui en abritent à l’intérieur de leurs frontières, de la totalité des droits dont jouissent les autres habitants, à commencer par l’obtention d’un livret de circulation.

Evoquant la situation difficile des Roms en Italie, Stanislaw Stankiewicz, président actuel de l’Union internationale romani, estime qu’il est temps que les choses bougent. “Cela fait plus de dix ans que les organisations tsiganes ont réussi à devenir des interlocuteurs politiques à part entière. Elles se sont démocratisées et sont devenues transparentes. Or les politiques mises en place n’ont pas été concrétisées, explique-t-il dans une lettre ouverte aux membres des institutions européennes. Beaucoup de temps a été perdu. Nous en avons assez des séminaires, des conférences et autres discours. Nous voulons des faits et demandons à ce qu’une réelle volonté politique se dégage pour que des décisions soient prises. Nous voulons êtres sûrs d’être reconnus, en dehors de tout paternalisme, comme des partenaires légitimes et des citoyens européens à part entière”. Et ce dernier de dénoncer avec vigueur l’aval donné par l’Union européenne au fichage des Roms en Italie.

Signe de bonne volonté ou de bonne conscience, la Commission européenne a fait un pas en s’engageant en faveur de l’amélioration de la situation de cette minorité. Dans l’Agenda social du 2 juillet 2008, Bruxelles a réitéré son engagement envers l’amélioration du sort des Roms. Le document de travail qui a été présenté passe en revue les instruments et les politiques disponibles à l’échelon communautaire et susceptibles d’être utilisés en faveur de l’intégration des Roms (IP/08/1072, MEMO/08/462). Il ressort de ce document que, malgré l’existence d’un cadre solide constitué d’outils législatifs et financiers et de mesures de coordination des politiques, et en dépit d’un recours accru à ces outils, l’application concrète dans les États membres demeure insuffisante. Il ressort également que la coopération active de la société civile joue un rôle essentiel pour combattre l’exclusion des Rom. Le document rappelle aussi des élements de droit.  A l’intérieur de l’Union, la discrimination fondée sur la race ou l’origine ethnique est interdite dans tous les domaines, indique une directive 2000/43/CE. Toutefois, les Roms restent victimes de discriminations et 77% des Européens estiment que l’appartenance à une communauté rom constitue un handicap en Europe. La Slovénie et la Croatie ont joué les bons offices pour présenter le point de vue des Roms. Une délégation officielle de parlementaires européens a ainsi pris le dossier en mains et a publiquement dénoncé la persécution du peuple Rom sur le territoire italien. Sont publiées de nombreuses informations relatives à des centaines de dégagements brutaux effectués par les autorités italiennes contre des communautés roms. Ces familles, souvent indigentes, vivent dans des conditions sanitaires dramatiques. Des actions policières ont mis sur la route des milliers d’enfants, femmes et hommes, sans assistance sociale, sans alternatives de logement ou de programmes d’intégration. « Le sort des Roms au XXIe siècle entache la conscience de l’Europe », a déclaré le commissaire européen à l’égalité des chances, M. Vladimír Špidla. « Certes, les problèmes sont multiples et complexes, mais nous disposons des outils nécessaires à une meilleure intégration: législation, financement et partage de politiques à l’efficacité avérée. Nous avons maintenant besoin d’un engagement commun au niveau local, régional, national et européen pour mieux utiliser ces outils et offrir des perspectives plus favorables aux communautés roms de toute l’Union européenne. La situation n’évoluera que si tous les protagonistes ont la ferme volonté d’aboutir.» « Nous espérons qu’il ne s’agira pas d’une simple opération de relations publiques et que ce sommet enverra un message fort quant à la détermination de la Commission européenne d’œuvrer en faveur de l’inclusion sociale des Roms », a déclaré Nicolae Gheorghe.

Une xénophobie montante qui risque de faire école
En 2006, environ 160 000 Roms vivaient en Italie, mais aujourd’hui il n’en reste environ que 75 000. Ces derniers sont pour la plupart, Rom de citoyenneté italienne et par conséquent ne peuvent être expulsés. Les autres ont été forcés de quitter la péninsule, chassés des villes et des villages par les forces de l’ordre, traités brutalement, criminalisés par la presse et la TV, privés de leurs enfants à cause des dispositions qui ne reconnaissent pas aux tsiganes sans moyens de subsistance l’autorité parentale. Sur un total d’environ 40 000 Roms provenant de Roumanie, moins de 5 000 sont restés en Italie. La faim, le froid, les maladies et les actes de violence ont causé beaucoup de malheurs à la communauté Rom en Italie, rapporte le document. Les adultes ont un espoir de vie inferieur à 40 ans et la mortalité infantile est 15 fois supérieure à la moyenne européenne. Le gouvernement italien a été dénoncé à la Cour pénal internationale de La Hague pour crimes contre l’humanité. Le Parlement Européen et la société civile se sont aussi élevés contre l’atteinte portée à la culture peuple Rom en Italie. En Roumanie la politique xénophobes du gouvernement italien commence à faire école. Le président Basescu n’a pas caché, à l’occasion d’une apparition télévisuelle, son admiration pour les pratiques du gouvernement italien qui se résume en trois slogans, pas de programmes d’intégration, mais discrimination et répression. La presse italienne, qui reçoit des considérables financements publics, soutient la purge ethnique en menant une campagne de propagande raciste reposant sur les stéréotypes relatifs aux « Tsiganes »: « ils sont sales, asociaux, délinquants, cruels, voleurs d’enfants ».
En France, 400 000 personnes sont recensées comme « gens du voyage et roms ». Le plus grand camp rom du pays, à Saint-Ouen a été rasé le 3 septembre dernier. Le terrain jonché de détritus, nettoyé et fermé. La moitié des 633 Roumains avait déjà déserté. Plus du tiers des Roms recensés avant l’été sur ce bidonville du quartier des Docks, près de la Seine, ont accepté l’aide au retour volontaire en Roumanie. A l’exception d’une centaine de personnes (24 familles) choisies pour intégrer un village d’insertion et quelques malades autorisés à rester se faire soigner en France, les autres occupants ont été invités à quitter le terrain et la France.

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