Le défi du nucléaire n’est pas technologique, mais culturel. Pour que les conditions de sûreté soient toujours optimales, et de façon intransigeante.  Ce qui implique indépendance des experts et transparence du système, et bannit toute recherche de productivité qui nuirait à l’exercice de cette sûreté.

Le risque de pollution à l’uranium engendré par l’incident sur le site du Tricastin nous rappelle que le véritable et unique enjeu du nucléaire est celui de la sûreté. Rien de ce qui touche à l’énergie ne doit être banalisé, dans le nucléaire encore moins que dans toute autre énergie. On ne saurait imaginer une industrie nucléaire civile sans une culture de la sûreté à la hauteur des enjeux. Seule l’exercice sans faille des conditions de cette sécurité autorise son existence. Le véritable défi consistant à maintenir un niveau optimal de sensibilisation et de mobilisation pour repousser toujours plus loin les risques de l’erreur humaine.
 
Pour que la culture de la sûreté ne s’émousse pas, il existe dans chaque centrale un simulateur pour former les opérateurs et assurer le suivi de la formation. En plus, une fois par mois en théorie, EDF ou l’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire) organisent un exercice au niveau national sur la base d’un scénario qui peut aller jusqu’à la simulation de rejets nucléaires. Les interprétations des situations par les personnels sont analysées par les ordinateurs, et les réactions sont ensuite travaillées avec les ingénieurs concernés. Des procédures existent pour faciliter les interprétations ; elles sont en constante évolution pour permettre aux personnels spécialisés d’opérer les corrections en cas de nécessité. 

La France, en matière de sûreté nucléaire, a acquis une expertise reconnue dans le monde et un savoir faire qu’elle exporte. L’IRSN en est à la fois la cheville ouvrière et le dépositaire. Selon les explications de Jacques Repussard, directeur général, la démarche de cet institut est particulière : elle est fondée sur une approche à la fois philosophique et scientifique, ce qui permet de prendre plus de hauteur que ne le permettrait une simple approche normative. Les évaluations sont établies sur des principes, pas sur une réglementation. Les experts de l’IRSN (des ingénieurs mais aussi) vont ainsi plus loin que la simple vérification de conformité. Ce sont des ingénieurs, mais aussi des médecins, des mathématiciens… tous membres de la société civile, qui viennent parfois de l’étranger. Ils sont, par principe, indépendants. 

Cette indépendance est une des conditions de la crédibilité des travaux. Pour préserver sa liberté de jugement, l’IRSN a été placée sous la tutelle de cinq ministères :  Santé, Environnement, Industrie, Recherche et Défense. Si l’un d’entre eux tentait d’exercer une pression, l’intervention serait vite rendue publique. C’est en tout cas le pari qui a été fait. Les résultats des travaux de l’institut sont discutés dans le cadre de l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA). Tout cela crée un corpus scientifique international qui échappe à une vision exclusivement française et est perçu comme un gage d’indépendance. Certes, il existe des liens entre l’IRSN et l’Autorité de sûreté nucléaire qui représente l’Etat et prend les décisions sous le regard de la société civile. Mais ces liens ne doivent pas générer une situation de dépendance car la séparation des rôles entre l’IRSN et l’Autorité de sûreté est fondamentale dans le fonctionnement du système.  

La transparence est une autre condition de la crédibilité. Elle a souvent fait défaut, mais le rôle des Commissions locales d’information a été codifié par la loi. Dans le dialogue qui doit s’établir aujourd’hui entre ces commissions, EDF en tant qu’exploitant et l’IRSN en tant qu’expert de l’Etat, l’institut doit apporter des réponses au fur et à mesure que des questions se posent afin d’améliorer la transparence. Et sur les sujets où une controverse s’exprime, l’Autorité de sûreté arbitre. Chaque incident, même mineur, dans l’une des 58 centrales françaises, fait l’objet d’un rapport de la part du directeur de la centrale. Il peut s’agir d’un simple retard dans la mise à jour d’un document. L’IRSN reçoit environ 800 rapports par an. Pour 98% d’entre eux, l’éventuel intérêt ne provient que de la répétition du même incident. Les autres sont, par exemple, adressés à l’AIEA pour que ces retours d’expériences servent à d’autres pays. De la même façon, l’IRSN tire des leçons des évènements qui peuvent se produire dans les centrales d’autres pays, et travaille avec EDF sur ces situations.
 
Dernière chose : pour établir les conditions de cette sûreté, les coûts ne doivent pas entrer en ligne de compte. En clair, il n’est pas question de porter atteinte à l’impératif de sûreté pour des raisons de productivité. Ce qui implique de ne pas s’inscrire dans un système de marché, avec appel d’offres concurrentes et recherche de rentabilité au détriment de la qualité dans le cas d’une sous-traitance. Mais précisément, c’est peut-être ce principe qui n’a pas été respecté à la centrale du Tricastin.

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