Alors qu’on dénonce la hausse des prix des produits alimentaires tout autour de la planète, une étude britannique révèle l’ampleur du gaspillage alimentaire dans nos sociétés, à travers quelques chiffres éloquents. Ce qui de plus n’est pas sans conséquence sur l’environnement.

Face à la flambée mondiale du prix des denrées alimentaires, l’ONU a tiré la sonnette d’alarme au printemps dernier. Une hausse que l’on craint plus structurelle que passagère, alors que des émeutes de la faim ont explosé dans quelques 37 pays ces derniers mois, de l’Egypte au Mexique en passant par l’Indonésie. Et que la reconversion de terres agricoles pour produire des biocarburants fait débat. En 2007 le prix des céréales a augmenté de 37%, et les cours sont restés soutenus depuis le début de l’année. Dans ce contexte, l’étude sur le gaspillage de biens alimentaires réalisée par le WRAP (1) en Grande Bretagne a de quoi susciter une réelle prise de conscience citoyenne.

On y constate que plus de 6,7 millions de tonnes de nourriture soit 10 milliards de £ (12,4 milliards d’euros) est gaspillée chaque année chez nos voisins d’Outre Manche. Et on peut se douter que compte tenu d’un mode de vie relativement similaire, il en est de même en France et dans la plupart des pays de l’Union. Cela représente un tiers de ce qui a été acheté. Cette étude est la première au monde qui passe au crible avec autant d’acuité le gaspillage de nourriture. Car la plupart du temps tout cela pourrait être évité par une attitude un peu plus citoyenne, et quelques règles de base, en programmant mieux ses achats, en ayant une meilleure gestion et une meilleure conservation de ses stocks ! Car sur 4 millions de tonnes de nourriture jetée consommable par, plus de 2.6 millions sont des produits neufs encore sous emballage, et/ou dont la date de consommation est bonne.

Ainsi 18% de la nourriture achetée est jetée dans les foyers sans enfants, et ce pourcentage atteint 27% dès lors qu’il y a des enfants. Ce qui représente un coût de par foyer de 420 £ par an (524 euros) dans le premier cas et de 610£ (760 euros) dans le second cas. Un inventaire à la Prévert : chaque jour sont ainsi gaspillé en Grande Bretagne quelques 5 millions de pommes de terre entières, 4.4 millions de pommes, 7 millions de tranches de pains,1.3 million de yaourts non ouverts,1.2 million de saucisses, 700 000 œufs, et 700 000 barres chocolatés et autres confiserie, l’équivalent de 5500 poulets….

Parmi les produits les plus gaspillés, les produits de boulangerie représentent 19%, les légumes 18%, les viandes et poissons également 18%. Devant cette avalanche de chiffres, une campagne a été lancée pour sensibiliser les citoyens sur le thème « love food, hate waste ».

De surcroît, le coût environnemental de ce gaspillage est loin d’être neutre. En effet, il faut compter avec le coût de transport, de packaging, mais le coût de retraitement des ordures. On estime que ce gaspillage alimentaire représente 20% des émissions de CO2. En cessant de gaspiller des biens alimentaires on pourrait éviter la production de 18 millions de tonnes de dioxyde de carbone par an. Car chaque tonne de nourriture jetée est responsable de 4.5 tonnes d’émission de Co2. C’est pourquoi d’ailleurs en parallèle à cette mobilisation sur le gaspillage, le gouvernement veut encourager le tri sélectif et retraitement environnemental des déchets alimentaires…

(1) Wrap (waste and resources action program), étude réalisée auprès de 2138 foyers britanniques

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Au sujet de Estelle Leroy

Estelle Leroy-Debiasi est journaliste professionnelle, Diplômée en Economie, ex rédactrice en chef du quotidien économique La Tribune. Elle contribue régulièrement au site ElCorreo, site de la diaspora latinoamericaine.

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ENVIRONNEMENT, ETUDE

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