C’est deux fois rien du tout mais c’est une fable édifiante. Cela fait quoi, à peine 17 hectares. C’est planté dans la Mer noire, ça s’appelle l’île des Serpents. On ne sait pas exactement quel âge ça a, une île. On nous dit cependant que celle-ci abritait un temple en l’honneur d’Achille, ce héros au talon fragile. C’est donc une île vénérable, qui fut grecque, romaine, italienne, turque, roumaine, soviétique et pour finir ukrainienne.

Cette île des Serpents abritait des couleuvres goulues qui la débarrassait de ses rongeurs. Elles étaient sacrées depuis l’Antiquité. Lorsque la Roumanie offrit en 1948 ces quelques arpents au grand frère soviétique, c’en fut fait des serpents. Car on le sait, soviétique n’a jamais rimé avec écologique, et les Russes s’empressèrent d’exécuter toutes ces couleuvres lubriques, nous étions sous Staline, il faut dire… Lorsque l’empire éclata en 1991, ce fut l’Ukraine qui hérita de l’île où elle découvrit un territoire lunaire que les pesticides destinés aux rats privés de prédateurs avaient désertifié. Et pourtant, l’on s’étripe aujourd’hui pour ce désastre écologique.
C’est qu’il y a, dissimulés dans les profondeurs de la mer Noire, des poches de gaz et puis des gisements pétrolifères propres à, dit-on, garantir l’indépendance énergétique des Roumains pour longtemps. Et la Roumanie pourrait très bien s’entendre avec son voisin ukrainien pour partager ces richesses, s’il n’y avait cette île. Qui donne un net avantage aux Ukrainiens puisque, comme chacun sait : qui possède une île est réputé aussi en posséder le sous-sol. Et le sous-sol d’une île, qui sait jusqu’où il va…

De sorte que les Roumains plaident aujourd’hui que cette île n’en est pas vraiment une, juste un rocher sans eau douce, sans un brin d’herbe. Que non, disent les Ukrainiens qui y ont transporté de tonnes de terres venues du continent, y ont planté des arbres et même bâti, on ne l’invente pas, un bureau de poste… C’est à la Cour de La Haye que se tranchera, ces jours-ci, la question de savoir ce qu’est vraiment une île.

Cette addition au savoir humain est d’autant plus essentielle qu’on n’est jamais très sûr de savoir comment naissent des Osséties. Mais, on n’est pas très sûr non plus que cette histoire soit jolie. C’est pourquoi je voudrais en proposer une autre aux Roumains et aux Ukrainiens. Elle vient d’Equateur, vous savez ce pays qui rend égal, où est retourné le jeune Rothman Salazar. Là-bas, dans un parc national, l’on a trouvé aussi des hydrocarbures, 920 millions de baril potentiels. Mais le gouvernement n’a pas envie, lui, de sacrifier sa biodiversité pour du pétrole. Il a lancé une souscription internationale où les autres Etats cotiseraient pour compenser la perte économique de la préservation de son patrimoine naturel. C’est tout nouveau et ça renverse bien des perspectives. On voudrait bien que, s’il existe des serpents excédentaires en Equateur, on pense à en expédier quelques-uns en Mer Noire. Allez, belle journée et puis aussi bonne chance.

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